Les Manic Street Preachers à l’AB : everything must go on

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Bien plus qu’une soirée revival, c’est un véritable retour au cœur d’une période riche pour le rock anglais qui nous attendait ce dimanche 1er mai à l’Ancienne Belgique. Les Manic Street Preachers venaient en effet y jouer dans son intégralité “Everything Must Go”, leur album phare sorti voici vingt ans. Mais avant de s’y plonger, Sleeper’s Reign a donné le coup d’envoi de la soirée. Les natifs d’Herentals connaissent bien cette scène pour l’avoir déjà foulée en 2012 à l’occasion de la finale du Humo Rock Rally où ils ont terminé seconds et raflé le prix du public. Ils ont ensuite pris le temps de peaufiner les enregistrements de leur premier album, “King Into Delight”, qui est sorti en mars dernier, juste après une apparition au célèbre festival SXSW d’Austin, Texas.

Pas moins de six musiciens (dont deux guitaristes) composent le groupe qui occupe dès lors parfaitement l’espace. Tout devant, le chanteur Lukas Hermans se démène comme un beau diable lorsqu’il n’injecte pas des bidouillages sonores dans des compositions pop aux contours gentiment électro que ne renieraient pas Jack Garratt ou James Blake. Il leur manque peut-être un peu de conviction pour tenir la dragée haute une demi-heure durant.

Il y a vingt ans sortait “Everything Must Go”, l’album charnière des Manic Street Preachers, celui avec lequel ils allaient connaître un succès commercial retentissant en pleine vague britpop. Un des albums de l’année 1996 aux côtés de “Coming Up” (Suede), “1977” (Ash) ou “Fuzzy Logic” (Super Furry Animals) pour n’en citer que quelques-uns. Mais aussi celui qu’ils ont failli ne jamais enregistrer. Flashback.

Le 1er février 1995, le guitariste et parolier Richey Edwards disparaît sans laisser de traces (il sera officiellement présumé mort en 2008). Une semi-surprise pour un personnage dérangé et dépressif mais parallèlement diablement cultivé. Il suffit d’analyser ses textes truffés de références politiques, philosophiques et littéraires pour s’en rendre compte, notamment sur le cultissime “The Holy Bible” en 1994. Après mûre réflexion, le groupe décide de continuer l’aventure en trio et d’utiliser les paroles sur lequel leur collègue écorché travaillait alors.

C’est le cas notamment d’“Elvis Impersonator: Blackpool Pier”, la plage d’intro que James Dean Bradfield entamera seul à la guitare de sa voix caractéristique. Il sera rejoint peu après par le batteur Sean Moore et ses inamovibles gants ainsi que par le bassiste Nicky Wire, vêtu d’un perfecto et d’un pantalon classique (il a visiblement définitivement abandonné jupes et froufrous). Tout à fait dans le concept de la soirée, la sangle de son instrument porte le nom de l’album mis à l’honneur alors que ses lunettes d’aviateur ne quitteront quasi pas son visage. À leurs côtés et plus en retrait que d’habitude, leurs deux musiciens de tournée.

Suivront “A Design For Life” (cela fait bizarre de l’entendre à ce moment vu qu’ils le jouent d’habitude en fin de set) et “Kevin Carter”, deux singles parfaits qui vont déjà initier des accolades et des singalongs dans le public. Ça y est, on vient de rajeunir de vingt ans en moins de trois morceaux qui n’ont absolument rien perdu de leur teneur. Au contraire, l’interprétation sobre mais décidée leur donne une nouvelle vision.

Parmi les extraits les plus réussis ce soir, pointons le palindromique “Elona/Alona” (à la vibe Oasis marquée), “The Girl Who Wanted To Be God” (l’imparable break) et “Australia” toutes guitares en avant. Sans oublier “Small Black Flowers That Grow In The Sky” que la voix de James Dean Bradfield va tout simplement magnifier et un “Further Away” bien énervé.

Ceci dit, le final de la plaque, “No Surface All Feeling” sera sans doute et contre toute attente le titre le plus emblématique du lot. La version de ce soir ira même jusqu’à nous donner des frissons grâce notamment à des guitares entêtantes et une intensité insoupçonnée. En résumé, “Everything Must Go” a définitivement atteint le statut de classique…

La seconde partie du set allait voir le groupe se lancer dans une lecture aléatoire de son riche back catalogue. Mais avant d’initier la machine à tubes, James Dean Bradfield a empoigné sa guitare pour une version acoustique de “Theme From MASH (Suicide Is Painless)”, précédée de bribes de titres spontanément réclamés par les spectateurs (“Little Baby Nothing” et “The Masses Against The Classes”).

La suite, à l’instar du concert de Suede dans cette même salle en février dernier (eux avaient d’abord joué leur nouvel album de A à Z), allait s’apparenter à un concert best of auquel il sera impossible de ne pas succomber. De “Motorcycle Emptiness” au solo de guitare tranquille à “If You Tolerate This Your Children Will Be Next” (des frissons, encore…), la barre restera haute, très haute.

Retenons pêle-mêle “Walk Me To The Bridge” (extrait du dernier album sorti en 2014, preuve qu’ils ne sont pas encore prêts pour le circuit nostalgie), “Ocean Spray” (la guitare en live vaut au moins le saxo du studio) et un “You Love Us” particulièrement speedé. Ainsi que deux titres rarement joués ces dernières années : “Nat West Barclays Midlands Lloyds” (quasi un quart de siècle et toujours d’actualité) et “Roses In The Hospital”. Une surprise aussi avec la cover bien ficelée de “(Feels Like) Heaven”, le hit de Fiction Factory. Un seul regret, peut-être, aucun extrait du rageur “The Holy Bible”. Rien à redire pour le reste…

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