Lokerse Feesten 2015 : la fête à dEUS après celle de Belle and Sebastian

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Lokeren. Son club de foot, son cycliste star (Greg Van Avermaet), sa kermesse et surtout son festival qui, l’espace de dix jours, fait de la petite bourgade de Flandre Orientale le centre du monde musical, grâce à une programmation éclectique et de qualité. Ce lundi 3 août, les Kooks, Belle and Sebastian et dEUS se sont ainsi succédés sur la scène des Lokerse Feesten. C’est d’ailleurs toujours un grand plaisir de s’y rendre. L’accueil des journalistes y est particulièrement soigné, les conditions de travail parfaites et le son impeccable, sans parler des horaires scrupuleusement respectés. C’est ainsi que les Kooks sont montés sur scène à 20h30 précises alors que leur nom en grandes lettres rouges affolait l’écran géant derrière eux. Le quatuor de Brighton a sorti son quatrième album, “Listen”, l’an dernier et était venu le défendre au Cirque Royal le jour de la Saint Valentin.

Entamé au son d’“Around Town”, la plage d’intro et sans doute le meilleur extrait de ladite plaque avec un groove aussi surprenant que la coiffure afro du batteur Alexis Nunez, leur set d’une heure va aller à l’essentiel. Le chanteur (qui arbore un chapeau posé sur sa chevelure bouclée) va d’emblée affoler les midinettes du premier rang alors que son compère guitariste Hugh Harris paraît toujours aussi mal à l’aise. Ceci dit, sa présence semble apporter un certain équilibre au groupe, comme s’il parvenait à compenser les écarts du leader. En revanche, la basse de Peter Denton, réglée un rien trop fort, va endommager plus d’un tympan.

On ne leur reprochera pas d’avoir tenté de se renouveler avec “Listen” mais il faut bien avouer qu’un titre comme “Bad Habit”, trop fouillé, a du mal à se démarquer, alors que “Down” ou “Forgive & Forget” seront interprétés ce soir dans des versions inutilement allongées. Alors que ce sont justement des compositions concises et immédiates qui avaient fait leur réputation à l’époque. Il suffit de voir les réactions du public lorsque l’ami Luke attrape sa guitare acoustique et entame des titres comme “Ooh La”, “She Moves In Her Own Way” ou “Junk Of The Heart (Happy)”.

Heureusement, tout n’est pas aussi négatif. Ainsi, les nappes envoûtantes de “Westside” vont mettre en avant la voix du chanteur, à l’instar du piano de “See Me Now” (la reverb en plus). On notera encore les riffs incendiaires de “Sway” et la fureur d’“Always Where I Need To Be” avant que “Naïve” ne referme les débats en territoire conquis.

Si ce n’est la compilation de faces B “The Third Eye Centre” en 2013, cela faisait cinq ans que Belle and Sebastian n’avaient plus rien publié (l’excellent “Write About Love” date en effet de 2010). Entre-temps, Stuart Murdoch a enfin sorti son film “God Help The Girl”, le groupe a reçu une récompense notoire du NME pour l’ensemble de sa carrière et a perdu un membre, le trompettiste Mick Cooke.

Le neuvième album, curieusement titré “Girls In Peacetime Want To Dance”, est sorti dans les premiers jours de 2015 et en a surpris plus d’un suite à sa direction pop disco désuète qui émaille certaines plages comme “Nobody’s Empire”, le titre joué d’entrée de jeu ce soir et “The Party Line”, qui sera accompagné de grossières animations aux couleurs criardes sur l’écran géant.

Entre les deux, “I’m A Cuckoo” va nous rappeler aux bons souvenirs d’un groupe généralement décalé, emmené par un leader maniéré monté sur ressort qui entamera le concert au piano avant d’agripper une guitare et de tripoter toute une série d’instruments divers par la suite (des congas ne seront pas les moins exotiques). À ce propos, il convient de mettre en avant la richesse musicale de l’ensemble (pas moins de treize musiciens se trouvent sur scène, dont une section de cordes locale), ce qui mène à des moments épiques comme sur l’impeccable “If You’re Feeling Sinister”.

