Bruce Springsteen chez Manneken Pis

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BRUCE SPRINGSTEEN Stade Roi Baudouin 12 mai 2003 Trois heures trente pour rejoindre Bruxelles en venant de Liège, faut avouer que c’est duraille… La Belgique, pays des scandales en général peut franchement ajouter la honte (auto)routière, en particulier, à sa longue liste des infortunes citoyennes.

L’ami Bruce au courant des problèmes de circulation a eu la gentillesse de retarder le démarrage des festivités de près d’une demi-heure mais cela n’a pas empêché les embouteillés que nous fûmes de rater quand même les cinq premiers titres du répertoire (voir la set list sur www.brucespringsteen.net).

D’après les avis ambiants, l’entame acoustique sur “The River” fut de toute beauté, je veux bien le croire.

Le stade n’est toutefois pas rempli (alors qu’annoncé sold out par les régies de presse). Il paraît que la suppression de deux tourelles techniques en dernière minute a libéré de nouvelles places, je crois plutôt que la spéculation éhontée de certains sponsors fausse inévitablement la répartition de l’offre des entrées. Il faut vraiment réfléchir à ces dérives de marketing faisandé qui risquent d’atteindre à l’essence artistique populaire même des spectacles d’aujourd’hui.

Encore bien que le Boss a du coffre pour donner du sens à son art et passer au-dessus de tout cela mais ça gâche quand même la fête, comme la menace de la pluie qui se précisera de minute en minute.

Loupé “The Rising” (vive la mobilité !), raté “Lonesome Day” et “Darlington County” (une de mes préférées). Evaporée “Something in the night” ! On entend résonner la fin de “Empty Sky” au moment où nous pénétrons au centre de l’arène revêtue pour la circonstance d’un plancher synthétique du plus bel effet, et alors que commence le somptueux “You’re Missing”.

Malgré tous les avatars du déplacement, l’émotion est grande devant ce son énorme. Les frémissements jubilatoires de trente mille spectateurs heureux seront en permanence ponctués par des “applauses” colossaux…. Les écrans géants permettent, heureusement, de suivre le spectacle dans de bonnes conditions (mis à part le décalage de l’image de quelques centièmes de secondes et certains effets de fading dus au vent).

Bruce Springsteen est un cas à part. Ce gars dégage une énergie phénoménale et une force de conviction unique. Ses détracteurs lui reprochent des limites vocales et une ligne mélodique prévisible mais ce qui passe pour défaut chez d’autres devient qualité chez lui. Malgré les tonnes de matos, la ribambelle de gusses qui tournent autour,
la taille d’un show comme celui-là et la dimension planétaire du gaillard, on reste en présence d’un cœur qui bat, tout simplement !!!

Pas de Patti Scialfa ce soir après l’Allemagne et avant l’Espagne (elle arrive bientôt, pour Paris sans doute), des musiciens hyper-class et confirmés composent le mythique E. Street Band. Le brave Clemons retapé fait plaisir à voir. Quel personnage… C’est Isaac Hayes avec l’aura d’un Buddy Miles. La présence d’une violoniste vocaliste agrémente le show d’un certain son country-celtique agréable et souvent très à-propos.

Faut-il encore évoquer la paire de légende « Lofgren/Van Zandt ou le talent de Roy Bittan sans oublier Max Weinberg aux drums et Garry Tallent à la basse ? Tout cela est archi connu et le spectacle de ce soir l’a encore démontré : ce groupe est le meilleur du monde ! Tiens où était passé Dan Federici ?

On a tous explosé pour « Two Hearts » et « Badlands » (quel ensemble rythmique et mélodique colossal !) et ses sorties de sax à tomber là. La perfection n’était pas loin… D’une manière générale, tous les titres, même les moins flashy sur disque (comme « Empty Sky » ou « Into the Fire ») ressortent amplement magnifiés et terriblement tendus grâce à la dominante hyper musclée que l’ami Bruce leur imprime live.

La succession du très Grusheckien « Out in the street » et de « Mary’s place » sont un vrai régal.

La pluie commence à donner des signes de nervosité mais malgré cela « Night », « Bobby Jean » et « Ramrod » surtout allument carrément le stade.

Survient alors un gag énorme quand apparaît sur les écrans latéraux, l’ombre portée du Manneken Pis qui se met même à faire pipi devant les spectateurs hilares car, à la seconde précise, il se remet à pleuvoir de plus belle quasi instantanément. La conjonction des deux événement enchaînés de la sorte et son improbabilité totale tiennent pratiquement du « miracle ».

Nous avons été habités d’un sentiment fabuleux au démarrage de « Born to Run » ce titre héroïque qui à l’instar de « Born in the USA » dissimule derrière l’emphase sonore des lyrics hautement sociaux décrivant les jeunes déçus incapables de distinguer le mythe de la réalité, un pied sur la ligne rouge et un autre dans le vide, claque au vent comme un hymne trompeur.

Puis le « Detroit Medley » décuple le délire ambiant (Blue Dress/Good Golly Miss Molly/CC Rider/Jenny Jenny) et fait sonner la charge d’un pré-final apocalyptique. Celui qui doute que Springsteen vient du rock et y reste, change radicalement de point de vue à l’écoute de ces magnifiques mixes de classiques immortels.

Petite pause et grand moment d’émotion quand retentissent les premiers accords de « My City of Ruin » (qui pourtant fut composée avant la catastrophe du 11 septembre…) Quelle puissance prémonitoire ! Quel morceau sublime et glaçant, tandis que la pluie redouble.

Réchauffement général et arrêt du crachin avec « Land of hope… » revigorant et bien bâti. Cela sent la sortie et c’est inévitable puisque les pros de service s’en tiennent essentiellement à la set list publiée queleques heures avant le concert et changeant chaque jour.

Ce soir on finira avec un « Dancing in the Dark » bien de circonstance dont la version fantastiquement musclée servie ici est un pur chef-d’oeuvre. Mon pote MDB n’en revient pas, moi non plus.

9 titres de « Rising » auront été chantés ce soir, 4 de « Born in the USA » et 4 de « The River » , que veut le peuple ?

Simplicité, conviction, sincérité, émotion et efficacité sont les maîtres mots d’un concert qui malgré la distance entre le public et le chanteur est resté convivial, généreux et sympathique. Le boss n’a pas la grosse tête, on le sait mais il devrait peut-être revoir le merchandising : 40 euros pour un Tshirt c’est un peu lourd non ?

Ne nous restait plus qu’à reprendre la bagnole, à mettre encore une plombe pour quitter la ville et une autre pour rentrer, soit près de sept heures de déplacement avec l’aller pour trois heures de concert (quand-même), y’a pas à dire, le Boss mis à part, je préfère nettement le Spirit of 66 de Verviers : jamais d’embouteillages, la chope démocratique, pas de pluie à l’intérieur (sauf des jetons pour la bière), pas besoin de video, les CD et à 15 euros, les Tshirts à 20 maximum et après tu serres (toujours) la pogne au chanteur. Qui dit mieux, hein ?

DD

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