Lokerse Feesten 2015 : la soirée des extrêmes avec Mark Lanegan, Jesus & Mary Chain et Kaiser Chiefs

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Deux jours après le triomphe de dEUS, retour dans le Pays de Waes pour l’affiche la plus disparate mais de loin la plus intéressante des Lokerse Feesten ce mercredi 5 août. Au programme La Muerte, le Mark Lanegan Band, The Jesus & Mary Chain et Kaiser Chiefs. Ceci dit, en arrivant sur le site encore baigné de soleil en début de soirée, on avait un peu peur d’un flop pour La Muerte, les récemment reformés punk rockers bruxellois. Il est vrai que leur set au Dour Festival n’avait pas tout à fait répondu aux attentes. Pire, il avait même été boudé par les spectateurs. Heureusement, ce soir, le devant de la scène était déjà généreusement garni au moment où a résonné le premier coup de batterie.

Notre deuxième crainte avait trait à la mise en scène. Si les cierges, les calices et les crânes n’ont en effet pas le même impact en plein jour, la luminosité nous a néanmoins permis de remarquer également que des peluches ornaient un ampli à proximité de l’autel maléfique. Sans oublier l’accoutrement du chanteur vêtu d’une vareuse de foot aux couleurs criardes finalement assez peu en adéquation avec le concept ci-dessus, valorisé par des bâtonnets d’encens qui se consumaient au pied des musiciens…

Musicalement, on est en présence d’un groupe qui ne joue pas pour les personnes sensibles. Des riffs puissants, une rythmique infernale et un chanteur qui hurle au travers d’un sac de jute troué à hauteur d’un œil et de la bouche, le tout à un volume démentiel. S’il terminera le set en cagoule de pilote automobile puis vêtu d’un masque à plumes noires, cela ne refroidira pas ses ardeurs. Ni celles du mécano déguisé en cow-boy Marlboro qui s’évertuera à faire fonctionner plein gaz un moteur au bruit de tronçonneuse supersonique. Bref, impossible de s’ennuyer. Ils ont en tout cas été nettement plus convaincants qu’au pied des terrils.

Pour son dernier album en date (“Phantom Radio”) Mark Lanegan a une nouvelle fois demandé à Alain Johannes, un ex-membre de Queens Of The Stone Age, de se charger de la production. Mais c’est surtout son génie et sa voix caverneuse qui ont fait de cette neuvième plaque une réussite, que l’on placerait tout juste derrière l’impeccable “Blues Funeral” (2012).

C’est d’ailleurs dans ces deux disques que sera tirée la majorité de la set-list de ce soir, entamée avec “The Gravedigger’s Song” et “Harvest Home”, leurs plages d’intro respectives. Sans artifice, le bonhomme se dresse devant son micro, casquette retournée sur la tête, grosses lunettes et un sérieux encouragé par sa timidité. À moins que cela ne soit de l’introversion. Toujours est-il que sa prestance impose le respect et sa voix rocailleuse fait le reste (une voix manifestement abîmée lorsqu’il prend la parole entre les morceaux).

Mais il ne faut pas non plus oublier son band hors pair (constitué de musiciens belges, faut-il le rappeler) qui apportent un réel plus à ses compositions (“One Way Street” en sera un exemple parfait, tout en progression). Ils se distingueront également sur les titres plus grungy (“Riot In My House”, “Floor Of The Ocean”) et finalement plus représentatifs des racines de l’ex-chanteur de Screaming Trees (dont ils reprennent d’ailleurs “Black Rose Way”). N’oublions pas non plus de mentionner les deux perles uptempo que sont “Gray Goes Black” et “Ode To Sad Disco” (à l’environnement nettement plus sobre que Belle and Sebastian lundi sur la même scène).

Un des événements des Lokerse Feesten cette année est sans conteste la venue de The Jesus & Mary Chain. Non seulement les écossais ne jouent pas très souvent dans le coin, mais l’entente entre les deux frères Reid est au moins aussi explosive qu’entre les Gallagher. À titre d’exemple, en 1998, le groupe s’est séparé suite au départ de William au beau milieu d’un concert désastreux à Los Angeles.

