Girls In Hawaii à l’AB : the show goes on !

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Lorsque l’on se penchera sur l’année 2013, le retour des Girls In Hawaii apparaîtra vraisemblablement comme l’un des événements majeurs de la scène musicale belge. La sortie d’un troisième album que l’on n’attendait plus (“Everest”) s’est célébrée dans deux des salles les plus prestigieuses de la capitale. C’est à la seconde date, celle du vendredi 22 novembre à l’Ancienne Belgique, que l’équipe de Music in Belgium avait été conviée… Ceci dit, en tant que journalistes avertis, nous avons tout de même laissé traîner nos oreilles la veille au Cirque Royal et les enseignements tirés ont été plus que pertinents. Malgré une set-list identique, les deux prestations ont été diamétralement opposées. Pour quelle raison ? Nul ne le sait même si le public a sans aucun doute fait la différence. Mais on y reviendra…

L’AB avait en tout cas fait preuve de flair en invitant un groupe qui commence à avoir bonne presse sur le circuit indépendant, Public Service Broadcasting. Avec un nom pareil, ils ne pouvaient être qu’Anglais et passionnés des archives de la BBC. Bingo ! Le multi-instrumentiste J. Willgoose, Esq. (!) et le batteur Wrigglesworth sont originaires de Londres et basent leurs compositions sur des samples issus de programmes radio et télévision datant des années 60.

Mais ils vont encore plus loin en préenregistrant leurs interventions qu’ils distillent entre les morceaux avec une voix trafiquée vintage et un bruit de fond délibéré (aucun micro n’est installé sur scène). Ne croyez toutefois pas qu’ils se la jouent exclusivement rétro car l’environnement, lui, est clairement dans l’air du temps. Les contours dance à la Chemical Brothers, les nappes de synthé inspirées de LCD Soundsystem et les guitares aiguisées enveloppent parfaitement ce qui ressemble à s’y méprendre à un choc de générations.

En tout cas, l’écran installé au milieu des musiciens (inspiré des téléviseurs cathodiques en noir et blanc) sur lequel sont diffusés des extraits de films ou de programmes d’époque mettant en scène notamment des trains à vapeur ou des avions à hélice ne choque aucunement. Mieux, l’intensité qui grimpe au fur et à mesure du dernier morceau relatant la conquête de l’Everest sera tout simplement exquise…

Il était même impossible de trouver meilleure transition avec les Girls In Hawaii dont le titre du dernier album est emprunté au toit du monde. Un album qui aurait très bien pu ne jamais voir le jour après la tragédie qui a touché le groupe en 2010. Mais c’était sans compter sur le soutien inconditionnel des fans qui ont réservé un accueil plus qu’enthousiaste au poignant “Misses”, enregistré quelque peu par hasard. Mais c’est lors de leur impeccable prestation bourrée d’émotion au Pukkelpop cet été qu’ils se sont rendu compte qu’ils avaient fait le bon choix en poursuivant leur route.

Tout avait été parfait ce jour-là et on espérait évidemment vivre les mêmes sensations intenses. Ceci dit, la veille, au Cirque Royal, on était loin du compte. Allez savoir pourquoi, mais le premier instant digne de ce nom est arrivé seulement après 48 minutes. Et ce n’est pas la présence d’An Pierlé sur “Here I Belong” qui a boosté une audience anormalement insipide et trop respectueuse.

Heureusement, il en sera tout autrement ce soir. Les acclamations du public vont commencer par instantanément mettre le groupe sur orbite, ce qui aura pour effet de métamorphoser “Wars”, le titre d’intro pourtant très soft alors que le final prenant de “Not Dead” ne laissera place à aucune hésitation possible. Hier, il ne s’agissait que d’un accident…

Est-ce le son particulièrement limpide, des spectateurs nettement plus enthousiastes, le fait que le show était filmé ou une combinaison de ces trois facteurs, toujours est-il que résultat sera à la hauteur des attentes. Les nouvelles compositions donnent enfin leur pleine mesure et les voix complémentaires des deux chanteurs forment l’ossature des harmonies travaillées qui sont depuis toujours la marque de fabrique des Girls. La tessiture éthérée de Lionel Vancauwenberghe répond à celle toute aussi caractéristique d’Antoine Wielemans qui utilise à bon escient un cornet de téléphone du XXe siècle pour un effet de distorsion opportun.

