TesseracT et Vanden Plas, deux approches très contrastées du rock prog

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Le 14 février dernier, les amoureux du rock prog moderne ont pu fêter la Saint-Valentin avec Tesseract au Biebob. Un mois plus tard presque jour pour jour, c’était au tour de Vanden Plas d’offrir à ses fans une soirée prog au Spirit of 66. Deux approches très différentes du rock progressif dont j’ai choisi de vous faire le compte rendu de manière contrastive.

Cette année, le 14 février, jour de la Saint-Valentin, tombait un dimanche. C’était donc un pari risqué que d’organiser un concert un tel soir. Pourtant, la salle du Biobob est étonnamment remplie, d’un public majoritairement jeune, fait assez rare dans le monde du rock prog. Le premier groupe de la soirée est The Contortionist. Ce groupe américain originaire d’Indianapolis propose une musique que l’on pourrait qualifier de métal progressif mâtiné d’éléments death metal et deathcore. Riche d’une discographie de trois albums, le groupe composé de Michael Lessard (voix), Joey Baca (batterie), Jordan Eberhardt (basse), Eric Guenther (claviers) ainsi que Bass Robby Baca et Cameron Maynard (guitares) jouit d’une certaine notoriété aux States où on n’hésite pas à le comparer à des grands noms du progressive death metal et du mathcore comme Between The Buried And Me, Animals As Leaders et Periphery.

Sur scène, je suis frappé par la virtuosité des musiciens, mais très vite l’agacement va céder la place à l’admiration devant la gestique bizarre du chanteur Michael Lessard qui mêle les éléments robotiques et zombie (il donne l’impression d’avoir passé trop de temps devant la série Walking Dead). Visiblement, on était loin du second degré et le gaillard fait peur à voir tant il semble totalement possédé par sa musique et par son «rôle».

Un brin déstabilisé par cette prestation et franchement agacé par la piètre qualité des lumières, j’espère avoir transcrit correctement la setlist du jour: «Language I: Intuition» (de l’album «Language» de 2014), «Language II: Conspire» (2014), «Thrive» (2014), «Solipsis» (de l’album «Intrinsic» de 2012), «Casuality» (2012), «Flourish» (de l’album «Exoplanet» de 2012), «Geocentric Confusion» (2012), «The Parable» (2014). Si je partage la fascination du groupe pour le cosmos, j’avoue être moins sensible à leur musique qui me semble beaucoup trop hermétique.


La tête d’affiche de la soirée est le groupe britannique TesseracT dont la musique est classée dans le genre prog métal expérimental et groove. Aux commandes, Daniel «Dan» Tompkins (voix) accompagné d’Acle Kahney et James Monteith (guitare), Jay Postones (batterie) et Amos Williams (basse). Beaucoup d’amis musiciens ou mélomanes avertis m’avaient chaudement recommandé l’album «Polaris» et je n’ai donc pas hésité une seule seconde à me porter candidat pour chroniquer ce concert. Dès l’entrée en scène du combo britannique, un jeu de lumière et de fumée complexe se met en place. Visiblement, la volonté est de créer une expérience à la fois musicale et visuelle, le but n’étant apparemment pas de mettre en lumière (dans tous les sens de l’expression) les membres du groupe.

Musicalement, le son est d’une très grande précision. Même si le chanteur est souffrant, il assure très correctement les parties vocales en chant clair, les passages en growl étant assurés par Amos le bassiste. Les compositions du groupe utilisent souvent des riffs polyrythmiques, des tempos particuliers et des couches atmosphériques. À côté des guitares en distorsions, les Anglais aiment aussi les passages mélodiques clairs influencés par la musique d’ambiance.

Côté setlist, le choix des morceaux est assez bien réparti entre les trois albums studio du groupe: «Phoenix» (de l’album «Polaris» de 2015), «Concealing Fate, Part 2: Deception» (de l’album «One» de 2011), «Concealing Fate, Part 3: The Impossible» (2011), «Of Matter – Proxy» (de l’album «Altered State» de 2013), «Of Matter – Retrospect» (2013), «Dystopia» (2015), «Hexes» (2015), «Of Mind – Exile» (2013), «Survival» (2015), «April» (2011), «Of Mind – Nocturne» (2013), «Concealing Fate, Part 1: Acceptance» (2011).

Si la prestation du groupe est sans faille, je ne peux me défaire de l’impression tenace que la musique du groupe est assez froide, alambiquée par moment et souvent trop intellectualisante pour permettre d’être appréciée en live. Le chanteur parle relativement peu avec le public qui semble pourtant séduit par la prestation du groupe. Le cocktail lumières difficiles (n’oublions pas que je m’occupe aussi des photos…) et musique à tendance (très) expérimentale ne parvient pas à provoquer en moi l’ivresse musicale espérée. Dommage.


