Motorama au Bota, un peu plus à l’ouest…

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Les Russes de Motorama sont désormais des habitués du Botanique et plus particulièrement de la Rotonde qu’ils envahissaient pour la troisième fois en quatre ans ce dimanche 21 octobre. Ils venaient y présenter le fraîchement publié “Many Nights”, leur surprenant nouvel album. Signés sur le même label (Talitres, basé à Bordeaux), les New Yorkais de R. Missing sont loin d’être des inconnus puisqu’ils officiaient préalablement sous le pseudo The Ropes. Composé d’une fluette chanteuse à la voix feutrée proche de celle de Nico vêtue de noir jusqu’au bout des gants et d’un barbu géant à lunettes dont le rôle est de l’alimenter en sons sombres et froids, le duo ne tombe pourtant pas dans la sinistrose.

En effet, des mélodies sous-jacentes laissent entrevoir une réelle démarche mélodieuse largement inspirée tant par les maxis des années 80 que par la BO de “Drive”. Mention à l’impeccable et entêtant “Kelly Was A Philistine”, réponse humaine à la mécanique des machines. Pour peu, ils n’auraient pas dénoté en première partie d’Agar Agar qui se produisaient à quelques dizaines de mètres de là.

Il semble que le réchauffement climatique ait eu un effet collatéral sur “Many Nights”, le cinquième album de Motorama. En effet, les natifs de Rostov-on-Don ont visiblement laissé le soleil chatouiller les vitres de leur studio d’enregistrement avec pour résultat des mélodies synthétiques qui donnent un aspect moins rigide à des compositions pas loin de vous envoyer sur la piste de danse.

La structure, l’environnement poppy et même la voix détendue de “Second Part”, par exemple, renvoient vers… Phoenix alors que “He Will Disappear”, le titre d’intro du concert balancé sans transition après des auto-soundchecks, semble puiser son inspiration dans un carnaval moscovite imaginaire, mais toujours avec une petite laine. Ceci dit, “Heavy Wave”, juste après, remettra les pendules à l’heure, avec une basse entêtante et une voix caverneuse dont Vladislav Parshin a le secret.

En effet, leur attitude austère n’a guère (froide) changé d’un iota. Le leader affiche toujours une sobriété d’agent secret et un mutisme prononcé entre les morceaux au milieu d’une scène à peine plus encombrée que la place Rouge à la pointe de l’aurore. Le batteur, placé en retrait à sa droite, joue sur un kit semi-électronique dont les seuls éléments classiques seront les deux cymbales. De l’autre côté, Maxim Polivanov impressionnera. Bien à l’aise derrière des claviers, il le sera d’autant plus avec une basse ou une guitare entre les mains, deux instruments qu’il partagera quasi systématiquement en alternance avec son collègue massif à la barbe naissante.

On l’a dit, la direction des nouveaux morceaux se veut plus chaleureuse mais sur scène, elles se fondent parfaitement dans la set-list (“Voice From The Choir” et son intro solennelle, l’excellent “Kissing The Ground” et sa basse disco, le bref et entêtant “Homewards”). À moins que ce ne soit l’inverse. Les anciens titres les plus accrocheurs (“I See You”, “Rose In The Vase”) se retrouvent ainsi transcendés par cette esquisse moins sibérienne. Ou alors ils empruntent une direction inattendue, à l’instar de “Dispersed Energy” et sa rythmique à la Pointer Sisters.

Le groupe peut en tout cas compter sur un public fidèle et impliqué qui explosera littéralement dès les premières notes de “Wind In Her Hair”, “Empty Bed” ou “Two Stones”, hits underground en puissance dont les paroles seront chantées à tue-tête. Plusieurs requêtes seront également lancées mais ne recevront que de l’indifférence de la part des musiciens, davantage concentrés à accorder leurs guitares en vue de larguer “Alps” et l’enlevé “Ghost”, les deux bombes en final du set principal.

Les rappels, consacrés à “Dialogues”, leur album de 2016, verront le chanteur titiller du synthé pour la seule fois de la soirée pendant un “Hard Times” hypnotique auquel succèdera l’impeccable “Tell Me”, fruit de la formule la plus efficace de leur complicité, à savoir Vladislav à la basse ronflante et Maxim à la guitare addictive. Moins glacial, certes, mais toujours bien caillant…

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