Grant-Lee Phillips au Bota : un homme, sa voix et sa guitare

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Malgré une activité discographique à l’arrêt depuis trois ans, Grant-Lee Phillips continue de tourner inlassablement autour du monde, sa guitare à la main. Le talentueux troubadour était de passage à la Rotonde du Botanique ce mardi 13 octobre. La salle était toutefois plus que clairsemée lorsqu’Allan Muller est monté sur les planches. Tellement clairsemée que certains spectateurs ont même regardé le chanteur chauve affalés sur le plancher devant la scène (tous les autres étaient assis, sans exception). Son nom ne vous dit sans doute pas grand-chose mais dans les années 90, il était le leader de Metal Molly, un groupe qui a notamment eu le privilège d’ouvrir pour David Bowie à Forest National en remplacement de Morrissey.

Il a entre-temps fondé un autre groupe, Satellite City et a brillamment réussi des études universitaires en sciences politiques à la VUB (où il est désormais chargé de cours). Ce soir, il s’est produit en solitaire et ses compositions acoustiques ont fait bien plus que se défendre. Il a en effet l’art d’y injecter un dynamisme qui ira jusqu’à nous laisser imaginer ce qu’elles pourraient donner en full band. D’autant que sa voix caverneuse à mi-chemin entre Guy Chadwick (House Of Love) et Mike Scott (The Waterboys) est restée intacte. Dommage qu’il n’ait jamais réussi à briser la glace en refusant toute communication avec le public.

Grant-Lee Phillips, de son côté, n’a pas ce problème. Au contraire, il est même du genre prolixe et blagueur et va régaler son auditoire tout au long de la soirée. L’ancien chanteur de Grant Lee Buffalo tourne pour le plaisir. Son dernier album, “Walking In The Green Corn”, est sorti en 2012 et était d’ailleurs la seule et unique pièce disponible au stand merchandising. Ceci dit, il est en train de préparer la suite de ses aventures discographiques puisqu’il a joué l’un ou l’autre nouveau titre qui se trouveront sur un album à sortir “en avril ou mai de l’année prochaine”.

C’est en tout cas avec un titre plus ancien, “Nightbirds”, qu’il a démarré son set après s’être simplement présenté sous son prénom. Veston sombre et chemise noire rehaussée d’une cravate cow-boy, il arbore une abondante tignasse à peine grisonnante. Guitare à la main (il utilisera la même pendant tout le concert), il se dandine systématiquement en caressant les cordes de son instrument, alors que sa voix caractéristique fait le reste. À vrai dire, il n’y a pas grand-chose d’autre à voir sur scène. Même les lumières privilégient une atmosphère tamisée.

Après un relativement sage “The Straighten Outer”, les choses se mettront en place avec un excellent “See America” qui plongera le chanteur dans sa mémoire (il se souvient avoir joué dans cette même salle au début des années 2000) et un séduisant premier nouveau titre instantanément adopté par nos oreilles expertes. Un peu plus tard, un délicat “Mona Lisa” et un impeccable “Buried Treasure” se transformeront en moments privilégiés.

Bien entendu, la majorité des spectateurs (dont la moyenne d’âge dépassait la quarantaine) s’était déplacé dans l’espoir d’entendre quelques titres issus du back catalogue de Grant Lee Buffalo. Et ils ne vont pas être déçus. Ceci dit, nous non plus car, contrairement à certains artistes solo qui reprennent à l’identique des titres du groupe qui les a révélés (Richard Ashcroft, Bertrand Cantat, Noel Gallagher), Grant-Lee Phillips les revisite complètement. Il est vrai qu’il n’a pas trop le choix vu qu’il se produit seul sur scène.

Ainsi, il donnera à “Truly, Truly” une connotation fragile à la Jeff Buckley alors qu’une version enlevée de “Jupiter And Teardrop” ne sera pas loin d’être le meilleur moment de la soirée, initiant même un timide singalong. Bizarrement, le très (trop ?) attendu “Fuzzy” ne décollera pas, au contraire de “The Shining Hour” sur lequel il se lâchera complètement.

Grant-Lee Phillips n’étant pas du genre à s’encombrer d’une set-list, il arrive que certaines parties du set se transforment en request party (et les titres de chansons fusent dans le public). Mais il finit toujours par garder la main et autant “Everybody Needs A Little Sanctuary” que “Mockingbirds” (deux autres titres de son ancien groupe) clôtureront le set principal avec panache.

À sa place, on en serait resté là. Car s’il a parfaitement réussi à captiver son auditoire pendant une grosse heure, le rappel n’aura pas le même effet. Il est vrai que “Josephine Of The Swamps” et “Buffalo Hearts” n’étaient pas nécessairement les choix les plus évidents. Ceci dit, ils ne terniront en rien une prestation exemplaire délivrée par un personnage attachant doté d’un incroyable talent.

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