JAN JAMES, le blues hypno-magnétique !

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Sacrée “best female vocalist” à Detroit, elle vient de passer le Delta, faut le faire !!! JAN JAMES / SPIRIT OF 66 / 16 septembre 2003

JAN JAMES réveille en nous l’amour du bon blues chargé d’émotion que seule la voix des femmes parvient à transcender parce qu’elles y ajoutent toujours un supplément de tendresse hypno-magnétique et c’est très bien ainsi.

Même si notre brave lady se la joue un peu diva, c’est une blues woman incontestable qui dispose d’une voix splendide qui, par moment, (te) fait frissonner jusque dans les chaussettes.

A ses côtés, Graig Calvert assure très bien (producteur, multi-instrumentiste, chanteur, ma foi, très crédible et « left guitarist » hors pair). Il représente un atout supplémentaire pour le groupe composé aussi de Ryan Olbrysh, à la basse, Deric Perry aux drums et Franklin Gaggiano (au look d’étudiant sage) à la guitare de droite (qui ne fait pas de politique, je précise).

Tout ce joli monde nous a embarqués dans un set brûlant, cohérent et structuré de maîtresse façon autour de la voix de Madame James irradiant de ses inflexions de premier choix des chansons de qualité magistralement maîtrisées.

Ceux qui ont la chance de posséder son dernier album (Limousine Blues/Provogue 71402) apprécieront le registre colossal de la donzelle qui revient aux racines traditionnelles (« The front porch of the blues » comme elle le dit si bien) et la qualité d’un travail de première catégorie. On a beau s’épuiser en comparaisons à son propos (Janis, Sheryl, Tina ou Aretha pourraient être ses prénoms), sa voix reste néanmoins très personnelle et dénote une fermeté adorable tout en maintenant une fraîcheur de ton qui la distingue précisément des autres.

Les amateurs de grandes voix se délecteront de ses cinq autres albums (Soul Desire, Last Train, Jan James, Colour of the rose et Promise me).
Elle excelle réellement dans tous les styles, du blues fort et incantatoire au Southern le plus abouti (son meilleur registre, à mon avis) en passant par le jazz (très convaincante dans ce genre), le rock and roll ou même le gospel.

Elle ne fut pas élue pour rien « Best Female Vocalist » par le Detroit Metro Times. On la vit ouvrir, entre autres, pour Koko Taylor, Albert Collins ou Little Feat… Elle ne ménage pas ses apparitions, que ce soit dans des salles mythiques comme le Paradiso (Am’dam) ou lors de Grands prix automobiles de F1 (à Detroit forcément). Il est un fait que l’Europe du blues l’a déjà adoptée sans réserves.

Sa tessiture est plutôt rare à entendre, de nos jours, surtout dans les media plus habitués aux minauderies ou autres formatages robotisés de minettes en chaleur.

Donc, réjouissons-nous, Jan James vaut le détour, elle est passée par chez nous grâce à la sagacité de Francis Géron. Les Hollandais, Allemands ou Scandinaves ont pu aussi en profiter, alléluia !!!

Démarrage au carré avec un instrumental « classique » de derrière les fagots vaughaniens (pourtant c’est une compo de Craig Calvert) « Pack My Suitcase » ça s’appelle et cela fait du bien par où ça passe. Je note déjà les coups de drums décidés d’un garçon élégant et musclé qui répond au doux prénom de Deric (private joke) et qui présente (donc) bien.

Jusque là, me direz-vous avec à-propos, tout baigne… On attend Jan James qui devrait arriver… qui arrive et qui très opportunément nous sert un sublime « Good woman » d’entrée de jeu. Voix parfaite, attitude racée, pas de stress apparent, on sent que cette chanteuse maîtrise parfaitement son sujet.

J’en vois un qui s’agite sur la gauche, le brave Craig (c’est le partenaire de JJ dans la vie, mais faut pas le dire) au four et au moulin ne laisse absolument rien traîner et nous sert une sortie de lead abracadabrantesque (comme dirait Chichi). C’est parfait, que dis-je, divin. Carré comme une pochette de rock burné et, qui plus est, adroitement mis en évidence par Monsieur Francis (vous connaissez ?). Ah ! Cette nouvelle réverb’ !

Fallait évidemment lâcher « Limousine Blues » comme un fauve dans la salle. P… que c’est fort cette affaire-là ! Magnifique et radical chef-d’œuvre qui passe en revue quelques réminiscences anthologiques sublimées par la voix chaude et rassurante de Jan James… Un rien plus vif que la version studio (normal le live dynamise), mais quelle belle voix elle a Jan … que James (ouh ! le joke…). L’ami Craig y va encore de quelques magistrales torsades digitales, qu’on apprécie entre connaisseurs (pas nombreux mais vigoureux les connaisseurs !). L’attaque du manche de Craig Black Calvert (je précise pour les absents) défonce carrément mon hémisphère gauche mais Franklin Gaggiano remet les choses en place du côté de mon oreille droite (il est passé à la Fender le gamin, c’est beau quand même, hein !). Et en plus, c’est le moment qu’ils choisissent pour en griller une ensemble, enfin je veux dire pour combiner leur solo respectif dans une gerbe sonore admirable.

