Amenra : au cœur d’un concert de Post-Metal

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12 mai 2017. Les portes du Vooruit (Gent) s’ouvraient à 20h30, mais le premier groupe n’était annoncé qu’à 21h30. Dans la salle oblongue aux dorures d’un autre temps, une petite scène, une assemblée nombreuse, un stand de merchandising pris d’assaut par les fans à la recherche de vinyles et de t-shirts. Des barbus, des habits noirs, des jeunes, mais aussi des gens qui ont dû voir Black Sabbath dans son line up originel. Rien que de très ordinaire : ne sommes-nous pas à un concert de Heavy Metal ? Deux groupes en première partie (sur lesquels nous garderons un silence pudique), mais tout le monde est là pour Amenra. Un court sound check, extinction de la salle, fumée, entrée discrète.

Un homme est agenouillé, dos au public, qui frappe lentement des barres de métal l’une sur l’autre. Il est rejoint par le batteur, qui lui fait face et entrechoque des bois. Puis la musique se met en branle, comme une lame de fond, elle prend de l’ampleur.
Ce n’est pas que le niveau sonore soit exceptionnellement élevé : on supporte le son sans bouchons et bien des concerts de pop torturent davantage les sonomètres. Ce n’est pas que la musique soit rapide, que les musiciens courent en tous sens. Ce n’est pas que le public, pris de frénésie, pousse, tire, danse, pogote. Tout est calme. Ou presque. Trop. Rien pour détourner l’attention.

C’est la musique. Simplement elle. Qui vous prend à la gorge, vous coupe le souffle, vous emplit la tête, vous hérisse. Une musique d’un violent désespoir, d’une lourdeur à peine croyable, mais toujours distincte, presqu’intelligible. Sous un light show dépouillé fait pour l’essentiel de pulsations lumineuses lentes, dans la fumée, cinq hommes se battent avec leurs instruments. Il n’y a pas d’autres mots. Concentrés à un point rarement vu sur scène, parfaitement synchrones, sans hésitation, ils exécutent leurs morceaux. Au sens littéral. Peu de différence avec les versions studios. Ils ne sont pas là pour improviser ou ajouter des fioritures, pour se mettre en valeur dans des solos acrobatiques, pour grimper sur les baffles ou faire répondre le public. Ils sont là pour faire ce qui doit être fait, une fois de plus, en vain.

Le chanteur est dos au public, dissimulé sous son sweat à capuche – il finira torse-nu, montrant l’immense double potence inversée qui orne son dos –, il hurle. Il n’y a pas d’autre mot, là non plus. Rien de désordonné, rien de brouillon, c’est un hurlement qui est à sa place, qui est là pour lui-même. Par moment, Colin van Eeckhout chantera. S’il ne le fait pas tout le temps, c’est juste que certaines choses ne se passent pas de cris. Il ne se retournera que trois ou quatre fois, quelques secondes. Toute son énergie se concentre dans son cri, tandis qu’il se tord les bras et se balance d’avant en arrière. Pas une once d’affectation, pas de pose, pas de show. Il est juste là, il fait ce qui doit être fait.
Au fil des morceaux, le public est pris par la musique. Un balancement synchrone des têtes, des yeux fermés, des gens habités par la musique comme on l’est rarement. Si, quelques minutes, l’étreinte semble se desserrer, c’est pour mieux reprendre à la gorge. La sensation est purement physique.

Un bassiste, deux guitaristes se balancent en rythme et produisent une musique qui terrasse, faite de rythmes lents et très intenses, une musique tellurique, mais qui comprend toujours une ligne mélodique. Sous ses abords de pure violence, c’est bien une musique pensée, méditée, qui se déploie. Le batteur, avec autant de constance que ses acolytes mesure le temps qui passe et synchronise les musiciens. Il nous prend entre ses marteau et enclume.

Une heure trente, on voudrait que jamais cela ne finisse, on est pourtant prêt à demander grâce. Dernier morceau. C’est terminé. Pas de rappel. La salle se rallume.
Dans le calme, songeur, on sort. Que s’est-il passé ? Quoi, si ce n’est un groupe de cinq personnes hurlant contre l’inacceptable : le temps, l’infini, la mort, l’absurdité. Pour rien, bien sûr. Parce que c’est inutile, justement.

Amenra est un groupe belge fondé en 1999 et qui a progressivement acquis une réputation envieuse sur la scène métal ou, plutôt, sur une subdivision de celle-ci : la scène doom ou post-metal.
Sa configuration actuelle est la suivante : Colin H. van Eeckhout (chant), Mathieu J. Vandekerckhove (guitare), Bjorn J. Lebon (batterie), Lennart Bossu (guitare), Levy Seynaeve (basse).
Le groupe est présent sur l’Internet via son site (churchofra.com) et sa page facebook.

Outre des interventions dans des albums partagés (des splits), ils ont publié cinq albums d’un cycle intitulé Mass. Mass VI est attendu dans les prochains mois. Ils sont notamment disponibles chez Consouling Records (consouling.be).

Amenra sera au Graspop Metal Meeting, le 16 juin et au festival de Dour, le 15 juillet.

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