Trans-Siberian Orchestra : Bollywood métallique à Forest National

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Vendredi 17 janvier 2014, le Transsibérien fait un arrêt exceptionnel à la gare de Forest pour embarquer quelques milliers de passager dans un voyage magique au pays des contes de Noël. Toutes les places sont assises, départ prévu à 20h30. Trans-Siberian Orchestra est un groupe Rock Progressif/Symphonique hors du commun qui fut créé 1993 par le producteur Paul O’Neill, le claviériste Bob Kinkel et Jon Oliva, le frontman original de Savatage. Sur papier, le cahier des charges du projet est simple : marier le rock/métal progressif, la musique classique et la comédie musicale, tout en proposant un light-show digne de “Pink Floyd”. Le line-up du groupe, à géométrie variable, est aujourd’hui constitué par des musiciens de Savatage et des artistes professionnels venant d’horizons divers. Presque inconnu du grand public dans nos contrées, TSO connait depuis toujours un succès phénoménal aux Etats-Unis (NDR : il se positionne à la 25e place des ‘Top Touring Artists Of The Decade’ du Billboard américain, avec 5.045.297 places de concert vendues en dix ans de tournées). Sa venue en Belgique est donc un évènement exceptionnel.

Il est vingt heures. Ce soir, le parking est un peu trop aisé dans les environs de Forest National, ce qui n’est sans doute pas de bon augure pour les organisateurs de la soirée. Les portails de sécurité de la grande salle bruxelloise sont étrangement déserts et, l’espace d’un instant, je me demande même si je ne me suis pas trompé de date. Après avoir décliné mon identité à la souriante hôtesse et reçu le sésame réservé au scribouillard de Music In Belgium, je plonge dans l’escalier qui mène au parterre. A mon grand étonnement (NDR : souvenez-vous que votre serviteur est un rustre habitué aux pits métalliques), la salle est encombrée par de nombreuses rangées de sièges pliants et je me demande où je vais bien pouvoir poser mes baskets élimées. Un sympathique gaillard m’interpelle : ‘Puis-je vous aider, Monsieur ?’. ‘Certes’, lui répond-je sur le même ton. ‘Auriez-vous l’amabilité de me dire où je pourrais poser mon postérieur quarantenaire sans déranger les honnêtes gens qui ont payé leur place’ ? ‘Mais votre place est réservée, Monsieur : rang 6, siège 60’. Un rêve : À deux mètres à peine de la scène ! De son côté, l’ ami Hugues Timmermans n’a pas autant de chance. Parqué dans l’enclos à bétail réservé aux photographes, il attend, debout, sans accès aux rafraichissements houblonnés, que l’on veuille bien le laisser entrer dans la salle. En apprenant cette injustice (qu’il ne manque pas de me signaler par SMS), je me promets qu’un jour je ferai circuler une pétition afin d’exiger que l’on traite les porteurs de zoom comme de véritables êtres humains. Promesse que, bien sur, je m’empresse d’oublier car, après tout, en acceptant Bernie le Keupon dans leur confrérie, les chasseurs d’images ont bien mérité leur mauvais karma !

Si les gradins sont toujours majoritairement inoccupés, le parterre commence à se remplir peu à peu. Autours de moi, une foule hétéroclite de cheveux longs bardés de T-shirts à l’effigie de Savatage et de cheveux gris vêtus de jolies chemises à carreaux tourne en rond, le ticket à la main, en cherchant le siège qui lui est attribué. 20h20. Une dizaine de musiciens classiques (violons et violoncelles) prennent place sur un petit podium situé à gauche de la batterie. À quelques mètres de là, dix micros sont alignés sur deux rangées. 20h33. Les ténèbres envahissent la salle sous les cris et les applaudissements.


La scène s’illumine dans un feu d’artifice de lasers et de projecteurs. Cinq jolies donzelles en tenues noires moulantes et un nombre égal de gaillards musclés vêtus de ‘queues de pies’ ont rejoint le champ de micros. Deux créatures de rêves sont plantées à l’opposé de la scène: la jolie claviériste Mee Eun Kim et la superbe violoniste/chef d’orchestre Asha Mevlana. Le siège du batteur est occupé par le phénoménal Jeff Plate (Savatage, Metal Church) tandis que l’avant de la scène nous dévoile les silhouettes des légendaires guitaristes Chris Caffery (Savatage) et Al Pitrelli (Savatage, Megadeth, Alice Cooper), du bassiste Johnny Lee Middleton (Savatage) et d’un second claviériste qui n’est autre que le prodige ukrainien Vitalij Kuprij (Artension, Ring Of Fire). Le mur de fond est entièrement recouvert par un écran géant. Comme promis, le light-show est phénoménal !

