The Jenny Kerr Band, le soleil de Californie

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Jenny Kerr Band au Spirit, ce vendredi 25 avril 2003. « Jenny Kerr Band » voilà un nom qui sonne bien comme sa musique composée par une dame qui a du talent et sublimée par un combo solide et très intéressant.

Déjà vue à Cerexhe l’année passée, Jenny Kerr n’a pas présenté ce soir un show de country woman au sens strict. Californienne d’origine, elle synthétise bien tous les courants actuels de la musique américaine répondant au terme générique d’Americana.

Que ce soit le blues, le country-rock, un rien de tex-mex et de bluegrass et la swamp music (surtout) ou le folk, on retrouve dans ses compositions une essence très « roots » et un southern sound incontestable. Ses envolées honky-tonk, ses capacités de multi-instrumentiste confirmée et sa voix… divine parachèvent un travail impeccable et soulignent une créativité incontestable.

Autant vous dire que je me suis trouvé juste aux confins de la musique que je préfère (le «rough and wild blues-rock») et que la relative parcimonie des accents hillbilly m’a vite rassuré sur les bonnes intentions (musclées) du quintet de San Francisco. En réalité, les accents country s’ajoutent (même) avec pertinence à un ensemble bien charpenté et calibré pour donner du bonheur. « Que » du bonheur comme dit volontiers Francis qui connaît ses classiques.

Tiens, celui-là, parlons-en donc (lonzandon). Voilà encore une trouvaille de plus à son actif pour ouvrir un week-end explosif qui mérite un grand coup de Stetson !

Pour en revenir à la charmante Jenny (vraiment une super chouette nana, très disponible, parlant un français impeccable et pas la grosse tête, en un mot : A… DO… RA… BLE !), ses influences donnent immédiatement le ton : Muddy Waters et Bob Dylan d’un côté, Taj Mahal et Ry Cooder de l’autre. Qui dit mieux ?

Issue d’une famille de musiciens (grand-mère joueuse de viole dans le Cleveland Symphony Orchestra et première femme du genre à composer de la musique de chambre et des symphonies), Jenny Kerr a baroudé dans le monde entier de Paris à Oxford, d’Indonésie au Mexique en passant même par le Moyen Orient. Son ouverture sur le monde l’a paradoxalement rapprochée un peu plus de ses propres racines.

Sa rencontre avec Phil Milner, guitariste sobre et solidaire, ô combien efficace, est le vrai point de départ d’une carrière qu’on souhaite longue, longue , longue…

Il faut dire que le Jenny Kerr Band évolue dans une démarche alternative courageuse, avec un projet cohérent qui mériterait bien le petit coup de pouce du destin nécessaire pour « exploser ». Pour preuve ce premier mi-album « Itch » produit et publié à compte d’auteur et fruit d’une collaboration avec Phil Philbillie Milner omniprésent… C’est un vrai joyau, une perle rare qui mérite de figurer dans toute discothèque US digne de ce nom.

Il faut dire aussi que Jenny Kerr tourne sous diverses configurations depuis 1998 seulement et qu’elle s’est rôdée intensément au circuit américain avant d’entreprendre une tournée européenne réussie en 2002. Ce n’est vraiment pas mal pour un début !

Elle est capable de partager la scène avec des gens comme Tim Easton, John Cowan, Jim Lauderdale ou « It’s a Beautiful Day ». Unplugged ou au gros son, ses concerts traduisent systématiquement l’émotion, le talent et la sincérité.

Elle en a encore donné une preuve éclatante ce soir.

Entourée de Mike Kane violoniste et mandoliniste extraordinaire, de Michael Bissen aux drums (on va en reparler) et de Mike Metz ( ?) à la basse, notre héroïne débarque sur scène avec cette simplicité radieuse qui engendre automatiquement la convivialité.

C’est évidemment « Itch » le titre maître de l’album qui sert d’entame sérieuse aux festivités. Démarrage sur les chapeaux de roue. La guitare de Phil Milner ravageuse et les rythmiques emballées correspondent très bien au propos que j’évoquais plus haut. Cela ressemble à de la Country mais ce n’est pas de la Country… Il y a du tonus, de la pêche et un beat vitaminé là-dedans. Ouh… ça fait du bien !!!

