Steve Wynn – Botanique – 17 avril 2003

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Me voici dans le métro. Oh, il n’est que 18h35, mais une certaine excitation m’envahit. Les stations se suivent. Les gens montent, descendent, s’épient, se sourient. D’autres sont plus sur leur garde. Ainsi va la vie souterraine. En tout cas, à cet instant précis, moi, je suis plongé dans un état de béatitude inattendu.
L’effet Steve Wynn ? Who knows. Plus beaucoup le temps d’y réfléchir. Station Botanique. Tout le monde descend. Et à force d’être un tantinet trop prévoyant, me voilà arrivé à destination une bonne demi-heure à l’avance. A vrai dire, il n’y a pas 36 solutions. Allons boire un coup. Going to Cafétéria, comme chantait l’ami Robert Plant. A quelques détails près…

Pour y arriver, il faut traverser les fameuses serres. Envahies aujourd’hui d’une chaleur étouffante. Fait au moins 50 degrés là-dedans. En tout cas, assez pour nous faire perdre la raison.
Cette dame qui parlait aux poissons rouges me le confirme. “euh…non, m’dame, je n’ai pas vu votre copain”… Quelque chose me dit que cette soirée va être magique.

Au bout du couloir, le merchandising se met doucement en place. T-shirts et toute la discographie solo du gaillard. Une bonne quinzaine d’albums. Pffiuu, il m’en manque tant que ça ! Faudra un de ces jours que je bouche les trous. Parce que, oui, Steve Wynn en vaut le coup. Plus que pas mal d’autres.

Ah, tiens, quand on parle du loup. Le voici justement. L’est aussi venu pointer son nez à la cafétéria. En pleine conversation avec Peter, la tête du fan-club belge de Springsteen. Laissons-les donc deviser gaiement. Un sourire à Monsieur Wynn suffira. Et un petit clin d’oeil de sa part en guise de réponse. Complice, of course.

D’ailleurs, chez lui, c’est tout cela qui saute aux yeux. La simplicité, la spontanéité, l’accessibilité, et plein de jolis mots se terminant par “é”. Ce mec est comme tout le monde. Mais en un peu mieux encore. L’est bien conscient de son talent – qui ne le serait pas à sa place – mais n’en rajoute pas une seule seconde. Très humble, le Steve. Et de ce fait, d’autant plus crédible et charmant.

Mais la sonnerie se met en route. Fin de la récréation. Hops, direction les premiers rangs. Pas juste devant le micro. Un peu plus vers la droite. Près du bassiste. C’est-à-dire qu’on a le choix en fait…. N’y a pas grand monde aujourd’hui. Bande d’inconscients, va.

Où sont-ils donc tous passés ? Ceux avec lesquels nous remplissions le club de l’AB, et ce même Botanique quelques années auparavant. Where are y’all guys ? Ca fait bizarre de voir la salle à moitié remplie. Ou à moitié vide. C’est selon. Et dire que Cradle Of Filth s’offre un beau sold-out au même moment à l’Ancienne Belgique. Ca laisse songeur.

Bref ! Profitons donc encore davantage de cette relative intimité. Nous sommes entre nous. Avec sur scène, Steve Wynn au chant et à la guitare. Jason Victor à la seconde guitare. Dave Decastro à la basse. Et à l’arrière et en hauteur, la délicieuse Linda Pitmon à la batterie.

Fender branchée. Veston ajusté. One, two, test. Let’s go !

D’entrée de jeu, il place quelques pépites. Et les plus solides, svp. De véritables brûlots. Rock & Roll, le gars. Une petite quarantaine d’années au compteur. Et une fougue pas banale. Les amplis fument. Les baffles en font autant. Et quant à nos oreilles, pareil !

Et on les comprend, les pauvres. Steve Wynn, jusqu’ici, on l’a vu live 3 fois. Sans compter sa venue en février dernier comme special guest d’Elliott Murphy à l’AB. Pour un sympathique duo sur “sweet jane”. Le souvenir de ces différentes prestations reste excellent. Mais au vu de celle qui se joue à l’instant devant nous, ça ne fait que les raviver de plus belle ! Et de rendre encore plus étincelante celle du jour.

