Paul Weller en mode Modern Classics

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Icône de plusieurs générations, Paul Weller a traversé les époques tout en conservant une crédibilité inébranlable. Si la plupart des gens continuent à l’associer à The Jam et, dans une moindre mesure, à The Style Council, c’est sa carrière solo entamée au début des années 90 qui lui permet d’explorer librement les moindres recoins de ses influences multiples. Le Modfather était de passage à l’Ancienne Belgique ce lundi 9 juin, en support du second volume de ses “Modern Classics”. En tant que curateur de la soirée, il avait invité The Gramotones, un de ses récents coups de cœur, à ouvrir pour lui. On va comprendre assez rapidement pourquoi il est tombé sous le charme de ces quatre petits gars de Manchester, au point de les inviter à enregistrer leur premier EP dans son studio. Ils ont en effet été nourris au son vintage des sixties (les Kinks, Who et consorts) sur lequel ils greffent des guitares nerveuses et un harmonica ponctuel pendant que les voix nasillardes des deux leaders font le reste.

Ceux-ci, Sid Cooper (un sosie de Miles Kane) et Jake Fletcher (un blond chevelu qui porte une sorte de tunique d’indien), ont un charisme naissant qui pourrait bien les emmener rapidement hors des frontières de leur Angleterre natale (“M62” sera sans conteste le sommet de leur set). Ils n’ont en tout cas éprouvé aucun mal à rassembler un public majoritairement british qui sera réceptif à l’hommage appuyé rendu à Rik Mayall, le comédien des Young Ones décédé plus tôt dans la journée.

Cela fait donc presqu’un quart de siècle que Paul Weller s’est lancé dans une carrière solo fructueuse. Quatre de ses albums ont atteint la première position des charts anglais alors qu’un nombre incalculable de groupes indépendants le citent comme inspiration majeure. Le NME lui a d’ailleurs décerné son Godlike Genius Award annuel en 2010.

Si son actualité récente tourne autour d’une compilation (“More Modern Classics”) qui couvre ces quinze dernières années, rien n’indiquait qu’il allait exclusivement y puiser pour le show de ce soir. Imprévisible, il est du genre à jouer un set complet de nouvelles compositions ou de titres obscurs réservés aux fans de la première heure plutôt que des singles.

Mais il n’en a rien été, même s’il est resté fidèle à sa tradition de limiter volontairement ses productions antérieures aux nineties. Mis à part un très soul “My Ever Changing Moods” datant de la période Style Coucil et un “Start!” plus Motown que jamais en guise de dernier titre du set principal et quasi seule référence à The Jam (excepté une face B, “Tales From The Riverbank”), il a pioché dans ses onze albums solo, entamant les débats pied au plancher avec “From The Floorboards Up”.

Vêtu d’un t-shirt gris laissant apparaître ses bras musclés, il arbore toujours cette coiffure mi-longue caractéristique mais de plus en plus grisonnante (il vient de fêter ses 56 ans). En pleine forme, il a donné une dynamique au show, se donnant à fond à chaque instant. Le son est impeccable et autant “Wake Up The Nation” que “Fast Car / Slow Traffic”, nerveux à souhait, vont placer le concert sur orbite, directement suivi par “Come On / Let’s Go” que l’on aurait dit emprunté à The Undertones (musicalement en tout cas). En dix minutes, on en avait déjà pris plein les tympans.

Mais n’oublions pas que ses musiciens, triés sur le volet, font partie intégrante du spectacle et du son mis en place, à commencer par le guitariste Steve Cradock, membre fondateur de Ocean Colour Scene, dont quelques parties intenses vont faire bruyamment réagir les spectateurs, notamment sur un surprenant “Foot Of The Mountain” qui le verra s’affronter avec son boss, par guitares interposées. Par ailleurs, on se demande toujours comment il a réussi à garder son costume jusqu’au bout du concert.

Mentionnons également le batteur principal (deux batteries sont installées sur scène et on fera abstraction des dispensables logos flower power flashy qui ornent la grosse caisse) aux mimiques attachantes. À sa droite, son compagnons de cordée, quant à lui, joue debout et assure plutôt un rôle de percussionniste. Un claviériste à la physionomie de John Lennon ainsi qu’un bassiste complètent le line-up et tout ce beau monde s’entend à merveille, comme le laissera entendre la pseudo jam psyché réussie que sera “Porcelain Gods”.

Attardons-nous un instant sur le public au profil différent, un rien plus âgé. L’avantage, c’est que l’on n’assiste pas à une marée de téléphones portables immortalisant chaque instant. Et lorsque cela arrive, le contrevenant est bien vite rappelé à l’ordre par une spectatrice de petite taille, furieuse que l’on puisse ainsi obstruer sa vue. Puis il y a aussi les anciens punks qui ont pris de l’embonpoint et dont les mouvements se retrouvent ralentis. Ou encore ce fan qui déboutonnera sa chemise, laissant arborer un torse abondamment velu en transpiration. Le spectacle était donc aussi dans la salle.

Retour sur scène où les influences variées de Paul Weller vont nous emmener dans le monde de la soul presque jazzy (le langoureux “Above The Clouds”), celui de la pop atmosphérique (“Dragonfly” pendant lequel il prendra place à l’extrême gauche de la scène derrière un mini synthétiseur) ou du mod shoegazing (“7&3 Is The Strikers Name”). Le tout avec la dextérité qui le caractérise, qu’il s’agisse de son jeu de guitare ou de sa performance vocale.

Le set principal se terminera sur le coup de 21h55 mais sa prestation était encore loin d’être terminée puisque ce ne sont pas moins de trois rappels qui vont émailler la fin de la soirée. Le premier débutera dans la norme Weller avec les excellents “He’s The Keeper” et “Out Of The Sinking”. Le leader repassera ensuite aux claviers pour un “Picking Up Sticks” qui se transformera en moment de gloire pour le batteur. Celui-ci étalera toute sa dextérité et se distinguera encore sur “Be Happy Children” en assurant des parties vocales de toute beauté.

Le moment de grâce se prolongera avec un inspiré “Wild Blue Yonder” mais surtout avec un puissant “Whirlpool’s End” qui verra de nouveau le groupe entier ne faire qu’un sur scène. Un groupe qui reviendra pour un ultime classique, “The Changingman”, avant de définitivement prendre congé de l’AB. Avec un show pareil, il semble évident que la trace laissée par Paul Weller sur le rock anglais n’est pas prête de s’estomper…

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