J’avoue humblement ne pas avoir révisé mes connaissances de la discographie du Trans-Siberian Orchestra avant de venir. Le ‘groupe’ a publié cinq albums conceptuels ayant la fête de Noël pour sujet principal, ce qui ne m’a jamais vraiment attiré. Je suis bien plus familier avec la musique de Savatage, et, heureusement, cela va me servir ce soir.

Le casting complet de la superproduction (NDR : à l’exception du narrateur) est sur scène dès l’ouverture. Pour le premier titre, les dix vocalistes réunis en mode ‘chorale’, impressionnent par la puissance de leur chant et Forest National s’extasie dans une attitude proche du receuillement. Le second morceau est instrumental. La chorale s’efface pour mettre en valeur les guitares jumelles de Caffery et Pitrelli, ainsi que le violon éclectique de la belle Asha. Cette dernière virevolte sans répit et son jeu de scène est (presque) plus métallique que celui de ses collègues six-cordistes. Si, dans la salle, tout le monde reste bien sagement cloué sur son siège (NDR : quelques vigiles y veillent) l’ambiance monte manifestement d’un cran.

Après une première intervention de Bryan Hicks, l’impressionnant narrateur qui apporte au spectacle ce côté ‘larger than life’ à l’américaine, c’est à Jeff Scott Soto que revient l’honneur d’inaugurer le micro des solistes. Et, comme un bonheur n’arrive jamais seul, l’ ex-vocaliste d’Yngwie Malmsten, de Talisman et de Journey (NDR : entre autres) nous sert le premier titre de Savatage de la soirée : “This Is The Time (1990)” (NDR : extrait de l’album “Dead Winter Dead” de 1995) auquel il ajoute une patte très personnelle. Le groupe enchaine avec un second instrumental sur lequel la guitare d’Al Pitrelli se taille la part du lion. L’ex-guitariste de Megadeth et d’Alice Cooper semble avoir hérité de la fonction de maître de cérémonie. Au cours de la soirée, il ne prendra cependant le micro qu’à deux reprises ; la première pour présenter les vocalistes, la seconde pour faire de même avec les musiciens. Les autres membres du ‘casting’ ne s’adressent pas directement au public, ce qui ne les empêche pas de communiquer, par le biais de gestes d’encouragements et de sourires qui en disent souvent bien plus longs que des paroles inutiles.


Pitrelli enchaine à la guitare acoustique. Quelques dizaine de secondes me sont nécessaire pour reconnaitre “Handful Of Rain” (NDR : un titre de Savatage, tiré de l’album du même nom sorti en 1994) car il présenté ici dans une envoutante version bluesy, sur laquelle la voix chaude et profonde d’Erika Jerry (NDR : une superbe afro-américaine qui a été choriste de Snoop Dog et Christina Aguilera) fait des merveilles. Vient ensuite un titre instrumental, dans lequel le Hard Rocker que je suis croit reconnaitre des extraits du “Vol du Bourdon” de Rimski-Korsakov et de l’“Hymne à la Joie” de Beethoven. (NDR : je peux me tromper, les puristes excuseront mon inculture classique). Toujours est-il que le trio à cordes électriques (deux guitares/ un violon) y fait des étincelles, et ce, au point d’enthousiasmer Forest National qui, pour la première fois de la soirée, décolle les fesses et se lève comme un seul homme. Impossible de se rassoir lorsque Kuprij fait sonner les premières notes du cultissime “Gutter Ballet” (NDR : Savatage, 1989) sur son piano électrique. Quelques courageux tentent même de gagner le ‘front-stage’ pour aller headbanger, mais ils sont rapidement (et très poliment) remis à l’ordre par la sécurité. Pour magnifier ce classique de Savatage, la chorale a repris place face à ses microphones et un géant blond à la chevelure hirsute s’est avancé face à la foule. Ce dernier, que Pitrelli nous présentera plus tard comme ‘un petit nouveau appelé Nathan James’ possède un timbre de voix relativement similaire à celui de Jon Oliva, ce qui réjouit manifestement tous les fans du Savatage des eighties présents dans la salle. A mon humble avis, l’un des tout grands moments de la soirée !

Jeff Scott Soto réinvestit les planches pour interpréter un titre étonnant qui nous plonge tout droit dans l’univers des comédies musicales. Le New Yorkais est tout simplement magnifique. Le titre suivant, tout aussi magistral, nous permet de faire connaissance avec Rob Evan, un chanteur qui n’a absolument rien d’un Hard Rocker mais dont la voix et la présence sont incroyables. (NDR : Renseignements pris, Evan est un acteur/chanteur qui a fait ses classes sur les planches des théâtres de Broadway. Il a joué, notamment, dans les comédies musicales “Jeckyll & Hyde”, “Les Misérables” et “Little Shop Of Horrors”).

