TORPID + LE SINGE BLANC à Liège le 11 novembre 2004

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Transformer un cinéma porno en club à vocation culturelle n’est déjà pas banal. Y recevoir des groupes comme Torpid, groupe de math rock luxembourgeois, et Le Singe Blanc, groupe de rock régressif français, relève de la gageure. Et tout ça pour un prix de 5 € ! C’est du mécénat. Si l’on devait définir ces deux groupes underground atypiques en trois mots, on utiliserait intelligence, compétence et passion. Intelligence dans la façon de mener leur carrière, compétence sur le plan musical et passion dans la façon de s’investir dans ce que l’on fait. Les obstacles ne manquent pas – on ne soulignera jamais assez la courage et l’abnégation des jeunes musiciens en Wallonie – mais la qualité de leur musique est telle qu’ils ont conquis la Belgique. N’avons-nous pas été les premiers à découvrir le Genesis du grand Peter Gabriel ? Même si leur musique n’a rien en commun, nous leur souhaitons sincèrement la même carrière.

Tout a débuté à 21 h 45. On se décide, on y va. Le public, si prompt à réagir pour signer la pétition (voir les news et le forum consacré au Phoenix Club), n’a pas poussé la curiosité jusqu’au bout. Il est clairsemé et cela n’engage pas à l’enthousiasme.

Pourtant, le groupe démarre en trombe avec « Kleerspoiler », un nouveau titre plein d’énergie. Quand la basse de Pol Krier donne le signal, elle est rapidement relayée par la guitare de Gilli Milligan. Patrick Muller est très efficace à la batterie et son jeu, combiné à celui de Pol, donne un résultat parfait. Avec une section rythmique pareille, qui ne jouerait pas bien ? Gilli, lui, n’est pas en reste et y trouve son compte. Quand il se met à chanter, il donne le signal d’un break qui transforme complètement le morceau. Applause. Le public sort de sa torpeur.

Sur « Wing », Gilli chante, sa guitare prend le relais, puis c’est le groupe tout entier. Pol est excellent à la basse, qui donne le signal de nouveaux breaks. Le morceau va crescendo jusqu’au paroxysme final. Super.

Vient ensuite « Pushmepullme », extrait de l’album « Lmnop ». On a droit à une intro superbe à la basse, suivie de distorsions à la guitare. Un break donne à Gilli Milligan l’occasion de se déchaîner. Sa timidité a disparu comme par enchantement. Mais quelle cohésion dans ce groupe !

Sur « Stona », c’est la batterie qui commence, bientôt relayée par la basse puis par la guitare. Ils se déchaînent ainsi jusqu’à la fin. Mais quelle pêche ! Ils alternent constamment l’ordre dans lequel interviennent les instruments et cela donne à chaque fois une couleur particulière au morceau. Lui succède « B.laxt », un nouveau titre dont le début évoque Sonic Youth. La basse, la guitare et la batterie y sont successivement mises en exergue. Gilli abandonne la casquette avant d’entamer « 2 x 2 ». Il joue et chante remarquablement bien, puis c’est Pol qui cartonne à la basse, puis Patrick martèle les fûts avec conviction. Extraordinaire symbiose ! Ils sont encore meilleurs que sur disque. Un break et la guitare termine dans l’enthousiasme général.

Ils jouent ensuite « Montgomery », un titre déjanté où Gilli se déchaîne pour jouer une musique pourtant élaborée et déroutante. Le public exulte. Enfin, pour le dernier titre, « Gobley », extrait de la compile « Winged Skull », la batterie donne le signal, relayée par les riffs de guitare, puis par la basse. A trois, ils abattent un travail fou, très professionnel dans le bon sens du terme. Ils déploient une énergie folle. La basse part en solo, souligné par de courts riffs de guitare. Après un court mais remarquable solo à la basse, ça explose dans tous les sens. Patrick Muller donne tout derrière ses fûts. C’est au tour de Pol Krier, maintenant. Il se sert de son verre comme d’un archet, puis c’est une baguette de la batterie qui joue avec les cordes. Patrick Muller a déserté son poste comme pour le soutenir. C’est maintenant avec le tabouret que Pol frotte les cordes, puis il appuie la basse contre le pied du tabouret avant de se rendre près de l’ampli. C’est ainsi qu’ils terminent en apothéose. Vraiment extraordinaire. Curieusement, estimant sans doute que le public ne les réclame pas assez, ils n’accordent pas le rappel prévu. Quel dommage ! Dur dur d’apprendre le métier … De la musique à structure complexe de cette qualité, même sans les effets électroniques de « Lmnop », on en redemande. C’était grandiose.