Ceci dit, la première partie du set sera consacrée à leurs nouvelles compositions dont on retiendra un poppy “Allie” et un curieux “Perfect Couples” chanté par le guitariste Stevie Jackson qui ne manque pas d’humour (“I’ve broken up so watch out” annoncera-t-il avant d’entamer le morceau en question). En revanche, “The Everlasting Muse” et sa curieuse direction polka étaient un peu too much, même si soigneusement mises en images, comme la plupart des vidéos présentées pendant le show.

Un candide “Piazza, New York Catcher” chanté sur le bord de la scène et un “I Didn’t See it Coming” qui va enfin mettre en avant la voix de Sarah Martin (elle avait alterné chœurs, violon et flûte traversière jusque-là) figureront parmi les moments forts. Par contre, on a eu plus de mal avec “Funny Little Frog” au piano façon Elton John et “Electronic Renaissance” (annoncé par le leader comme un hommage à la musique électronique belge de la fin des années 80).

La fin du set sera réservée aux fans de la première heure, même si on a du mal à croire que ceux qui ont envahi la scène pendant “The Boy With The Arab Strap” en font partie (pourtant, c’est Stuart Murdoch qui a été lui-même les sélectionner parmi les premiers rangs). L’excellent mais un peu loupé “Le Pastie De La Bourgeoisie” (en français dans le texte) introduira un “Get Me Away From Here, I’m Dying”, point final du set chanté à tue-tête par plusieurs spectateurs. L’intimité du Cirque Royal devrait leur convenir à merveille le 25 novembre prochain. Une date à ne pas louper, d’autant que c’est Other Lives qui assurera la première partie.

À l’occasion de leur vingtième anniversaire, les Anversois de dEUS ont sorti une compilation et soufflé les bougies au même Cirque Royal en décembre dernier à l’occasion de trois concerts archi sold out. La bonne nouvelle, c’est que la fête se prolonge puisqu’on a pu les voir à de nombreux festivals cet été, malgré l’agenda chargé de Tom Barman (occupé avec Magnus et son nouveau projet Taxi Wars). Et ce qui ne gâche rien, c’est qu’ils ne se contentent pas d’une set-list établie, ils piochent allègrement dans leur riche discographie, en n’en négligeant aucun recoin.

Bien entendu, certains albums sont davantage revisités que d’autre mais on sera heureux de remarquer qu’ils rendent justice à “Worst Case Scenario”, celui par lequel tout est arrivé en 1994, de manière plus généreuse que lors de leur passage aux [PIAS] Nites sensé le célébrer l’an dernier. “Via” et “Hotellounge (Be The Death Of Me)” n’ont en effet pas pris une ride.

Si ce n’est le batteur Stéphane Misseghers, les musiciens sont positionnés de front, ce qui donne une impression de puissance supplémentaire (bien rendue sur l’écran par les images prises du côté de la scène). Entre un Tom Barman à la chemise blanche débraillée et un Mauro Pawlowski à la barbe grisonnante, on retrouve le fidèle claviériste et violoniste Klaas Janzoons ainsi que le bassiste Alan Gevaert qui donnera également de la voix pour des chœurs réussis.

C’est donc un groupe en grande forme qui va donner un set best of suffisamment prenant que pour faire fi des premières grosses gouttes qui tombaient sur la plaine de Lokeren. Comment pourrait-il en être autrement à l’écoute de l’intensité dégagée par “Instant Street” (dont la seconde partie sera épique), du bordélique et confus “Fell Off The Floor, Man”, de l’enlevé “If You Don’t Get What You Want” ou du saccadé “The Architect”. Même les titres des deux plus légers derniers albums vont se retrouver boostés par l’énergie positive dégagée, à l’instar de “Constant Now” et de l’angoissant “Quatre Mains”, chanté en français.

Et puis, il y a les singles imparables, tels “Little Arithmetics” et “Nothing Really Ends” (mélancolique sous la pluie) alors que Mauro va s’égosiller sur “Sun Ra”, un des titres les plus réussis ce soir. Au terme d’un flippant (mais pas trop) “Theme From Turnpike”, le temps imparti sera atteint mais cela ne va pas les empêcher de braver le maître du temps pour un rappel qui les verra se fendre d’un exemplaire “Bad Timing” tout en crescendo avant que, sans surprise, “Suds & Soda” n’allume la foule en délire, à près d’1h30 du matin… Happy birthday, dEUS !

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