Holy s**t, it’s f**king Sleaford Mods !

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Ce mardi 20 octobre, au soir de la seconde grève tournante de la SNCB, l’AB accueillait Sleaford Mods, un duo british au moins aussi vindicatif et contestataire qu’une armée de cheminots en colère. Sous leurs airs de hooligans, les prolifiques natifs de Nottingham venaient y défendre “Key Markets”, leur fucking fantastic nouvel album. Mais avant d’apprécier leur langage peu châtié, deux groupes étaient en charge de préparer le terrain. Vortex Campaign, tout d’abord, qui a entamé son set à 19h50 devant une poignée de spectateurs. Les deux frangins Jan et Paul Verstraete (dont les seuls enregistrements datent de 1984) ont installé une ambiance lugubre et flippante dans une pénombre qui favorisait le caractère glacial des compositions instrumentales à la Sunn O))) en moins mystique. Entre bidouillages sonores, riffs de guitare aiguisés et bourdonnement permanent, leur avant-gardisme expérimental a récolté des applaudissements polis à défaut d’être enthousiastes.

L’ombre de Sunn O))) allait encore planer sur la salle au travers de Sissy Spacek. Non, pas l’actrice américaine, mais un des nombreux projets de John Wiese, qui a enregistré et tourné avec les moines purificateurs en question. À la différence que cette fois, il tient la basse au sein d’un trio noisy brutal qui ne fait pas dans la demi-mesure. Ils ne vont en effet jouer que trois titres, mais pour le bien-être de nos tympans, il était préférable que cela se limite à ce quart d’heure. Un laps de temps pendant lequel le chanteur va hurler dans son micro en se roulant par terre sur un rythme saccadé dicté par un batteur avide de breaks déstructurés. Ajoutez-y des larsens, une intensité extrême et une poignée de spectateurs feignant une crise d’épilepsie et vous êtes à deux doigts d’imaginer quel type d’ouragan s’est abattu sur l’AB.

En moins d’un an, les deux gaillards de Sleaford Mods sont passés du statut de groupe culte (ils ont sorti six albums entre 2007 et 2013 dans un relatif anonymat) à celui d’incontournable de la scène musicale indépendante britannique. L’an dernier, “Divide And Exit” a ainsi fait l’unanimité auprès de la critique, générant un buzz aussi inattendu que mérité. Pourtant, ils n’ont pas changé leur formule d’un iota, dépeignant le quotidien dépressif de l’Angleterre middle-class avec une rage et un vocabulaire très terre-à-terre où les jurons et l’argot local sont légion.

Ce soir, ils vont présenter le récent “Key Market” qui fait bien plus que confirmer le succès de ces derniers mois, devenu global (l’album a loupé d’une marche le top 10 à sa sortie). Entamé avec “Arabia”, le début de leur set va d’ailleurs se focaliser sur celui-ci, avec notamment “Bronx In A Six” sur lequel le chanteur et parolier Jason Williamson va déjà cracher son venin (au propre comme au figuré) et “No One’s Bothered”. Sur “Live Tonight”, des tubes néon situés à l’arrière de la scène vont se mettre à clignoter. Il s’agit là des seuls artifices qui vont à peine distraire les spectateurs.

Car le spectacle se focalise essentiellement sur les musiciens. Ceux-ci sont pourtant perdus au milieu d’un large espace simplement occupé par un pied de micro et trois casiers de Gueuze Belle-Vue (vides) empilés sur lesquels est déposé l’ordinateur d’Andrew Fearn, le compositeur des parties instrumentales et membre permanent du groupe depuis 2012. Grand amateur de bières (malgré son t-shirt arborant l’inscription Make tea not war), il passe son temps à se dandiner une bouteille dans une main et l’autre en poche, après avoir appuyé sur la touche Play.

À sa gauche, le chanteur à la tête de psychopathe (on l’a croisé à la sortie du Beursschouwburg après leur concert en avril dernier et on n’était pas à l’aise…) déclame avec rage et conviction ses textes mi parlés mi chantés de sa voix modulable. Particulièrement expressif, il vit ses compositions et se laisse emporter par les beats diablement efficaces de son partenaire (“Tiswas”, “Jolly Fucker”). On pense par moments à The Streets en plus révolté et nettement plus vulgaire. On ne compte plus les bastards, twats, cunts ou autre assholes et fuck off (mention à “Fizzy” et au désormais célèbre SACK THE FUCKING MANAGER !).

Ceci dit, le tout se marie parfaitement dans un style singulier qui va ravir les nombreux anglophones dans la salle. Il n’est toutefois pas nécessaire de comprendre les paroles pour rentrer dans leur trip. Demandez donc aux spectateurs du premier rang qui ont entamé de généreux pogos sur le final “Jobseeker” alors que des gobelets volaient dans toute la salle. Juste avant, “Tied Up In Nottz” aura mis tout le monde d’accord.

Après une courte pause, le groupe reviendra pour un rappel dans la même veine hargneuse. À un presque groovant “Tarantula Deadly Cargo”, un “Tweet Tweet Tweet” de feu alimentera les mouvements de foule. Job done, il va falloir compter avec eux. On regrettera peut-être l’aspect maladroit et bordélique de leurs récents passages en Belgique (au Beursschouwburg et aux Ardentes) qui fait désormais place à une machine bien huilée et professionnelle malgré les apparences. Mis à part ce détail, tout était parfait…

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