Nuits du Bota 2014 : Emily Loizeau, une artiste hors du commun

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Être chroniqueur pour un site comme Music in Belgium me permet d’assister, de temps à autre, à des concerts d’un genre très différent du hard-rock/métal dans lequel je me sens tellement dans mon élément. En lisant le programme des Nuits Botanique, je tombe sur un nom qui retient particulièrement mon attention, celui d’Emily Loizeau que j’ai découverte avec son album «Pays Sauvage» sorti en 2009. Il n’en fallait pas plus pour me donner envie d’assister au concert de cette artiste qui ne se produit que trop rarement dans nos contrées… Me voilà donc dans le Grand Salon du Botanique. La lumière rouge (très) tamisée annonce un concert intimiste. Piano et cordes sont les seuls instruments présents. La soirée commence par Broken Twin, nom de scène de l’artiste danoise Majke Voss Rommed. Pour cette soirée acoustique, elle est accompagnée par la jolie violoniste Nils Gröndahl.


Pour décrire le style de Broken Twin, je la qualifierais de musique folk torturée et sombre, presque morbide. Les mélodies créent une ambiance pesante, presque hypnotique. Rien de très joyeux. On est dans le calme, tellement calme que cela en devient pesant, genre névrotico-maniaco-dépressif. Le public écoute poliment sans plus. Bien que l’artiste scandinave vienne de signer un contrat avec le prestigieux label Anti-Records (Tom Waits), sa musique ne me parle guère. L’ambiance musicale est vraiment trop sinistre.

Heureusement, le ton va changer radicalement avec l’arrivée sur scène de la tête d’affiche: Emily Loizeau, qui prend place au piano. Elle est accompagnée par son violoncelliste Olivier Koundouno. Au programme: un concert intitulé «Emily Loizeau Revisited». Rien que le titre donne déjà le ton, car le mélange du français et de l’anglais sera une des grandes constantes de cette prestation. Autres constantes: l’humour et la complicité avec le public.

J’avais donc enfin l’occasion de croiser la route de cette artiste hors du commun. Née d’un père français et d’une mère anglaise, elle écrit et chante dans les deux langues avec la même aisance. D’aussi loin qu’il m’en souvienne, l’artiste a toujours fait preuve d’originalité.

Cette indépendance se vérifie aussi sur le plan artistique puisqu’elle n’hésitera pas à interpréter 3 reprises à sa manière bien à elle : «Cet Enfant» d’Yves Simon, avec beaucoup de sensibilité, «Gigi L’Amoroso» de Dalida et même «Pocahontas» de Neil Young.


Virtuose dans les extraits classiques de Schumann, inventive (elle trafique son piano pour altérer le son sur certains de ses titres), tantôt espiègle, tantôt sublime à la manière d’une Babara, elle donne l’impression de savoir tout faire et de jouer de sa voix aussi bien que du piano. J’ai réentendu avec plaisir plusieurs morceaux comme «Sister» et «Pays sauvage» dans une version épurée qui m’a donné le frisson. Ah, ce petit voile rauque qui vient parfois colorer sa voix… À plusieurs moments de la soirée, l’émotion a été palpable dans le public face à une artiste au sommet de son art, qui a pris un plaisir manifeste à revisiter son répertoire dans ce duo acoustique saisissant, annonçant ainsi la sortie d’un cd enregistré dans les mêmes conditions, qui s’appellera «Revisited – Piano Cello Sessions» et dont la sortie est prévue le 2 juin prochain.

Grande chanson française, folk et autres influences musicales: rien ne l’arrête. Tantôt le piano prend la sonorité d’un piano de saloon dans un western, tantôt il se met au service d’un magnifique morceau folk, tantôt il se rapproche de la musique classique. Au milieu du tour de chant, Emily quitte sa chaise de piano pour faire face au public le temps de deux ou trois morceaux. Le temps passe à une allure insensée, tant nous sommes tous captivés par la beauté de cette prestation. Je m’en voudrais aussi de ne pas signaler la grande inventivité du violoncelliste qui utilise son instrument de toutes les manières possibles et imaginables, dès plus traditionnelles aux moins conventionnelles, pour obtenir le son qui «colle» le mieux à chaque chanson.

À la fin du concert, Emily et Olivier gratifieront encore le public d’un rappel de 4 morceaux pour finir la soirée en beauté. En sortant de la salle, j’ai la certitude d’avoir vécu un très grand moment. Du grand art, je vous le dis!

Programme :
1. Schuman
2. Comment dire (de « L’Autre Bout du Monde »)
3. London Town (de « L’Autre Bout du Monde »)
4. Coconut Madam (de « Pays Sauvage »)
5. Bigger Than That (de « Pays Sauvage »)
6. Sister (de « Pays Sauvage »)
7. Cet enfant
8. Dis-moi que tu ne Pleures pas (de « Pays Sauvage »)
9. Gigi L’Amoroso
10. Boby Chéri (de « L’Âge d’Or »)
11. Je Ne Sais Pas Choisir (de « L’Autre Bout du Monde »)
12. In Our Dreams (de « Pays Sauvage »)
13. Faire Battre Ton Tambour (de « Pays Sauvage »)
14. Pocahontas (de « L’Autre Bout du Monde »)
15. Pays Sauvage (de « Pays Sauvage »)
16. The Angel (de « Mothers and Tygers »)
17. Garden of Love (de « Mothers and Tygers »)
18. L’Âge d’Or (de « L’Âge d’Or » et « L’Autre Bout du Monde »)
19. Schumann Piano/Cello
20. Assum Branco (instrumental)
21. L’Autre Bout du Monde (de « L’Autre Bout du Monde »)
22. Upon A Forest
23. Je suis jalouse (de « L’Autre Bout du Monde »)

Photos © 2014 Hugues Timmermans

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