Le nouvel album s’égrène positivement. On ne va, certes, pas s’en plaindre, d’autant que « Build me a man » le titre d’ouverture du Cd démarre. Intro un rien déjantée (genre «If you’re looking for trouble», la comparaison s’arrêtant là). Un grand morceau de blues vraiment. Je ne sais pas pourquoi, je trouve qu’il fait un pendant admirable au célèbre « I’m a woman » de Ellas McDaniels et Koko Taylor. M’est avis que JJ a voulu transcender le sujet…. J’ai des frissons partout tant la voix de Jan James « arrache ». Elle déchire littéralement la nuit, c’est beau et ça fonctionne. We are happy ! Que veut le peuple hein ? Il en redemande évidemment…

Et alors ? Et alors ? (comme dit Salvador), c’est « I got a feeling » qui commence… implacable, appuyé sur des guitares mélodiques en diable et dominé par un beat tranchant (surtout du côté du beau Perry, parce que Ryan Ollbrish, le bassiste, est un peu « endormi », je vais en reparler de celui-là, il ne perd rien pour attendre…). Elle devrait faire cela en duo avec Deborah Coleman, Jan, et je meurs c’est sûr !

La suite « Drowat », « Crazy » et « Next Time » (j’abrège volontairement) va nous permettre de découvrir la terrible complémentarité qui unit les deux guitaristes autour de ce volcan vocal qu’est Jan James. Très beau final du premier où, les réponses de leads entourent admirablement le phrasé décidé de JJ. Les chansons sont réellement de la veine bleue et les sujets évoqués pile poil au milieu du delta. Bonne idée d’avoir choisi ce gig Didi !!!

Deuxième mi-temps… « Bus driver » (B. Guy) donne l’occasion à Craig Calvert d’emballer l’assemblée de maîtresse façon. Deric Perry se rappelle à notre bon souvenir par quelques passes d’armes éblouissantes et Ryan Ollbrish ne s’est pas réveillé malgré le break.

« Soul Desire », comme son nom l’indique, ramène le beat vers cette chaleur exquise qui permet à Jan James de s’envoler définitivement vers des sommets. Elle manie merveilleusement une great voice qui traduit sobrement des émotions justes et belles.

La reprise de J. Reed « Big Boss Man » que Leadfoot Rivet nous avait donnée en ce même lieu a de la gueule. Déjà rien que le choix du titre est tout un programme. Je note avec plaisir la grande qualité du répertoire de ce soir. Pratiquement basé sur de compositions originales, on y trouve cependant quelques covers choisies avec intelligence.

Suit une superbe balade que j’ai du mal à identifier mais, comme dirait Francis Géron, est-ce bien là le plus important ? C’est le moment où je sens que quelque chose se passe . Jan James, dans ce registre, est tout bonnement fabuleuse. Elle a manifestement un peu délaissé sa propre set list pour nous faire découvrir les grands espaces.

« Rise above » est sans doute une des plus belles chansons du dernier album et du concert de ce soir. Sans doute parce que dans ce genre de blues lent et déchiré, elle atteint une grande sérénité vocale et que point n’est besoin d’y faire de l’effet. C’est du souffle pur. On sent que cette fille vit avec le blues comme elle respire. Encore une fois, le contenu de la chanson, beaucoup moins « léger » qu’il n’y paraît, mériterait qu’on s’y attardât (oh p… le beau subjonctif imparfait, pas toucher, c’est correct !!!).

Il faut dire que les trois titres qui viennent de passer sont d’un niveau époustouflant. « Learn » (normalement « You got a lot to… » ajoute encore une dimension à l’amplitude vocale et à la terrible efficacité que déploie Jane James. On est ici quasiment au niveau du gros son et la fuligineuse blonde surplombe tout cela avec une telle aisance et une telle facilité qu’on ne peut s’empêcher de penser qu’elle a encore de la marge. Un seul mot : FANTASTIQUE !

Je ne vous dis pas la tronche du public quand elle entame « Peace of my heart », vous avez compris, je suppose… Sidérant, énorme, fantastiphénobuleux ! On nage en plein bonheur même si le bassiste va finir par ronfler si ça continue. A côté de lui, Bill Wyman c’est de la nitro…

Tiens en parlant d’explosifs, « Shake » déménage comme un tour de chauffe à Indianapolis (je sais, je l’ai déjà faite mais pas aujourd’hui…) et nous rétame quasiment avant les rappels (NDLR : aujourd’hui je n’ai bu que de l’eau… de Chaudfontaine (j’ai trois euros chaque fois que j’en parle) et je me sens planer comme c’est pas possible, faut croire qu’elle est hypno-magnétique la Dame. Etonnant quand même comme son art captive !

On s’est battus pour les rappels et on les a eus. « Time to (on ?) let me down » prélude à une sortie de manche gigantesque de C/V à la limite d’un funky qui mitraille (Funkyky marrant l’assonance) vaudrait bien une place au Hall of Fame de Cleveland, « Treasure me » pathétique et sublimement porté par cette voix divine m’a presque fait verser une larme dis donc (je sais je suis un « gros » sensible…) et le « Mercedes Benz » a capella qu’elle nous a servis pour finir me laisse encore pantois dix jours plus tard. Qui ne le serait pas, hein ?

Grande dame, Jan James est entourée d’un combo qui, tout en jouant utile, dégage une puissance de feu appréciable mais sans en faire trop. On découvre en elle l’héritière d’une histoire de rock-women décidées et capables de faire baver les mecs, parfois empruntés, que nous sommes. Si le blues reste indubitablement le centre du sujet, avec ses émotions et ses grandeurs, notre égérie peut largement foutre le feu ailleurs et prouver qu’elle en a.

Sa discographie ne laisse rien au hasard et son dernier opus est tout bonnement fabuleux avec des envolées musclées telles « Did what I did », des blues d’une pureté diabolique comme « Montgomery », « Young man » (une merveille), ou «Rise above » (et sa curieuse finale) déjà cité. M’est avis qu’elle n’en restera pas là, Miss James, pour notre plus grand bonheur.

Encore une découverte « label Géron », merci Monsieur Cisse et rendez-vous pour FIVE HORSE JOHNSON !!!

DD

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