The Strypes, des p’tits jeunes pas comme les autres

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Quoi de plus naturel pour quatre ados passablement irrités par la musique linéaire et sans âme diffusée à la radio que de s’enfermer dans un garage avec des instruments pour évacuer leur frustration. Mais lorsqu’ils puisent leurs influences aussi loin que les origines de la british invasion du début des années 60 et qu’ils parviennent à rester crédibles, on est tenté de crier au génie. A raison ? Eléments de réponse au Botanique ce mardi 22 avril en compagnie de The Strypes. Prévu à l’origine à la Rotonde et upgradé à l’Orangerie suite à une demande sans cesse croissante, les quatre gamins irlandais (seulement deux d’entre eux sont majeurs) ont fait le plein et, sans le vouloir, ratissé large. Des petites têtes blondes aux cinquantenaires arborant une calvitie galopante en passant par les adolescentes hystériques, toutes les tranches de la population étaient représentées.

Et il y avait déjà pas mal de monde lorsque les locaux de Broadcast Island ont entamé leur mission de support. Ces derniers avaient déjà foulé cette même scène un soir d’avril 2012 en première partie de The Cribs mais sous le nom de Hey Yeah!. S’ils sont désormais plus crédibles sur papier, musicalement, rien n’a vraiment changé. On est toujours dans cette mouvance proche du Manchester mélancolique des Smiths (la voix plaintive du chanteur rappelle furieusement celle de Morrissey) avec des réminiscences des Libertines et une vision power pop à la Weezer.

Le souci, c’est que tout est un peu trop propret (la veste en cuir du chanteur ne suffit pas à le rendre rebelle) et que leur manque d’image leur est préjudiciable. Pointons tout de même leur cover du “It’s A Sad Sad Planet” de Evil Superstars (qu’ils avaient déjà jouée à l’époque) et deux extraits d’un futur EP judicieusement agrémentés de cuivres. Le potentiel est bien là, reste à le concrétiser.

En l’espace de deux ans, les Strypes sont passés du statut de groupe de collégiens à celui de véritable hype. Jugez plutôt : Noel Gallagher les encense, Elton John, Paul Weller et Dave Grohl sont fans alors que les Arctic Monkeys les ont emmenés avec eux lors de leur tournée européenne qui est notamment passée par Forest National en novembre dernier. Malheureusement, ce n’était pas l’endroit idéal pour les juger. Leur prestation de ce soir peut donc vraiment être considérée comme la présentation officielle de leur premier album (“Snapshot”) au public belge.

C’est avec “What A Shame” directement enchaîné à “So They Say” (un nouveau titre extrait de “4 Track Mind”, un EP sorti en février) qu’ils vont débarquer sur scène. Premier constat : cela joue juste et bien, avec une fougue décuplée par leur jeune âge. On pense aux Rolling Stones et aux Who des débuts, avec un professionnalisme épatant et les contraintes de l’époque qu’ils s’imposent (on se demande presque s’ils possèdent des téléphones portables).

Ils déterrent donc un style musical presque désuet mais il convient d’insister sur le fait que leur look s’inspire de la période également. Coupes au bol, chemise et cravate, bad boy attitude correspondant à leurs personnalités respectives. Le chanteur principal Ross Farrelly en ne daignant pas ôter ses lunettes de soleil de toute la soirée, le (doué) guitariste et seconde voix Josh McClorey en se montrant arrogant, pince-sans-rire et répétant systématiquement chacune de ses interventions destinées à faire réagir le public.

Plus en retraits, le bassiste Pete O’Hanlon et le batteur Evan Walsh (qui doit avoir une formation jazz tant il caresse son instrument d’une main tout en le cognant avec l’autre), jouent pourtant un rôle essentiel dans l’équilibre du quatuor.

“Lucky Seven”, une première reprise (on verra plus tard qu’ils en sont friands) va permettre au leader d’attraper son harmonica qu’il utilisera tant et plus, au point de nous taper par moments sur le système. Il s’agira là d’un des rares reproches à leur faire, si ce n’est peut-être également la longueur du set un peu trop basé sur le même rythme, malgré l’un ou l’autre titre plus bluesy (“Still Gonna Drive You Home”, “Angel Eyes”) et moins percutants. Encore que, la vision country blues de Black Rebel Motorcycle Club période “Howl” n’est pas si éloignée.

L’entièreté de “Snapshot” sera jouée ce soir avec des pics d’intensité (“She’s So Fine”), de puissance (“Mystery Man”, “Hometown Girls”) et d’admiration (“Blue Collar Jane” sera dédicacé à Marouane Fellaini). Parmi les nouvelles compositions, “Hard To Say No” s’extirpe aisément du lot et ressemble peut-être à ce qu’ils ont fait de plus moderne jusqu’ici, toutes proportions gardées.

Ceci dit, il ne faut pas oublier non plus que les reprises ont longtemps été leur fonds de commerce, du temps où ils jouaient dans les pubs de Cavan, leur ville natale. Ce soir, Bo Diddley sera à l’honneur (“I Can Tell” et surtout l’excellent “You Can’t Judge A Book By The Cover”) tout comme Nick Lowe dont ils s’approprient littéralement le “Heart Of The City”. Pointons également le dynamique “Concrete Jungle” des Specials assaisonné à leur sauce et le groovant “Got Love If You Want It” de Slim Harpo.

C’est toutefois avec une composition originale qu’ils vont terminer le set principal, “Rollin’ & Tumblin'” dans une version que l’on dirait un peu trop répétée qui lorgne vers des sons métalliques pour le moins surprenants. Les rappels les verront se faire plaisir avec deux covers supplémentaires. Si celle de “Rock Away Beach” des Ramones parle en leur faveur, celle du “Louie Louie” popularisé par les Kingsmen était un peu too much. Avec vingt minutes de moins, le concert aurait été impeccable. Ne laissons toutefois pas leur spontanéité gâcher la fête, l’esprit rock ‘n’ roll est entre de bonnes mains. Quant au génie, rappelons que les Stones n’ont réellement commencé à construire leur légende qu’à partir de leur quatrième album…

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