La consécration pour The War On Drugs

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C’est une véritable effervescence qui entourait la venue de The War On Drugs ce dimanche 2 novembre à l’AB, un groupe qui, il y a trois ans, n’était pas parvenu à remplir le Club un étage plus haut. Pourtant, ce soir, c’est carrément dans la grande salle pleine à craquer qu’Adam Granduciel et ses comparses s’apprêtaient à donner leur troisième concert belge de l’année. Mais avant d’analyser les raisons d’un tel engouement, place à la première partie signée Steve Gunn, un singer songwriter guitariste de Pennsylvanie qui roule sa bosse depuis le milieu des années 2000 en sortant des albums à un rythme effréné (le dernier en date, “Way Out Weather”, a vu le jour le mois dernier). Monté sur scène cinq minutes avant l’heure prévue, il allait également largement dépasser le temps qui lui était imparti.

Accompagné de son frère à la basse ainsi que d’un batteur, sa voix sobre presque plaintive pèse sur de très longues compositions patiemment mises en place. Une ambiance lourde qui n’est pas sans rappeler celle du Velvet Underground avec une batterie répétitive, des riffs de guitare lancinants et des envolées pleines de distorsion. Le souci, c’est que l’on n’avait pas pris la même drogue qu’eux… Une séance de rattrapage est toutefois prévue au Trix à Anvers le 22 novembre dans le cadre du festival Autumn Falls.

La Rotonde lors des Nuits Botanique en mai et le Club du Pukkelpop en août ont servi d’amuse-bouches à The War On Drugs qui sont sur le point de rejoindre la cour des grands ce soir. Pourtant, le leader Adam Granduciel est loin d’être un débutant puisque cela fait presque dix ans qu’il a jeté les bases du groupe en compagnie d’un certain Kurt Vile. Mais à l’instar de The National, c’est avec son troisième album, le magistral “Lost In The Dream”, que les choses vont s’affoler. Une plaque qui squattera à coup sûr les sommets des référendums d’ici quelques semaines.

Le bonhomme est en tout cas un perfectionniste (on n’ose pas dire parano) car il viendra lui-même régler ses instruments avant le concert. Mais malgré toutes ces précautions, un couac surviendra dans le courant de la soirée. En attendant, c’est au son de l’excellent “Eyes To The Wind” que la prestation va débuter. Curieusement, le Roi Adam et ses cinq sujets musiciens se trouvent très en retrait du bord de la scène. Parmi ceux-ci, le batteur et le joueur de cuivres sont même surélevés d’un bon mètre derrière tout le monde.

Preuve de la qualité intrinsèque de “Lost In The Dream”, la première partie du set lui sera entièrement consacrée. Pourtant, mis à part le fait que les titres sont plus longs et plus étoffés, on ne peut pas dire que le groupe ait drastiquement changé de style. On se trouve toujours dans un rock US au travers duquel on imagine aisément les grands espaces américains défiler sous nos yeux.

Travaillant particulièrement l’intro et l’outro, Adam Granduciel passe le reste du temps immergé dans ses compositions à l’orchestration très riche. On se délectera notamment des nappes de synthé d’“Under The Pressure”, de l’harmonica d’“In Reverse” ou encore de la construction en crescendo d’“An Ocean In Between The Waves”, alors que sa voix rauque juste ce qu’il faut (un mix improbable entre Bruce Springsteen et Bryan Adams) les complémente à la perfection.

Pendant “Suffering”, il va attraper pour la première fois sa guitare blanche customisée un peu kitsch sur laquelle trônent ses initiales en lettres dorées (comme quoi, être au premier rang, cela a parfois des avantages). C’est au terme du très country “Buenos Aires Beach”, un des deux seuls extraits du tout premier album du groupe en 2009, que l’incident dont on parle plus haut se produira.

On avait déjà remarqué Adam grimacer et lancer des regards noirs vers la régie à sa gauche mais, alors qu’il plaisantait au micro, il s’est ramassé une décharge électrique et, de rage, a jeté sa guitare violemment sur le sol avant de prendre la direction des coulisses. Il s’est toutefois rapidement ravisé en prenant la chose avec philosophie et humour. Il a ainsi allumé une cigarette et distribué un stock impressionnant d’onglets pendant qu’un technicien s’affairait à remplacer le câble défectueux.

Ceci dit, sa version enlevée de “Red Eyes” dans la foulée ne sera pas loin d’être le sommet de la soirée. Ce type doit être né avec une guitare entre les mains tant sa dextérité laisse pantois. Par après, sa vision toute personnelle du “Tangled Up In Blue” de Bob Dylan, émotionnellement moins chargée mais toute aussi démonstrative sera à deux doigts de surpasser l’originale. Un peu plus tôt dans la soirée, il s’était déjà approprié avec brio le “I Hear You Calling” de Bill Fay dans une version mélancolique à souhait.

Avec toutes ces histoires, le concert avait pris du retard, raison pour laquelle les rappels ont eu lieu dans la foulée du set principal. Entamés avec une requête du public (l’ancien et désormais presqu’atypique “Arms Like Boulders”), ils feront la part belle à “Slave Ambient”, l’album de 2011. Le rêveur “Black Water Falls” tout d’abord (avec de nouveau des approximations de l’ingénieur du son qui a de la chance s’il ne se fait pas abandonner sur une aire d’autoroute cette nuit) et le Springsteen-esque “Baby Missiles” ensuite, au terme duquel le leader va lancer son harmonica dans le public avant de faire de même avec sa guitare… mais sur la scène. Un certain chaos qui indique que le nom du groupe n’a sans doute pas été choisi au hasard. Rendez-vous à Forest National dans quelques mois ?

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