« Mississippi Delta » est une des rares covers reprises par Jenny Kerr (deux en tout et pour tout, ce soir) écrite à l’origine par Bobbie Gentry. Soutenue par un gros son décanté à l’harmonica (le « sax » du Mississippi comme dit Jenny) on y devine des contours swamps de velours et des accents fogertiens (Born on the Bayou…) irréfutables. Dieu que l’intro est belle !

Entrée en action du violon de Mike Kane et vibrato amusant de guitare pour suggérer le départ du train, « Ain’t no Train » prend rapidement une vitesse de TGV. Pur exemplaire de c’est que le style « Americana », cette chanson a un son magique et parfait (merci la console aussi… ah tiens c’est Francis qui mixe !? Qui l’eût cru…). Je ne m’étendrai pas sur « Big Red Trucks » hyper-country (violon, Hi ! Ha ! et tout le toutim, mais joli quand même) puisque l’instrumental « Hot Sauce » qui suivit (et qui porte bien son nom) a eu le bon goût de sortir carrément du genre en augmentant la pression sur les guitares dont cette superbe mandoline à huit cordes utilisée à la perfection par le décapant Mike Kane, toujours lui…

« California » est un country-blues de la plus exceptionnelle facture qui te donne envie d’enfourcher une Harley pour pousser jusqu’à Twentynine Palms…. Tidjap que c’est beau c’te affaire-là !

Mais il était dit que la petite Jenny n’en resterait pas là puisque nous revînmes alors au son sombre (beau l’alitération non ?) des bayous fumants. La chanson du diable nous attendait, « moody » par excellence. Elle me rappelle un peu les sorties d’enfer (c’est bien, Didier, beau jeu de mot) de Beverly Jo Scott dans ses grands moments. Les soli d’harmonica de JK sont sidérants et sa voix admirable pour ce genre d’exercice.

Arriva la mi-temps et sa nécessaire respiration bienvenue pour approcher le band et découvrir des musiciens d’une simplicité et d’une gentillesse totales.

Le deuxième set va gagner encore en variété, en force sonore et en qualité. C’est dû à la fois au choix des compositions mais aussi à une espèce d’alchimie entre les artistes et le public dans cette salle magique qui rend les choses plus faciles, plus immédiatement abordables. On peut franchement dire que la tonalité générale du second tour sera décuplée.

« Got My Mojo Working » met immédiatement les montres à l’heure. Cette cover de l’icône Muddy Waters chantée par une femme est déjà tout un symbole mais la chaleur du beat et les harp-soli de la Miss californienne cartonnent à fond. C’est une reprise impériale ! Le violoniste y va aussi gaiement (le mot est bien choisi parce que ce gars-là sourit en permanence…).

Passé les rythmiques délicieuses et les lignes claires enjôleuses du violon, « Shame On Me » très rock remet une couche de lourd son chaud, que dis-je torride, là dessus !!! Pas besoin de rappeler l’importance des appuis basse/batterie d’une rare efficacité et l’à-propos des soli de Phil Milner qui jaillissent comme la lumière sur le monde un jour de pluie ainsi que ses virages à 180 degrés sur les grosses cordes qui me font littéralement craquer ! J’ai noté sur mon petit carnet : « le son est fort, le son est beau, le son est fort beau ! » Quant à la voix rageuse de Jenny, c’est du caviar !

En quelques minutes l’ambiance est montée de quatre au moins sur l’échelle de Rockchter, « Cash is King » dispose d’un démarrage de Formule 1 au dobro (c’est dire…). L’intro à elle seule vaut le déplacement. Cela me rappelle CCR (qui l’eût cru ?). C’est heavy-swamp ce machin et comme le disent les lyrics : « satisfaction guaranteed » !

L’humour de Jenny Kerr pour la chanson suivante (« MO’ CHICKEN ») est impayable. Déjà nous demander si on aime le poulet par les temps qui courent ça fait marrer mais le syllogisme d’intro m’a laissé sur le cul. Elle nous a dit en substance avec son accent inimitable et craquant : « c’est une chanson de poulet, mais si vous aimez le poulet, ça devient donc une chanson d’amour » !!! CQFD.
Assez bizarrement c’est dans ce registre qu’elle devient sublime la brave Jenny. Le bottleneck en fusion, elle nous élève la « chicken song » au rang d’institution universitaire.