Un bon mois plus tard, le samedi 12 mars, je brave les bouchons provoqués sur le Ring de Bruxelles par le premier concert de Muse au Palais 12 pour arriver presque en retard au Spirit of 66. Le repère verviétois des amateurs de bonne musique accueille ce soir, le groupe métal prog teuton Vanden Plas qui donne à Verviers le deuxième concert de sa tournée de promotion pour l’album «Chronicles of the Immortals – Netherworld II». Le moins qu’on puisse dire est que l’assistance est clairsemée (pas plus de 80 personnes selon mon estimation personnelle). Étonnant pour un groupe de cette trempe… Pas de première partie non plus. On entre directement dans le vif du sujet.

Quand on examine l’effectif du groupe, on se rend compte que Vanden Plas affiche une remarquable stabilité. L’on retrouve donc sur scène l’extraordinaire chanteur Andy Kuntz (Missa Mercuria, ex-Abydos, ex-Amaseffer), le guitariste Stephan Lill (Missa Mercuria, ex-Red Circuit), le claviériste Günter Werno (Missa Mercuria, D.C. Cooper et Place Vendome, a aussi joué en tournée avec Angra et Kamelot), le bassiste Torsten Reichert (ex-Odious) et le batteur Andreas Lill (Missa Mercuria, ex-Abydos, ex-Section A). Pas mal comme carte de visite…

Originalité de cette tournée: bien que la setlist mette tout naturellement en exergue les titres du dernier album, certains morceaux ont été choisis par les fans sur les réseaux sociaux. À l’arrivée, un programme qui tient donc compte des préférences du public, avec à l’affiche: «Into The Sun» (de l’album «Far Off Grace» de 1999), «Vision 3hree – Godmaker» (de l’album «Chronicles of the Immortals: Netherworld I» de 2014), «Holes In The Sky» (de l’album «The Seraphic Clockwork» de 2010), «Scarlet Flower Fields» (de l’album «Beyond Daylight» de 2002), «Scar of an Angel» (2010), «Frequency» (2010), «Diabolica Comedia» (de l’album «Chronicles of the Immortals: Netherworld II» de 2015), «Vision 13teen – Stone Roses Edge» (2015), «Vision 12elve – Godmaker’s Temptation» (2015), «Vision 18teen – The Last Fight» (2015), «The Final Murder» (2010), «Vision 9ine – Soul Alliance» (2014), «Iodic Rain» (1999), «Christ Φ» (de l’album «Christ Φ» de 2006). Deux morceaux supplémentaires en rappel: «I Can See» (1999) et «Postcard To God» (2006).


Quand on compare les deux soirées, on se rend compte que les groupes à l’affiche incarnent deux versions diamétralement opposées du rock progressif. Les Britanniques de Tesseract m’ont laissé une impression de froideur avec un chanteur qui parle assez peu à son public, une musique souvent trop sophistiquée et une prestation minimaliste sur le plan humain: un bref au revoir en fin de concert et le groupe disparaît dans les coulisses. À l’inverse, les Teutons se sont montrés très proches de leur public, Andy n’hésitant pas à ressortir son plus beau français appris à l’école, pour la plus grande joie du public présent. D’autre part, Vanden Plas a proposé une musique riche et construite, mais jamais hermétique. De plus, le groupe est venu à la rencontre de son public après la fin du concert.

Autre point de comparaison, les lumières de Tesseract qui privilégiaient la création d’une atmosphère à l’éclairage de la scène et le recours à une fumée souvent surdosée. Vanden Plas avait opté pour un light show «classique» et un jeu de lumière mettant bien en évidence les différentes composantes du groupe.

Si Tesseract a clairement une tête d’avance sur le plan de l’innovation musicale, c’est souvent au détriment de la musicalité. Les Allemands jouent en revanche sur leur expérience pour proposer une musique complexe (prog oblige) mais jamais excluante. À en juger par le public présent, Tesseract parlait à un public composé surtout de jeunes, tandis que la moyenne d’âge de Vanden Plas devait être proche de la cinquantaine. N’allez cependant pas en conclure que ce soit de «la musique de vieux». Mais le public cible des deux groupes est clairement différent. Ceci explique donc cela.

J’ajouterais enfin que les Allemands disposent d’un atout incroyable en la personne de leur chanteur Andy dont la voix fait merveille dans toutes les tonalités (graves, médium et aigus) et qui a une capacité hors norme de tenir la note…

Vous aurez compris où va ma préférence. Mais pour en avoir le cœur net, la meilleure chose à faire est encore de vous plonger dans l’écoute du dernier album des deux groupes, ce qui vous permettra de vous forger votre propre opinion: Tesseract «Polaris» et Vanden Plas «Chronicles of the Immortals: Netherworld II». Bonne écoute à tous !

Photos © 2016 Hugues Timmermans

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