Un peu de Toy au Centrale

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Cela fait longtemps que l’on attendait Toy dans une salle en tête d’affiche et on était prêts à avaler des kilomètres si cela s’avérait nécessaire. Finalement, c’est à Gand, dans une petite salle baptisée De Centrale réquisitionnée par le collectif Democrazy, que les enfants terribles du rock psyché britannique se sont produits ce mercredi 5 mars avec les bien nommés Charlie Boyer & The Voyeurs pour une double affiche diablement intéressante. Les seules occasions de voir Toy à l’œuvre jusque là l’avaient été en festival (ils sont passés par le Crossing Border à Anvers en 2012 et l’Absolutely Free à Genk l’année suivante) ou au Sportpaleis en première partie de Placebo en décembre dernier, quelques jours avant la sortie de leur deuxième album (“Join The Dots”). Mais dans ce dernier cas, ni l’endroit ni le public n’étaient en mesure de leur permettre de s’exprimer pleinement.

Après avoir été généreusement marqués au tampon bleu à l’accueil, c’est dans une petite salle (capacité maximale : 200 personnes) au charme certain que l’on a pénétré, là où une sono parfaitement réglée au volume assourdissant nous attendaient. Sur scène, les Voyeurs avaient déjà débuté leur prestation sur les chapeaux de roue. Ces petits coquins savent en effet comment manier leurs guitares bien grasses afin de donner une vision vintage à leur set.

Bien plus sales que sur disque (“Clarietta”, leur premier album est sorti chez Heavenly Records en 2013), leurs compositions prennent par moments une tournure sixties aux lointaines influences blues dont les Rolling Stones raffolaient au tout début de leur carrière. Mais c’est lorsqu’ils se la jouent pied au plancher qu’ils sont les plus convaincants. Ajoutez-y un chanteur à la voix haute et nasillarde à la physionomie élancée et on obtient un cocktail détonnant malgré un enthousiasme relatif et un final curieux : les musiciens ont d’abord hésité avant de poser leurs instruments et ont quitté la scène en traversant le public (les backstages au Centrale se trouvent dans une pièce connexe à proximité du bar).

C’est d’ailleurs pour la même raison que l’on a pu voir les membres de Toy se frayer un passage à deux pas de nous vers leur espace favori. Il s’agissait d’en profiter car c’est dans une pénombre quasi permanente que leur prestation s’est déroulée, tranchée ça et là par des éclairs stroboscopiques. Le seul qui se trouve sous les projecteurs (et encore…) est le batteur Charlie Salvidge à l’arrière de la scène. Pour l’anecdote, la claviériste Alejandra Diez utilise même une lampe de poche pour programmer son instrument entre les morceaux…

Assez intelligemment, ils vont entamer les débats avec “Conductor”, le lancinant instrumental qui ouvre leur nouvel album, lointain cousin du “Sea Within A Sea” de The Horrors, un groupe auquel on va énormément penser ce soir. L’occasion de prendre leurs marques et de déjà agiter leurs longues chevelures apprêtées (ils sont en effet assez maniérés, à l’instar du chanteur Tom Dougall qui arbore un large médaillon par-dessus son pull ras du cou). Les autres protagonistes étant le guitariste Dominic O’Dair et le bassiste Maxim Barron.

L’excellent “Colours Running Out” dans une version speedée va déjà apporter un pic à la soirée. Il faut dire que leur premier album (éponyme) regorge de titres impeccables qui en avaient fait un incontournable de 2012. La preuve un peu plus tard avec un “Dead & Gone” joyeusement sobre au final étourdissant ou un saccadé “Kopter” au rythme affolant. En fin de set, “Heart Skips A Beat” et “Motoring” démontreront leur aptitude à mettre en place un son synthétique qui aurait mérité d’entrer dans le top 40.

Si les nouveaux titres vont avoir un peu plus de mal à se démarquer (“Join The Dots” est assez indigeste lors de ses premières écoutes), on retiendra tout de même les accessibles “You Won’t Be The Same” et “Endlessly”. Un rien plus pop (dans la veine Toy s’entend) mais à l’interprétation scénique solide, à l’instar du puissant “It’s Been So Long” alors que le beat hypnotique de “Fall Out Of Love” et l’environnement sombre de “As We Turn” renvoient à “Primary Colours”, la deuxième plaque des précités Horrors, dont s’étaient déjà inspirés les regrettés S.C.U.M.

Le tout se terminera avec la plage titulaire du dernier album dont les influences électroniques couplées à un mur de guitares et à la voix caverneuse de Tom Dougall vont assurer une conclusion à couper le souffle, destructrice pour les tympans. Un DJ aux trésors sonores indie prendra ensuite le relais pendant que les musiciens assureront le service après-vente au stand merchandising. S’il a fallu se montrer patient pour voir les natifs de Brighton dans de bonnes conditions, le jeu en valait clairement la chandelle.

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