Pour « Do Everything », le band entier se sort les tripes et la guitare devient divine. Michael Lono Blissen cadre magnifiquement le beat aux drums pendant que les envolées délicieuses de violons, que dis-je succulentes, parsèment ce morceau de bravoure de notes fines, aériennes et nuancées. Cette chanson s’insinue en nous comme des élans de marée musicale qui nous submergent. Là vraiment Jenny Kerr prend des risques, pour notre plus grand plaisir, en s’éloignant volontiers des standards du boogie. Sans transition « Clear A Path » annonce un final grandiose. Les chorus collectifs sont superbes et la mélodie : magique ! L’appoint du violon épice encore un peu plus le rythme général de cette fresque country-rock (Hey Dixie !). On n’est pas loin du Skyn là les gars, ça déménage comme c’est pas permis. On va voir débouler Dale Krantz en personne si cela continue… Oui tout le sud respire dans ces notes tellement bien foutues !

Et puis : crac ! Voilà c’est fini, rideau ! Oh ! Non alors !!!

Ca nécessite au moins trois rappels un concert pareil. Elle ne va pas nous abandonner ainsi Miss Kerr, pas maintenant, not now !!!

« When I Get Home » porte bien son nom. Sa rythmique n’aurait pas déplu à Johnny Cash. Forte, nerveuse, saccadée, soutenue par un banjo infatigable, cette chanson est un must. Jenny Kerr nous a même réservé comme super final quelques couplets en français. La guitare émerge, roborative, d’un ensemble musical cohérent et parfaitement mis en place. Je n’ai pas beaucoup parlé de la paire basse/batterie tellement il va de soi que ces deux musiciens officient dans la plus grande cohésion. Malgré ses ennuis de clefs, le bassiste donne le change impeccablement et le batteur jouant très « haut » conditionne un niveau de jeu déterminant.

Nous avons eu droit tout au long de la soirée à des apartés merveilleux entre les différents instruments et une fraîcheur de jeu réjouissante (malgré la température incandescente). Ce type de set a l’immense mérite de ne pas se prendre la tête tout en proposant un répertoire de qualité, travaillé, crédible et sensible. Je trouve la démarche du Jenny Kerr Band admirable ; Il n’y a absolument rien à jeter dans tout cela, pas une chanson moindre, pas un effet inutile. C’est de la grande et belle musique qui réchauffe les sens avec ce petit je ne sais quoi de lumineux qui rend immensément heureux. Heureux d’être là, heureux d’entendre cela, de pouvoir voyager sans bouger et de rêver un peu qu’avec la musique les Hommes sont mieux !

Il faut que je parle des trois « encore » sublimes que nous ont réservé les membres du Jenny Kerr Band. Le très beau « Tijuana Waltz », magnifique comme une chanson de Glenn Frey, un appel à la danse douce et tendre, fut un vrai et merveilleux moment d’émotion retenue avant le déchaînement total de « Cripple Creek », un festival de réminiscences adorables distillées comme un vieux Jack Daniels de derrière les fagots. J’ai noté au passage, le salut « Dixie », « Wipe Out » et même la signature « Smoke on the water ». Il n’y a rien à faire des trucs pareils m’emballent instantanément. C’est facile, je sais, mais j’aime ! Ce sublime rappel nous a offert des duos banjo/guitare incroyables. J’espère que nous aurons droit à ce genre de cadeau sur le prochain disque, c’est tout bonnement formidable.

Le sommet du show, pourtant, était encore à venir. La dernière chanson « Good Bye » me restera longtemps en mémoire. D’abord parce que c’est une composition de Jenny Kerr (ce qui ne gâte rien), ensuite parce que c’est une merveilleuse mélodie et enfin parce qu’elle fut interprétée ce soir avec une justesse de ton, une noblesse d’âme et un supplément de lumière dans la voix quasi a capella ! Les légers effluves de violon et la pureté des accords rythmiques discrets avaient des accents angéliques… Yes Jenny you’re an angel and I’m so glad to have met you !!!

Quelle belle chanson, quelle belle finale, quel beau concert (oui je sais je me répète mais c’est ainsi…).

Une basse à trois cordes, un banjo à cinq clefs et une mandoline à huit cordes, nous ont donné un festival d’accords décapants et exaltants. Les compositions très personnelles de Jenny Kerr, sa voix magnifique et sa gentillesse ont conquis toute l’assistance et resteront des références. Une voix de femme, une vraie, qui en a… c’est cela Jenny Kerr !

Merci à tous les membres du Band pour le signe pacifiste discret qu’ils arboraient, on s’est compris : long live Rock and Roll !

DD

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