Jacky Terrasson – Fnac Bxl – 22 mars 2003

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Histoire de jazzmen. La venue printanière bruxelloise de Jacky Terrasson, c’est à Ivan Paduart que nous la devons. Lui qui, à côté de sa belle carrière de pianiste menée depuis une bonne
quinzaine d’années, s’occupe de mains de maître de la programmation du Music Village. Club situé en plein coeur de la capitale, rue des Pierres 50, à deux pas de la Grand Place. Jacky Terrasson y était de passage pour 2 soirs consécutifs le week-end dernier. En formule trio : lui au piano, Eric Harland à la batterie et Sean Smith à la basse. Avec comme toile de fond son tout nouveau et huitième album Smile paru chez Blue Note.

Autant le dire tout de suite, c’est avec des yeux de novice en la matière que j’ai tenté une approche du bonhomme. Bee bop, jazz fusion, swing, jazz rock, tout ça… enchanté, j’ai beaucoup entendu parler de vous, mais vous restez néanmoins de belles inconnues. Avec le temps, nous apprendrons certainement à mieux nous connaître. Attention, des dignes représentants ont quand même déjà réussi à me charmer. Leurs noms ? … “love supreme”, “kind of blue”, “back in the day”, “minneapolis”, et quelques autres, mais sinon, rien à déclarer, je suis innocent M’sieur !

Evidemment, aller applaudir Jacky Terrasson au Music Village n’est pas une mince affaire. Il faut déjà se munir de sa carte de membre annuelle à 9 euros, sans oublier d’allonger les 20 euros supplémentaires pour le concert du jour. Le tout donne accès à cette ambiance très cosy… Pléonasme pour un club de jazz “in” ?

Et il va sans dire que lorsque, au même moment et à 2 minutes à pieds de là, la délicieuse An Pierle et l’inénarrable Jean-Louis Aubert jouent gratuitement, nous sommes à des années lumière du choix cornélien.

D’autant moins de regrets grâce à la séance de rattrapage organisée le samedi après-midi à la Fnac. Le bouche à oreille a, semble-t-il, bien fonctionné. Assez en tout cas pour amener une bonne cinquantaine de spectateurs. Certains plus avertis que d’autres.

Jacky Terrasson arrivera avec 10 minutes de retard, dû aux embouteillages provoqués par la manifestation pro-paix. Juste le temps de saluer l’assistance et de régler son tabouret. Et c’est parti pour un court showcase en solo.

Un premier morceau approchant les 10 minutes. Seul au piano. Un réel moment de grâce. Pour être franc, je ne comprends pas tout… Ca part dans tous les sens. Des sentiments très divers, et en même temps très proches, sont mis en musique. Note par note. Touche par touche. La douceur, l’étonnement, la rage, le calme, l’orage, la paix, etc… Assez soufflant. Le message est clair et précis. Et tout compte fait, saisi 5 sur 5.

Le second titre sera plus linéaire. L’occasion d’observer le M’sieur Jacky. Il accompagne chaque note d’un murmure. Il ne chante pas, mais d’une manière constante, superpose le timide son de sa voix à son piano. Il joue lui-même le rôle du co-pilote. Intrigant !

Ca lui paraît tellement simple de sortir tout ça en un clin d’oeil. Il est simplement venu s’asseoir face à nous, un regard vers le piano, et hops. Comme par magie. Comme par miracle. Jésus marchait sur l’eau. Jacky Terrasson joue du piano.

Place ensuite à un échange bienvenu de questions-réponses. Pour éclairer nos lanternes respectives.

Le plus scotchant reste quand même cette première interrogation.

– “Que venez-vous de jouer ?”
– “oh, vous savez, c’était une impro”.

Ouch ! J’ai presque des difficultés à le croire tellement ça paraissait abouti, construit, étudié.

Il expliquera ensuite qu’il vit actuellement aux Etats-Unis et que ce statut d’artiste français exilé aux States n’est pas évident ces jours-ci. Qu’il joue du piano classique depuis plus de 15 ans. Quant au “qu’écoutez-vous comme musique ?”,
il évoquera Keith Jarrett et surtout le dernier né du vocaliste Bobby McFerrin (remember “don’t worry be happy” ?), qui selon lui toujours, a une production splendide. Sinon, il n’écoute pas trop de musique, pour éviter de trop absorber, tel une
éponge. Il veut garder à tout prix son identité musicale.

D’un point de vue technique, il conseillera aussi, pour s’exercer, de jouer au piano des partitions de saxophone. Il l’a fait (et continue à le faire) très souvent, paraît-il. Une approche des phrasés différente et – ô combien – intéressante pour les musiciens, des plus novices ou plus aboutis.

Après cette petite leçon de jazz, il se remet une ultime fois au piano pour une envolée. Ravissante, cela va de soi.

En fait, je pourrais encore rester à admirer le spectacle tout l’après-midi. Mais alors, installé bien confortablement, et avec un petit apéro, svp. Parce que finalement, assiste-t-on à un concert de jazz de la même manière qu’à un concert de rock ? Les conditions de confort du spectateur me sont apparues indispensables pour que l’écoute et l’appréciation de la musique soit optimale.

Au final, une des toutes premières rencontres live avec l’univers jazzeux réussie. Quelques clichés habillement évincés par l’acteur principal du jour. D’autres légers doutes qui subsistent dans ma tête… Mais qui eux-aussi s’amenuiseront lors de mes prochaines expériences jazzistiques. Parce que je compte bien recommencer !

Ah ça, oui !

Jacky Terrasson – Bruxelles – 22 mars 2003

Yann

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