Depuis, ils se sont réconciliés mais n’ont toujours pas été plus loin que le projet d’enregistrement d’un nouvel album. Qu’à cela ne tienne, la tendance dans leur camp est à la nostalgie puisqu’ils célèbrent actuellement le trentième anniversaire de “Psychocandy”, leur premier opus considéré par beaucoup comme un chef d’œuvre. Il est surtout arrivé à un moment clé, apportant une arrogance et des guitares cinglantes dans un environnement musical qui en manquait cruellement à l’époque. Paradoxalement, “Some Candy Talking” va leur ouvrir les portes du UK Top 40 (le clip tournait en boucle sur la chaîne musicale Music Box, soit bien avant qu’MTV ne débarque en Belgique).

Il s’agit pourtant d’un album extrême, à l’image de leur attitude de bad boy, qui n’épargne pas les oreilles de l’auditeur (la qualité de l’enregistrement laisse d’ailleurs à désirer, mais cela est sans doute délibéré). Sauf peut-être “Just Like Honey”, la plage d’intro chantée ce soir avec une nana que l’on entendait à peine et qui disparaîtra dès les premières notes de “The Living End” pour ne jamais revenir. Jim Reid n’a désormais plus sa chevelure hirsute mais a conservé un physique svelte. Tout le contraire de son frère William, qui manie toutefois toujours sa guitare à la perfection.

Interprété dans l’ordre chronologique des plages (à l’exception du précité “Some Candy Talking”, réservé pour la fin du set), l’album va défiler sous nos yeux sans réelle surprise d’un point de vue set-list. On l’a dit, il s’agit d’une célébration et le résultat sera assez inégal, avec de très bons moments (le mur du son de “The Hardest Walk”, la puissance de “In A Hole” pendant lequel le chanteur s’énervera sur son pied de micro, la vibe 60s à la Velvet Underground de “Never Understand”) mais aussi ses faiblesses (“Taste The Floor” un peu rouillé, “My Little Underground” aussi inaudible que sur le disque, “Something’s Wrong” assez brouillon).

Bizarrement, la seconde partie du set (“Psychocandy” plafonne à moins de 45 minutes) va nous laisser une meilleure impression. Un peu comme si la corvée était terminée et que le groupe pouvait enfin jouer en roue libre. Ainsi, “April Skies” et surtout l’imparable “Head On” vont faire l’unanimité, alors que “Blues From A Gun” nous montrera le doigté magique de William Reid. À moins que ce ne soit ses pédales à effets et ses amplis. Une excellente version de “Some Candy Talking” et une allongée de “Reverence” (Jim Reid est flippant lorsqu’il hurle “I want to die”) bourrée de larsens vont achever le travail sans délicatesse. En même temps, ce n’est pas ce qu’on leur demandait non plus.

Dans un style radicalement différent, c’était aux Anglais de Kaiser Chiefs de conclure la soirée de manière festive. Et à ce niveau, on peut faire confiance au groupe emmené par Ricky Wilson qui continue de tourner inlassablement son cinquième album, “Education, Education, Education & War” sorti l’an dernier. Un retour en forme boosté par la participation du leader en tant qu’un des coaches de l’émission The Voice UK. Pareil à lui-même, celui-ci ne mettra pas le quart de “The Angry Mob” pour courir de droite à gauche de la scène et de faire le pitre devant la caméra sur le suivant, “Everything Is Average Nowadays”.

Groupe de festival par excellence, ils vont donner au public ce qu’il était venu chercher. Du plaisir, de franches rigolades et des hits. En effet, mis à part “Falling Awake”, un nouveau titre qui devrait figurer sur leur prochain album avec suffisamment de guitares que pour ne pas tomber dans la pop et une curieuse reprise des Who (“Pinball Wizard”), c’est exclusivement dans leurs singles qu’ils ont été puiser ce soir. Et en faisant mouche, bien entendu. Il est effectivement impossible de rester de marbre au son de “Modern Way”, “Ruby” ou “I Predict A Riot”, des tubes en puissance.

Les extraits du dernier album sont désormais parfaitement intégrés et ne dépareillent absolument pas (mention à “Ruffians On Parade” et “Coming Home”). Et quand ils sentent que l’ambiance retombe légèrement, ils s’amusent à se souhaiter de faux vœux d’anniversaire ou à obliger le claviériste Peanuts à se maintenir sur l’avancée de la scène. Du classique Kaiser Chiefs, en d’autres termes. Ceci dit, on pourrait chicaner sur la longueur du set car, contrairement à dEUS lundi, ils ont stoppé bien avant la fin du temps imparti, se contentant d’un mini rappel avec un ralenti “Misery Company” et un classique “Oh My God” au terme duquel le leader s’amusera à actionner des fusils à serpentins, pour le plus grand plaisir du public. Et de clôturer la soirée sur une note colorée.

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