Shawn Pittman – Nekkersdal – 2 mai 2003

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Voilà cette semaine de congés qui se termine tout doucement. Et elle fut apaisante et bénéfique. A tout point de vue d’ailleurs. Professionnel, relationnel ou musical. Bon, rien que mercredi, Joe Jackson m’avais complètement retourné. J’aurais très bien pu m’arrêter là. Ou faire une petite pause plutôt. Pour bien m’en remettre et avoir les idées au clair. Mais la vie est trop courte. Ou trop longue. Ca dépend les jours. Mais autant profiter de cette soudaine euphorie et continuer sur ma lancée. Et il suffit de demander. It’s friday night. Et au programme un concert de blues en club. Rien que ces 2 mots mis côte à côte procurent déjà des sensations. Blues et club. Tout un univers à part. Des expériences, pour certaines, inoubliables. A jamais gravées entre mes 2 oreilles. Canned Heat à Tamines, Jimmy Rodgers à l’Esseghem, Tee au Botanique, Guy Forsyth à Forest, Bo Weavil à Laeken, et ainsi de suite. Que de souvenirs, dis donc.

D’ailleurs, à y réfléchir, j’ai comme l’impression que le blues – ce fichu blues ! – a pris une place à part. Il y a, pour moi, 2 catégories de concerts. Ceux de blues et puis les autres. Tous les autres.

Le blues. Un type de musique qui me touche plus. Par son côté live en tout cas. Surtout son côté live. Ou life. Parce que oui, le blues, c’est la vie. Des mecs qui la jouent. La mettent en musique. Devant nous. Pour nous. Comme un miroir.

Et puis, tu n’as plus qu’à l’interpréter à ta manière. Selon l’humeur du jour. Ou de la nuit. Et tu vois la bouteille de scotch à moitié remplie. Ou à moitié vide. Oui, plutôt à moitié vide. Parce que le blues, c’est cela. Ca t’enfonce. Bien profondément. Avec les mots qu’il faut. Dits par les mecs qu’il faut. Avec leur vécu, leur gueule, leur mode de vie. Tout ça. Et le reste. Et puis, toi, tu encaisses et tu te débrouilles. Tu fais ce que tu peux. Mais ça te prend aux tripes. Tellement fort que ça te sert de vitamines. Un glaçon dans ton whisky. Ca te réveille. Avec un grand ‘r’. Et tu repars de plus belle.

Et c’est cela qui me pousse une fois de plus vers un club de blues. Au centre culturel Nekkersdal à Laeken. A un petit quart d’heure de chez moi. A trois stations de métro exactement. A peine le
temps de les compter que me voici déjà arrivé à destination.

Il est environ 20h15. Et déjà, sur le trottoir, je croise 2 gars. Avec un accent américain. Et une bouteille de bière à la main. Pas mieux pour entrer dans l’ambiance. Long couloir à traverser.
D’un bon pas. Plein de désinvolture. Je le sens bien ce concert !

Tiens, voilà mon ami Jean-Pierre. Salut, ‘pa ! Il est en avance. Ca se fête. Champagne ! Enfin, non, j’opte pour un verre de vin rouge. Ca fera l’affaire. “Viens, je vais te présenter”… Tout le band est là. Attablé au milieu de la salle. En attendant. Hi, nice to meet you. On se serre la pince. Fermement. Ils ont de la poigne, ces gars-là ! Shawn, son pianiste et son batteur. Tous les 3 américains. Et puis Pierre, le Français, à la basse.

Et ils ont bonne mine, tiens. Sont en Europe depuis une bonne dizaine de jours. Quelques concerts mis sur pieds par Dominique “Swapping Blues Woman”. Salut M’dame ! Et une flopée de
kilomètres dans les jambes. Parcourus en van. Tous le matos à l’arrière. Et eux répartis aux avants-postes. Avec au volant, Mathias Dalle. Tout droit venu de Bluesin’ Machine, de Stincky Lou & The Goon Mat, etc. Mais pour le coup, c’est en chef de bande, qu’on le retrouve. Ca n’a d’ailleurs pas été fastoche tous les jours, semble-t-il. Hips !

