Broken Bells, un yin dépressif et un yang euphorique

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Ce n’est pas tous les soirs que l’Ancienne Belgique accueille des pointures de la trempe de James Mercer (le chanteur des Shins) et Brian Burton (aka Danger Mouse). Ensemble, sous le nom de Broken Bells, ils viennent de sortir un deuxième album qui flirte avec les rythmes endiablés dont ils ont le secret. Une atmosphère de soirée disco régnait ce lundi 31 mars au numéro 110 du boulevard Anspach… Il était d’ailleurs surprenant de voir la salle en configuration Flex semi-assis car la plupart des spectateurs avaient fait le déplacement dans le but de se bouger le popotin. Bonne nouvelle car le groupe choisi pour ouvrir le bal, Gardens & Villa, allait déjà leur permettre de s’échauffer sérieusement. En tout cas sur la partie instrumentale car la balance anormalement brouillonne allait empêcher la voix haut perchée et androgyne du chanteur de donner l’effet escompté.

Ils viennent eux aussi de sortir leur deuxième plaque (« Dunes ») alors que leurs influences se cantonnent majoritairement à la synthpop du début des années 80 jouée sur des synthétiseurs aux sons cheap pour ne pas dire un peu kitsch, à l’instar de la chemise à fleurs d’un des claviéristes. Genre de mélange pas si improbable que cela entre Depeche Mode période Vince Carke, Soft Cell et Kraftwerk avec un chanteur (sosie de Patrick Ridremont à la Ligue d’Impro) qui joue de la flûte de temps à autre pour un résultat pas tout à fait convaincant. Sauf peut-être lorsqu’un titre aux lointaines réminiscences soul à la Hall & Oates vient mettre à mal le présent paragraphe.

Broken Bells avaient auparavant joué une seule fois en Belgique. C’était au Pukkelpop en 2010 et leur prestation n’était pas restée dans les annales car il leur avait manqué une certaine conviction. Depuis, James Mercer a enregistré et tourné un album avec The Shins (« Port Of Morrow ») alors que Danger Mouse a poursuivi son travail de production intensif et sans fausse note avec notamment The Black Keys, Norah Jones et même U2. Entre les coups, les deux hommes ont réactivé leur projet commun et ont enregistré « After The Disco », un deuxième album qui porte excellemment bien son titre.

En effet, une basse qui fleure bon les cols pelle à tarte et les pantalons pied de poule se retrouve régulièrement mise en avant tout au long d’une plaque qui débute, tout comme le concert de ce soir, avec « Perfect World ». A l’exception du batteur massif, chaque musicien se trouve devant un pupitre blanc. Brian Burton et le très stylé (avec son veston bleu) James Mercer occupent bien entendu le devant de la scène alors qu’à l’arrière-plan, un nouveau guitariste vient compléter le line-up.

Ceci dit, le spectacle se trouve essentiellement derrière le groupe. Les concepteurs de l’impressionnant dispositif visuel ont en effet fait très fort avec des projections majoritairement inspirées de l’espace au sens large du terme (des constellations au cosmos en passant par les planètes) même si des images de synthèse vont aussi épouser de temps à autre les ondes musicales pour un résultat dynamique à la clé. On retiendra également les ombres chinoises qui vont emporter la balade « The Angel And The Fool » vers une autre dimension.

« The Ghost Inside » à la voix de falsetto et surtout « After The Disco » (que l’on aurait pourtant bien vu en final) vont poursuivre dans cette même veine groovante qui transformera presque l’AB en Studio 54. Difficile de rester en place dans ces conditions, surtout qu’une version particulièrement dansante de « Mongrel Heart » tapera sur le clou dans la foulée.

Et c’est bien là le paradoxe de Broken Bells. Ou comment faire cohabiter avec brio un chanteur à la voix sombre et un producteur aux idées lumineuses. Encore que, Danger Mouse adoptera une attitude on ne peut plus sérieuse tout au long du set, arborant un faciès rigide ne laissant transparaître aucune émotion, même lorsqu’il échangera sa basse contre les sticks de batterie à l’une ou l’autre occasion.

Ajoutons que la connotation sexy presqu’indécente de titres comme « Holding On For Life » et « Leave It Alone » vont avoir un effet ravageur sur les spectateurs. Ceux-ci craqueront encore sur l’excellent « Vaporize » alors que le subtilement construit « The High Road » sera un exemple du genre en clôture du set principal, faisant la part belle à des bidouillages sonores et un environnement presque planant.

Les deux personnages principaux reviendront les premiers sur scène en entamant les rappels avec une version acoustique de « Citizen » suivie du très sage « Trap Doors » en full band. Heureusement, « October » rattrapera la sauce d’excellente manière et donnera un message positif à un public qui avait abandonné depuis longtemps l’idée de s’asseoir sur les gradins. Si Broken Bells est avant tout un passe-temps pour ses membres, l’AB ce soir était une cour de récréation parfaite. Les voilà revigorés pour la suite de leurs aventures respectives.

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