Steve EARLE – Ancienne Belgique – 09 avril 2003

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Dis donc, qu’est-ce qu’ils ont à me regarder ceux-là ? Mince alors ! Pourtant, j’ai l’air si gentil. Bon, ils sont 4 après tout… Je m’en tire avec un sourire complice. Mais crispé. Merde quand même ! Qu’ils fassent leur marché noir comme ils l’entendent… croient vraiment que je les espionne ou quoi ? Ou que je vais sortir d’une seconde à l’autre des menottes ? J’ai une tête de flic, c’est ça ? Non mais, j’vous jure… Bon, c’est vrai, j’avoue, depuis 10 minutes, j’observe leur manège. Bonjour la discrétion. Me semble bien qu’ils n’ont pas une tête à aller voir Steve Earle… alors pourquoi cherchent-ils absolument à acheter des places sur le trottoir ?
Surtout qu’il en reste quelques-unes à la caisse. Donc, pourquoi, hein ? En plus, ils marchandent pour en obtenir un prix raisonnable. Et toujours ces regards jetés dans ma direction ! Hé ho, j’suis innocent, non mais ! Je ne fais qu’attendre patiemment ma complice, rien de plus.

Ouf, ça se calme, les billets s’échangent. N’ont plus qu’à entrer dans la salle et assister au concert. Comme moi, mais de leur côté, svp. Allez, ils y vont, oui ou non ? … mais, mais, mais, que vois-je ? Ils ont à peine acheté leur billet, et voilà maintenant qu’ils les revendent. Au coin de la rue.

“C’est le milieu, mon p’tit gars. Chacun tire son plan comme il peut. La vie n’est pas rose bonbon au cas où tu en doutais encore… Toi, tu es jeune et tu sors ce soir. Tu vas au concert. Et bien, nous, on fait notre business. On triche. On gagne notre fric autrement, et crois-moi, mieux que tu ne l’imagines. Alors pas d’embrouilles, okay ?”

Gloups. J’ai avalé de travers. Passons notre chemin alors. Direction les premiers rangs face à la scène. Jusque là, quelques visages connus de la milieu roots belge : Marvin des Moonshine Playboys, Jamme des Blues-O-Matics et Roel des Seatsniffers. Bref, du beau linge ! Venu sans doute pour prendre des notes. Dictées par Monsieur Earle. Steve Earle.

Et comme par magie, la première partie annoncée a disparu. Bonne nouvelle. C’est donc tout surpris que nous accueillons le gars Steve. Bien entouré de ses Dukes.

Il déboule sur scène d’une manière très humble. Presque incognito. Fidèle à lui-même, avec son air un peu négligé. Barbe de quelques jours. Chemise de bûcheron. Sourire quasi inexistant. Mais très humain. Et c’est bien cela le principal.

Et dès les premières notes, on reconnaît ce son. Son son. The sound. Très poisseux. Infiniment lourd. Dégoulinant à souhait. Du country rock que renieraient pas John Cougar Mellencamp et toute la clique.

Parce que question textes, il s’en sort, le gaillard. Et haut la main. Il est américain. Vu le jour en Virginie, mais a appris la vie – et quelle vie, bordel ! – au Texas. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il se démarque de l’image du sudiste moyen. Et de loin, svp.

Gettin’ tough
Just my luck
I was born in the land of plenty now there ain’t enough
Gettin’ cold
I’ve been told
Nowadays it just don’t pay to be a good ol’ boy

A good old boy. Nous rions de bon coeur. Avec Steve. Préférerait crever que devenir un bon vieux garçon. Tout mais pas ça.

D’ailleurs, quand il se lance dans un discours engagé de 5 minutes, on ne comprend pas tout. Un accent à couper au couteau. Des sous-titres auraient été les bienvenus. Mais on saisit le fin fond du truc. Et on applaudit. Ce mec ne cautionne
rien de tout de ce que son pays, sa patrie, fait aujourd’hui. Comme en témoigne l’inscription sur la batterie : “no iraq war”.

Pas besoin de “s’il vous plaît”, ce genre de politesses. No iraq war, un point c’est tout. Ce n’est pas un ordre non plus. Juste un souhait. Pauvre Steve, il paraît désabusé. Qui ne le serait pas.

Heureusement, il a la musique. Pour survivre. Comme moi. Comme toi. Comme nous tous. Et en 2003, il a drôlement durci le ton, le Steve.

Bien oui, dans ‘country rock’, il y a country. Effectivement. Un léger parfum de cactus se dégage ici et là. Mais il y a surtout rock. Rock, man !! Et c’est de ce côté qu’il a choisi de se placer ces temps-ci. Une version démentielle par exemple de “taneytown”. Mince alors, c’est à couper le souffle, ce machin-là. On se croirait chez Neil Young. Avec les envolées hargneuses des guitares. Et les amplis qui crachent.

Et nos oreilles qui bourdonnent. Parce que question volume, il n’y a pas été mollo. Comme pour que l’on se rende bien compte qu’il a la rage. Mais il n’y a aucun problème, on l’a compris 5 sur 5. Et même plus en fait. On est en totale symbiose avec lui.

Comme il peut l’être avec ses musiciens le temps de 3 morceaux teintés Irlande. Banjos, mandoline, etc. Bigre, ça tranche avec le reste ! On se croirait chez Shane McGowan tout d’un coup. Comme s’il avait fait ça toute sa vie. Ce gros quart d’heure acoustique Irish est réellement scotchant. Tout sonne bien. A la perfection même. Cela coule de source. C’est inné. C’est magique.

Il évoquera également Joan Baez pour un autre morceau, mais cela reste anecdotique. Comparé au clou du show. Celui par lequel il avait d’ailleurs clôturé sa dernière prestation au même endroit en 2000. Un morceau d’enfer.

Diabolique même. Deux batteries. Dont une avec une poubelle métallique comme cymbale. Métallique, tout un symbole. Des amplis poussés au maximum. Des guitares. Electriques bien sûr. Une basse. Une voix. Et un mot : “time”. Beuglé à chaque refrain. Là, oubliez la country, les amis ! Ravivez le rock !! R-o-c-k. Quatre lettres. Lancées en notre direction.
Dans notre gueule. On n’oserait même pas aboyer. Steve s’en charge à merveille. C’est lui le boss. Le vrai Boss.

Ce mec, on ne la lui fait plus. Il a assez donné. Qu’aurait-il de mieux faire que partir sur les routes ? Sérieusement ? Pas grand chose en fait. Ferait des conneries à coup sûr. Du marché noir sans doute. Aujourd’hui, il est bien. Mieux. Son
fils Justin comme roadie. Son frère Patrick comme second batteur. Et ses amis les Dukes, Eric, Kelley & Will à ses côtés. Et il laisse tout le reste, le superflu, derrière lui. Allons de l’avant. Tentons en tout cas. Avec un sourire narquois et un regard intelligent. Sur la vie. Avec un petit “v”. Un tout petit.

Steve Earle écrit actuellement une nouvelle. Son titre : I’ll Never Get Out of This World Alive.

Ce mec est tellement vrai. Avec un grand “v”. Un énorme.

Steve Earle – Bruxelles – 09 avril 2003

Yann

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