L’intermède instrumental qui suit (NDR : consacré à Mozart) nous permet d’admirer de plus près le physique avantageux d’Asha Mevlana et, surtout, de frémir de plaisir en la voyant manier furieusement son ‘Electric Viper’ (NDR : un violon électrique ayant la forme que la célèbre guitare Gibson Flying V) et briser rageusement son archet après y avoir fait crisser la dernière note.

Retour de Jeff Scott Soto pour un titre très hard rock sur lequel la guitare de Pitrelli groove à merveille. Les mâles de la salle se réjouissent également du retour des cinq chanteuses qui, non contentes d’accompagner Soto de leurs voix langoureuses, se lancent dans une chorégraphie aussi compliquée que sexy. Profitons-en pour souligner, au passage, toutes les qualités du quintette féminin qui cumule beauté et talents multiples.

Les fans de Savatage ont à nouveau droit à quelques longues minutes de bonheur épique grâce à “The Hourglass” (“The Wake Of Magellan”, 1997) sur lequel Andrew Ross, le vocaliste du combo métal progressif américain Daredevil Squadron, fait une première apparition en solo. Après ce déluge progressif, le changement de style est radical : Pitrelli, à la guitare acoustique, accompagne la chanteuse Kyla Reeves (NDR : cette dernière a été choriste de Johnny Winter et Joe Bonamassa) sur un blues captivant. La jolie blonde squatte encore la scène pour un second titre bien plus rock, avant de laisser le micro à Robin Borneman pour une reprise atomique de “Believe”. Le chanteur hollandais possède un timbre de voix rugueux à souhait (NDR : dans le style de Joe Cocker) qui donne un ton tout à fait inédit au classique de Savatage (NDR : extrait de “Streets”, 1991).

Aux titres chantés succèdent les intermèdes instrumentaux sur lesquels violons, violoncelles et guitares électriques se marient pour le plus grand plaisir de la salle entière. Caffery, toujours rieur, manipule la foule, la fait se lever, taper des pieds et des mains, dans la grande tradition des concerts métalliques. Nous assistons ensuite au tour de chant de Chloé Lowery. Vêtue d’une robe de soirée fendue des talons aux hanches, la belle nous ramène au style des comédies musicales d’outre-Atlantique. Ses quatre collègues la rejoignent pour nous présenter une nouvelle chorégraphie fougueuse. Rien de bien métallique dans tout cela, me direz-vous, mais le spectacle est enchanteur et, comme mes compagnons de chaise pliantes, je prends un malin plaisir à le regarder. Le géant blond Nathan James nous propose un nouvel hommage à Savatage en interprétant “All That I Bleed” (extrait de “Edge Of Thorns”, 93) qu’il démarre ‘à cappella’. Tout simplement superbe. Après l’instrumental de rigueur, agrémenté par nouvelle chorégraphie, les 10 vocalistes se joignent au reste de la troupe pour nous balancer une bluffante interprétation du “Carmina Burana” de Karl Orff, en version métallique.

L’incroyable talent développé par Rob Evan sur le titre “Epiphany” lui permet de récolter une standing ovation de la part de la salle entière. Mon cœur de métallurgiste fait alors un bond lorsque Pitrelli et Caffery font résonner les premières notes du “Prelude To Madness” qui sert d’introduction à la formidable plage éponyme de l’album “Hall Of The Mountain King”. Malheureusement pour moi, (NDR : je ne l’apprendrai que plus tard), le titre rebaptisé “The Mountain” par TSO se limite à ladite introduction et je n’aurai pas droit à mon titre préféré de Savatage.

Vitalij Kuprij qui, comme Chris Caffery, affiche un sourire permanent tout au long du concert, se lance alors dans l’excécution d’un fantastique solo de piano qui nous fait passer du répertoire de Beethoven à …notre Brabançonne nationale. Nous avons encore droit à deux instrumentaux supplémentaires avant que la troupe, au complet, réinvestisse les planches pour nous balancer, en pièce finale, l’envoutant “Christmas Eve (Sarajevo 12/24”) extrait du fantastique “Dead Winter Dead” de Savatage. Entre les chorégraphies des danseuses, les prouesses vocales et la dextérité phénoménale des musiciens nous ne savons plus où donner de la tête.

Après la dernière note, musiciens et chanteurs rejoignent l’avant de la scène pour nous offrir un dernier salut théâtral. Les lumières se rallument, il est 22h55. Je constate avec effroi que, captivé par cette fantastique prestation, je n’ai pas bu une seule bière pendant 2h30. Décidément, je vieillis mal !

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Photos © 2014 Hugues Timmermans

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