Nuits du Bota 2016 : LUH (et approuvé)

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Les Nuits du Bota continuent leur petit bonhomme de chemin avec notamment ce dimanche 15 mai une soirée pop féminine sous le chapiteau et une pour les francophiles à la Rotonde. De notre côté, c’est vers le rock indie peu conventionnel de LUH à l’Orangerie que notre choix s’est porté. Mais avant de découvrir sur scène le nouveau projet d’Ellery James Roberts, deux premières parties étaient prévues au programme. Le duo Empty Taxi a dès lors lancé la soirée d’une manière, disons, particulière. Ne parlons pas de la robe-chasuble de la chanteuse Zoë Mc Pherson ni de ses incantations qui, au final, se mariaient parfaitement à l’environnement ensorcelant de leurs compositions expérimentales, voire tribales dans une pénombre quasi absolue. Ni même du batteur (parlons plutôt de percussionniste vu les deux immenses fûts à côté de son kit simplifié) qui joue debout.


En effet, la particularité du groupe réside dans l’habillage sonore de ses morceaux via des instruments tous plus bizarres les uns que les autres. Qu’il s’agisse d’un berimbau (genre d’arc à flèche géant importé du Brésil joué avec un archet), d’une sorte de pieuvre magique ou même d’un… trousseau de clés. On pense à de la world music revisitée et couplée à des sonorités futuristes (cela vire quasi techno par moments). Un peu trop extrême, visiblement.

Dans un style plus traditionnel ou en tout cas moins avant-gardiste, les Liégeois de The Scrap Dealers leur ont succédés dans une Orangerie déjà nettement plus garnie. Ils nous avaient donné une grosse claque dans la figure l’année dernière au
Dour Festival
et la première partie de leur prestation ce soir allait nous laisser pantois. Toutes guitares en avant (trois, tout de même…), leur rock psyché à tendance shoegaze a des arguments à faire valoir.


Ceci dit, leur mur du son a tendance à s’effriter passé la moitié du set. Pas par manque de conviction mais plutôt par manque d’une étincelle qui maintiendrait l’attention d’un public pourtant prêt à en prendre plein les oreilles. Bref, ils finissent par tourner en rond alors que leurs interventions laissent transparaitre une certaine timidité (“encore deux morceaux et on est partis”). Allez, les gars, ayez confiance en vous. Et un rien d’arrogance ne pourrait que vous faire du bien.

L’excentrique Ellery James Roberts, l’ex-chanteur de Wu Lyf (un seul album et un passage mitigé dans cette même salle en
mars 2012
) semble avoir trouvé une certaine stabilité via son nouveau projet baptisé LUH (pour Lost Under Heaven). La présence à ses côtés de sa compagne, l’artiste Hollandaise Ebony Hoorn, doit jouer un rôle dans cette renaissance. Désormais installé à Amsterdam, le couple a enregistré son premier album sur l’île d’Osea dans le comté d’Essex au sud-est de l’Angleterre.

Intitulé “Spiritual Songs For Lovers To Sing”, il a été couronné du titre de Rough Trade Album of the month en ce joli mois de mai. Bien évidemment, il est loin de couler à l’oreille et des écoutes répétées sont essentielles pour en saisir une partie de ses subtilités. Mais une partie seulement. Ceci dit, rien de bien nouveau sous le soleil lorsque l’on connaît la personnalité alambiquée du chanteur à la voix si particulière.


Celle-ci, que l’on soupçonne un peu forcée à en devenir irritante, se retrouve toutefois avantageusement contrebalancée par celle de sa belle. Sur scène, cela saute clairement aux oreilles, à l’instar du titre d’intro (“I&I” – oui, il est toujours aussi narcissique…). Le bonhomme, genre de grande perche toute maigrichonne à la physionomie de Matt Bellamy, va attraper une guitare à partir du second titre et ne la lâchera qu’à de rares occasions. Un apport essentiel à la digestion des compositions sinueuses qui constitueront le programme de la soirée. Encore que, “Unites” et “Beneath The Concrete” apparaîtront presque pop (à moins que les écoutes répétées n’aient atteint leur but).

À leurs côtés, on retrouve un batteur black particulièrement en verve et un bassiste / claviériste à la chevelure peroxydée. Mais il est évident que l’ego du personnage principal éclipse tout le reste, y compris les banderoles barrées d’annotations mystiques à l’arrière de la scène. Ceci dit, il laisse tout de même un espace à sa moitié élégamment sapée. Une moitié qui aura même la vedette sur le délicat “Future Blues” qu’elle emmènera très haut. Un titre atypique auquel succèdera un “$ORO” complètement dingue flirtant avec des sonorités industrielles hardcore qui ont fait saigner les tympans.


On ne pourra en tout cas pas leur reprocher de tomber dans une routine car chaque composition possède sa propre identité, ce qui complique encore un peu plus la donne (l’équilibre formaté de “Lament” et la justesse vocale toute relative de “Loyalty”). L’époustouflant final, quant à lui, nous replongera dans la période grunge du début des années 90 (on pense très fort aux Pixies et aux Breeders) sur “Lost Under Heaven”, un titre que l’on aurait préféré à “First Eye To The Sky” en guise de clôture d’une prestation qui n’aura pas entièrement répondu à nos interrogations. Suite au prochain épisode.

Photos © 2016 Denoual Coatleven

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