Mais ils sont fidèles au poste. Tous. Joviaux. Et disponibles. Les spectateurs viennent acheter des cd’s. Avant même que cela commence. C’est bon signe. Dédicaces par-ci. Dédicaces par-là. Ca roule. Quelle heure est-il, au fait ? C’est l’heure, mec ! Hops, il vide ses poches. Sa monnaie dans une enveloppe. Qu’il confie à Dominique.

Ni une, ni deux. Tout le monde quitte la table, direction la scène. 3 enjambées à tout casser. Chacun à sa place. Et c’est parti pour un premier set. De 45 minutes.

Et que voyons-nous ? Quatre musiciens au service du texas blues. On pense de suite à Vaughan et la clique. Et sans que cela soit nécessairement une référence pesante. Parce que, oui, Shawn Pittman, du haut de ses 28 ans, se démarque. Sans difficultés. Pas de copie. Pas de redite. Juste une inspiration. Qui ratisse large. Mais d’une manière pointue.

Et on le découvre enfin. Live. Shawn, t-shirt blanc et bandana. Et une gueule. Pas n’importe laquelle. Celle d’un petit voyou. Qui grandit malgré lui. Managé par sa maman. Restée au pays. Et il est là, à l’autre bout du monde. Sur une scène. Une toute petite. Devant une centaine de personnes. Est-ce sa destinée. Est-ce vraiment cela qu’il veut. Que ferait-il sinon ? Mieux vaut ne pas y penser.

D’ailleurs, il n’y pense pas. Pas le soir. Pas ce soir. Un premier set plutôt impeccable. Sans grosses surprises. Mais impecc’. Rien à redire. Slow blues, réussis à la perfection. Avec une âme,
un feeling, une sensibilité, un touché parfaits. Juste ce qu’il faut. Ni trop ni trop peu. Il a pigé le truc. Bon point pour lui.

Et il continue dans le haut de gamme. Avec des extraits de son dernier cd Full Circle. Comme “new king in town” et autres morceaux plus enjoués les uns que les autres. Un style connu. Et tant apprécié. T-e-x-a-s. Avec des petites touches funky distillées ici et là. Quel savant dosage.

Et puis il y a ces images. Uniques en leur genre. Un univers à part. On sent le côté humain de la chose. Une aventure de 4 gaillards. Pas les meilleurs amis du monde. Juste de bons amis. Mais qui s’aiment. Ca crève les yeux.

Suffit de voir les regards. Qu’ils s’échangent quand ça tourne. Quand ça swinge. You’ve got it, man. Le but est atteint. Atteindre un stade où ils sont tous sur la même longueur d’ondes. Pourraient jouer les yeux fermés. Ils se sentent. Ce fameux feeling.

Ainsi, on sourit avec lui. Quand après tel ou tel solo, il jette un coup d’oeil à droite. Ou à gauche. Pour s’assurer, pour confirmer, que tout va bien. Et il a raison. La machine fonctionne. A merveille.

Voila le short break. Ils reviennent à table. Shawn ne demande rien. Mais on le lui confirme. Grand concert, mec. Et il est content. Parce qu’il n’est pas sûr de lui. Il en devient même touchant. Pierre, le bassiste, arrive aussi. “I’m ***** burnin’up, man”. Ah, oui, ça, faut souffrir, hein !

Une poignée de cds vendus et dédicacés. Nouvelles poignées de mains. Une petite bière. Quelques mots en français pour le fun(“la guerre, c’est pas bien”). Ambiance résolument bon enfant.
Mais c’est l’heure. Let’s go to the second set.

Et là, surprise. La véritable magie opère. Il y a encore quelques minutes, on était chez les pros. Maintenant, on est chez les vrais. Les vrais bluesmen. Qui donnent toute la gomme. Comme des
surhommes. Un Shawn Pittman démoniaque.

