Nuits du Bota 2014 : les Flaming Lips colorent le Cirque

0 Participations

Les Flaming Lips s’étaient fait relativement discrets en salle ces dernières années. En effet, depuis leur magistral passage à l’AB en 2009, ils ne se sont plus produits qu’en festival dans nos contrées, malgré un dernier album (“The Terror”) sorti voici déjà plus d’un an. L’occasion de se replonger avec entrain dans leur univers tellement particulier ce samedi 24 mai au Cirque Royal. Mais l’attrait de cette nouvelle Nuit résidait aussi dans le choix de la première partie, assurée par un groupe excessivement rare sur les planches. Les Young Knives, pour ceux qui s’en rappellent, avaient joué à la Rotonde en support de The Rifles un soir de novembre 2006, à l’époque de leur premier album. Depuis, ils en ont sorti trois autres dont le dernier, “Sick Octave”, prend une direction plus nerveuse, à l’instar de “Owls Of Athens”, titre d’intro aux influences post punk glaciales. C’est d’ailleurs avec ce titre qu’ils entameront leur prestation, articulée autour de cet album financé par leurs fans.

On est donc assez loin de la coloration pop intello de leurs débuts, même si le seul “The Decision” nous permettra de comparer les époques. En gros, leurs compositions sont toujours autant déstructurées mais ont gagné en intensité autant qu’en puissance et nervosité (les riffs de guitare sont légion). Finalement, le seul dénominateur commun est la voix caractéristique d’Henry Dartnall, le leader aussi dérangé que son frère bassiste, en tout cas d’un point de vue vestimentaire (des ailes de chauve-souris pour le premier, une combinaison orange vif pour le second). Pour le reste, des titres comme “We Could Be Blood”, “White Sand” et le final “Maureen” démontrent que malgré les apparences, ils sont encore loin d’avoir jeté les armes.

Le Pukkelpop en 2010, Dour en 2012, le Crammerock en 2013, ce sont donc les sites de festivals qui ont constitué le terrain de jeu des Flaming Lips en Belgique récemment. Or, c’est bien dans une salle que l’on est le mieux à même d’apprécier leur show et le Cirque Royal doit sans doute constituer l’antre idéal tant l’aspect visuel à la limite de l’extravagance va de pair avec la méticuleuse construction de leurs compositions.

Outre le costume moulant rouge vif que Wayne Coyne porte pendant les soundchecks, ce sont des dizaines de mètres de guirlandes qui surplombent la scène et qui vont prendre tout leur sens en s’illuminant telles des garnitures de Noël au son de la musique plus tard dans la soirée. Si cette fois le leader n’entamera pas le set en marchant sur la tête des premiers rangs emprisonné dans une énorme bulle transparente, il commencera par jeter deux énormes baudruches dans le public avant de se mettre en place pour “She Don’t Use Jelly”, le titre par lequel tout à commencé à décoller pour eux il y a déjà plus de vingt ans.

Et, dès ce moment, l’esprit carnavalesque est de mise : Wayne a enfilé un collier de fleurs et porte une sorte de cape de serpentins en alu, les deux batteurs (parmi lesquels on ne retrouve plus Kliph Scurlock, récemment viré) sont coiffés d’une perruque verte alors que des deux côtés de la scène, les canons à confettis fonctionnent à plein régime. Mieux, des personnages géants (qui auront du mal à se frayer un chemin entre les amplis et l’écran) viendront effectuer quelques pas de danse avec le groupe pendant que des images psychédéliques multicolores sont projetées sur l’immense écran. Si l’on n’en attendait pas moins d’un début de concert des Flaming Lips, le simple fait de remarquer des sourires béats sur les visages des spectateurs confirme le redoutable effet antidépresseur qu’ils colportent.

La médecine douce se poursuivra avec le toujours aussi magnifique “Do You Realize??” qu’ils vont jouer plus tôt que d’habitude alors que le planant “In The Morning Of The Magicians” fera tourner bien des cœurs. Entre les deux, “Watching The Planets” rappellera la partie expérimentale dont ils sont particulièrement friands. Très prolixe et extraverti, le leader est aussi un perfectionniste. Il n’hésitera pas à stopper net et à reprendre “Yoshimi Battles The Pink Robots” sous prétexte que le public n’y mettait pas suffisamment du sien.

C’est alors que le show prendra une autre tournure, avec l’installation d’un podium (genre de prolongement de l’écran géant) qui verra Wayne trôner à deux mètres du sol pour la seconde partie du set, entamée avec “Look… The Sun Is Rising”, de loin la meilleure plage (ou en tout cas la plus accessible) du bizarroïde “The Terror”, le treizième et dernier album du groupe, qui pousse encore plus loin leurs expérimentations sonores (comme sur “Try To Explain”, le second extrait joué ce soir).

Entre-temps, il a enfilé une sorte d’uniforme en cuir et, ne sachant décidément pas rester les mains vides, va prendre une poupée dans ses bras ou diriger un spot vers le public, ajoutant encore un peu de mystique aux fumigènes abondamment utilisés. Avec l’imparable “Race For The Prize”, ils feront grimper la température avant de revenir à leurs délires mesurés au moyen de l’imparable “Silver Trembling Hands” et de ses cris tribaux. “A Spoonful Weighs A Ton” va terminer le set dans l’euphorie affective, d’autant que les lettres LOVE vont apparaître sur l’écran géant. Ce type de concert devrait être prescrit et pris en charge par la sécurité sociale.

Mais ce n’étais pas encore tout à fait terminé car le groupe reviendra pour un ultime titre, une excellente cover du “Lucy In The Sky With Diamonds” des Beatles, à la sauce Flaming Lips bien entendu, pendant que de nouvelles salves de confettis virevoltaient dans le Cirque. Vu l’état du sol après le concert, on ne voudrait pas faire partie du staff de nettoyage de la salle. Mais s’ils ont assisté au show, tout porte à croire que la tâche leur paraîtra bien plus légère.

Laisser un commentaire

Do NOT follow this link or you will be banned from the site!
%d blogueurs aiment cette page :