Après le changement de matos, ce sont d’autres phénomènes qui apparaissent à 22 h 45. J’ai nommé Thomas Coltat, « chant » et basse, Vincent Urdani, basse, et le p’tit nouveau, Kevin Lequellec, batterie. Le Singe Blanc, quoi. Ces énergumènes éminemment sympathiques sont complètement fous et ils le revendiquent haut et clair. Mais ce sont des fous sympathiques et derrière cette folie apparente se cache une lucidité à toute épreuve. Dire qu’ils jouent une musique déjantée est un euphémisme. Si vous avez acheté leur CD « Witz », un album remarquable, vous savez de quoi il retourne. Mais sur scène, comme c’est le cas pour Torpid, c’est encore meilleur.

Sur le premier titre, « Basta », manque de pot, il n’y a pas de retour. Parmi les deux bassistes, l’un joue, l’autre frappe. Attitude différente, même folie. Le nouveau batteur s’intègre parfaitement au paysage musical du Singe Blanc. Thomas Coltat éructe ses borborygmes incompréhensibles et se démène comme un beau diable, Vincent Urdani et Kevin Lequellec répondent au quart de tour. Quelle énergie et quelle façon originale d’aborder le rock régressif, tout ça sans se prendre le moins du monde au sérieux. Mine de rien, par son attitude destroy, Thomas a déjà mis le public en poche. C’est un showman de première qui sait prendre avec humour les vicissitudes du métier (le manque de retour, quelques cordes cassées vite réparées, …)

Sur « Ramrupt », l’attaque est plus classique. Thomas Coltat retend les cordes pendant que les autres, imperturbables, continuent de jouer. Ces deux titres sont extraits de l’album « Witz ». Sur « Grozoeil », nouvelle corde à remplacer. Pas de bol. Thomas Coltat chante à tue-tête. Puis vient « Schnoudlar », avec ses bruitages divers, qui introduisent en quelque sorte le chant de Thomas Coltat.

Sur « In$trus », il utilise la pédale wah wah puis chante comme un fou. A côté, « Rhubarb » apparaît comme un morceau calme. Sur les titres suivants, aux borborygmes succèdent des cris et un jeu complètement débridé, où ils jouent de plus en plus vite. A chaque cri succède un changement de rythme. Les bassistes vont provoquer le batteur qui ne demande que ça et frappe comme un sourd.

En rappel, ils nous offrent un simulacre de chanson d’amour mais un break bienvenu rappelle nos trois compères à leur devoir et le naturel reprend le dessus. Mélange de violence et de chaos, leur musique déstructurée interpelle et dérange. C’est tout simplement génial.

Torpid et Le Singe Blanc seront Chez Zelle à Louvain-La-Neuve le 18 novembre. Ne faites pas comme les Liégeoises et les Liégeois, ne les ratez pas ! Vous en garderez un souvenir impérissable. Ce sont de futurs grands !

Torpid et Le Singe Blanc ont confié leur destinée à Acracia Prod en France et à Mandaï Distribution pour la Belgique. Tout ce petit monde fait du très bon boulot. Signalons encore le très bon accueil offert par la direction et le personnel du Phoenix Club.

Set list Torpid :

  • « Kleerspoiler »
  • « Wing »
  • « Pushmepullme »
  • « Stona »
  • « B.laxt »
  • « 2 x 2 »
  • « Montgomery »
  • « Gobley »

Set list Le Singe Blanc

  • « Basta »
  • « Ramrupt »
  • « Grozoeil »
  • « Schnoudlar »
  • « In$trus »
  • « Rhubarb »
  • « Broïd »
  • « A41 »
  • « Eilarorch »
  • « Prodmo »
  • « Watzgo »
  • « Zook From The Crypt »
  • « Morbeups »
  • « Moogy Free »

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