Le bassiste Daniel Offermann se place désormais à l’extrême gauche de la scène et son instrument dégage quelque chose de très distingué. Derrière lui, et se montrant le plus discret possible, se trouve celui qui doit avoir la position la moins enviable de la formation actuelle. L’expérimenté batteur Boris Gronemberger (V.O., Françoiz Breut, Coffee Or Not,…) n’est pas là pour faire oublier le regretté Denis Wielemans et il le sait. Il assurera son rôle à la perfection.

Si le futur classique “We Are The Living” et le tout simplement parfait “Switzerland” seront les nouveaux titres les plus évidents, c’est l’imprononçable “Rorschach” qui se démarquera le mieux en live par rapport à la version studio grâce à des arrangements presque noisy. Mais celui qui va donner la chair de poule et mouiller nombre de paires d’yeux sera bien entendu le troublant “Misses”, salué par des salves d’applaudissements nourris et prolongés. Un moment d’émotion spontané des deux côtés de la scène.

On vous l’a dit, ce concert de l’AB n’a rien à voir avec celui du Cirque et les musiciens vont s’en donner à cœur joie, en s’aventurant au bord du public lors d’un puissant “Time To Forgive The Winter”, en électrifiant “Summer Storm” ou en poussant l’incroyable “Birthday Call” dans ses derniers retranchements. Même les titres les plus sages comme “Changes Will Be Lost” ou le précité “Here I Belong” vont réussir à captiver des spectateurs au taquet.

Si on pouvait leur reprocher quelque chose, on soulèverait leurs interventions somme toute relativement banales et sans grand intérêt. Même l’évocation de leur premier AB (en février 2004 pour le dixième anniversaire de Bang! avec Ghinzu et Sharko) faisait assez amateur. En d’autres termes, c’est lorsqu’ils font joujou avec leurs instruments qu’ils sont les plus percutants. N’oublions pas non plus de mentionner les intéressants effets visuels avec la pochette de l’album en toile de fond. Ainsi, les points lumineux étoilés et les voiles nuageux confèrent une atmosphère pertinente à la scène (comme les éclairs sur “Mallory’s Heights”). En revanche, on se demande parfois ce que vient faire un triangle lumineux au centre de la montagne…

C’est avec une version nerveuse et speedée du très court “Grasshopper” qu’ils quitteront la scène une première fois mais seront très vite de retour pour des rappels qui débuteront dans le calme sur un “Organeum” ralenti et dépouillé. Ils regarderont ensuite dans le rétroviseur grâce à leur premier single sorti voici dix ans, “Found In The Ground” avant de se faire plaisir au son de “This Farm Will End Up In Fire” à la structure toujours aussi surprenante qu’efficace.

Alors que la veille, les rappels seront joués d’une traite, ils s’octroieront un répit de quelques secondes avant de se lancer dans le final qui mettra l’AB dans tous ses états. Non seulement “Flavor” est un titre d’une puissance redoutable, mais les effets stroboscopiques auront bien vite fait de le transformer en tuerie alors que nos tympans vont se souvenir longtemps du beat soutenu. Antoine, lui, se fendra du saut de l’ange après avoir grimpé tout en haut d’un ampli. Un final à la hauteur de leur prestation sans faille qu’ils prolongeront quelques instants sur scène en communiant avec un public groggy et enthousiaste. Quelque chose nous dit que l’on a choisi le bon jour et la bonne salle…

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