Le set de ce soir n’est pas axé principalement sur le dernier opus Static Transmission. Juste 4 ou 5 morceaux, pas plus. Dont l’énorme “amphetamine”. Qui permet à Jason Victor de se démener comme un diable sur sa guitare. Habité qu’il est ! Comme s’il recevait une décharge électrique à chaque note. Ce mec ne joue pas de la guitare. C’est le contraire. C’est la guitare qui est le seul maître à bord. Le gars n’a plus qu’à tenter de ne pas y laisser sa peau. Alors, il la secoue pour lui rendre la monnaie de sa pièce. La torture. L’approche de son ampli. La fait crier. Hurler même. A la mort. Assez époustouflant. L’esprit de Neil Young est sans aucun doute dans les parages.

A cette allure-là, on ne tient pas 2 heures. C’est trop jouissif. Les nerfs ne tiendraient pas. Pour respirer un peu, quelques plages plus légères. En acoustique. A quatre au devant de la scène. Pour une poignée de titres. Plus enjoués les uns que les autres. On s’amuse, nom de dieu ! Le sourire jusqu’aux oreilles.

On en profite pour plus se concentrer sur les détails. Comme sur la voix de Steve Wynn. Particulière d’ailleurs. Plutôt dans la lignée de
Peter Garrett de Midnight Oil.

Et puis… Miss Linda Pitmon on drums. Et là, je dis attention. Ce brin de femme est incroyable. Bon, d’abord, il faut bien l’avouer, elle est très mignonne. Et l’air coquine en plus. Hum. Et une fois derrière ses fûts, mamamia ! Irrésistible ! Elle joue d’une façon très énergique. Et sait cogner aux bons moments. Mais surtout, il y a une telle sensualité, une telle sexualité qui se dégage de son jeu. Waow. En plus, elle maîtrise sa respiration d’une certaine façon. La bouche perpétuellement entrouverte. Comme si… enfin…. vous voyez, quoi…. Mais pas de trop près, svp. Faîtes gaffe : à la ville, Linda Pitmon est Madame Steve Wynn.

Et la pauvre, elle a la main droite en compote. Une attelle supporte son pouce. D’autant plus de mérite, ce soir ! Elle le prend à la rigolade. Nous aussi alors. C’est logique.

Arrêtons de rêver. Voici quelques extraits des albums précédents My Midnight, Melting In The Dark, Here Comes The Miracles, etc. Autant de morceaux judicieusement choisis, et interprétés
avec une élégance rare. Voilà, c’est tout à fait ça : Steve Wynn est élégant ! La classe incarnée.

Ce n’est pas tout le dire, mais le concert avance à grands pas. Pas une fois, je n’ai regardé l’heure. Oubliant tout ce qui se passe à l’extérieur. Plongé dans ma bulle. Et je n’y suis pas tout seul. La salle est à moitié… remplie, et absolument tout le monde prend son pied. C’est même le moins que l’on puisse dire. Des gars jouent de leur guitare invisible. Comme devant leur miroir. Certains sautent. D’autres crient. Chacun fait ce qu’il lui plait, plait, plait dans le meilleur des mondes. Celui du rock parfait.

C’est incroyable. Cette année, il aura donc fallu attendre ce doux mois d’avril pour enfin assister à un concert transcendant. Scotchant d’un bout à l’autre. Et cet autre, justement, parlons-en. Un double rappel. L’excellent et rageur “the days of wine and roses” qui clôturait déjà le concert de mars 98 (cfr cd limité Live At The Ancienne Belgique). Et puis surtout cet ultime “john coltrane stereo blues”.

Il en offre d’ailleurs une version rallongée. Approchant facilement les 10 minutes. L’assistance est sous tension. Ce titre remonte à l’époque du Dream Syndicate. Hey, 1984 quand même ! A nouveau, on pense au Loner et son “cortez the killer”. C’est tout simplement démentiel. Apocalyptique ? A coup sûr !

Mince alors. Sincèrement, je n’en reviens pas. Les lumières se rallument. Nous allons boire un dernier verre. En triple vitesse.

Je retraverse les serres. Putain, j’ai envie de parler aux poissons rouges. Steve Wynn m’a rendu fou ce soir. Il a rechargé mes batteries pour un sacré bout de temps.

Me voici dans le métro. Oh, il n’est que 23h30, mais une certaine excitation m’envahit. Les stations se suivent. Les gens montent, descendent, s’épient, se sourient. D’autres sont plus sur leur garde. Ainsi va la vie souterraine. En tout cas, à cet instant précis, moi, je suis plongé dans un état de béatitude inattendu. L’effet Steve Wynn ? Who knows.

We all know it, man.

Steve Wynn – Bruxelles – 17 avril 2003

Yann

Petit aperçu live audio et vidéo cuvée 2003 made in Germany : http://minilien.com/?Ou5jH7hFsM

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