Qui se déchaîne sur sa Stratocaster blanche. Des notes cherchées je ne sais où. Le sait-il, lui, au moins ? Un blues lent qui le voit sauter sur lui-même. Surexcité qu’il est. Et déchaîné. Sur ces 6 cordes. Qu’il fait crier. Hurler. Tel un ventriloque avec sa poupée. Très impressionnant. L’assistance est sous le charme. Et sous le choc.

Et ça continue de plus belle pendant une heure. Reprise de Hound Dog Taylor avec “give me back my wig”. Une rythmique à couper le souffle. Et d’autres morceaux d’enfer. Bouteille à moitié remplie. Cela va de soi.

We have a special guest tonight : le français Mathias Dalle. Chauffeur, roadie et chef scout de la meute pour la tournée. Mais aussi musicien. Guitariste. Et justement, le voici avec la Fender
de Shawn. Pour un morceau classique. Mais joué sur les chapeaux de roues. Et qui permet surtout à l’ami Pittman de se démener comme un diable au micro. Et de danser. Il se lâche. Et c’est sensationnel. La recette est pourtant simple. Et hyper connue. Il n’y a pas de miracles. Mais bon sang, qu’est-ce qu’on s’amuse. Quel pied. Ca ne pourrait pas être mieux en fait. Vraiment pas.

Et Pierre à la basse. Qui est dans son monde à lui. Prenant de drôles de postures devant son ampli Hartke. Et sortant les notes justes. Indispensables mêmes. Et il aime cela. Mais ce n’est pas son métier. Lui, n’en vit pas. Alors, il en profite un maximum. Du moment présent. Comme chacun. Carpe diem, Pittou !

Un dernier rappel pour la forme. Olympique, of course. Shawn se lance au piano. Pour un boogie endiablé. Ca sent la fin, hélas. Mais quel fin. Un second set de tonnerre de zeus, donc.

Evidemment, quand ils reviennent dans le public, ils sont tout sourire. Et à juste titre. Dominique me dit que c’est un des meilleurs concerts de la tournée. Et je veux bien la croire ! C’était parfait.

Et cette boîte à cds qui me nargue depuis le début de la soirée… Si on achète tout ce qu’on aime, on n’est pas sortis de l’auberge ! Alors, je passe mon tour. Je tente en tout cas. Mais l’instinct paternel étant ce qu’il est : “allez, je t’en offre un”. Hey, je ne suis décidément pas venu pour rien ! Je m’empresse de présenter la pochette à Shawn pour un petit mot écrit de sa main : “to Yann – great meeting you ! – shawn pittman 2003 – peace”. Tu l’as dit, bouffi !

Mais il faut se grouiller. N’ont pas la nuit devant eux. Ils sont attendus le lendemain en Hollande, au festival d’Ospel. Pour un concert programmé à midi pile ! Et qui sera filmé pour un futur dvd, paraît-il. Ils ont intérêt à être en forme. Et ils le seront à coup sûr. Ils doivent. C’est le dernier set de la tournée. Puis retour
au Texas pour 3 d’entre eux. Et en France pour les 2 autres.

On les croise encore une dernière fois sur le trottoir. Tous le matos est emballé et entassé dans le van. Sont prêt à repartir. Vers de nouvelles aventures. Blues. Humaines. Ultimes accolades et remerciements. See you next time, guys. Friends.

Et ça fait drôle. Chacun part de son côté. Eux à l’hôtel. Et nous vers l’habituel resto. Celui auquel on va chaque fois après un concert blues. Tel un rituel. Entrée à la grecque. Boulettes sauce tomate. Frites. Et Retsina.

Putain de blues, va.

Shawn Pittman – Bruxelles – 2 mai 2003

Yann

www.shawnpittman.com
www.bluesweb.org/agentInfo.phtml/swapping_music

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