L’interview exclusive de STATUS QUO pour Music in Belgium

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Le passage de Status Quo à Lille pour un concert d’anthologie le 15 octobre dernier a été l’occasion de nous déplacer et d’interviewer Francis Rossi, membre fondateur de ce groupe anglais mythique, maître du boogie-rock à haute teneur en énergie depuis plus de 40 ans! La sortie du tout dernier album “In Search of the Fourth Chord”, le 33ème de Status Quo, nous a permis de poser quelques questions à Francis sur ce nouvel opus, en exclusivité pour Music In Belgium. J’étais accompagné de Philippe Duponteil, auteur de la seule biographie en français sur Status Quo, “La Route sans Fin” (éditions Camion Blanc, 2007), qui nous a arrangé cette interview et que je remercie chaleureusement pour son aide si précieuse.

François Becquart : Bonjour Francis. J’ai choisi de vous poser des questions sur votre nouvel album. J’aurais pu choisir des questions sur le réchauffement climatique ou le système politique bolivien, mais j’ai choisi votre nouvel album.

Francis Rossi : Flûte! J’aurais préféré la Bolivie (rires).

FB : Une question générale, pour commencer, au sujet des conditions d’enregistrement de ce nouvel album.

FR : Nous avons commencé dans un studio appelé See No Evil. C’est un bon studio, avec de bonnes conditions d’enregistrement. On a travaillé avec Pip Williams comme producteur, ce que la majorité des fans hardcore n’apprécient pas vraiment. Mais le travail avec lui a été fantastique. Il surveillait particulièrement les vocaux et il a une oreille musicale exceptionnelle. Chaque fois que nous jouions un truc, il captait le sens, l’endroit où nous voulions aller. Tu sais, quand on répète en studio et qu’on enregistre les prises, plus on en fait, plus on s’améliore sur le plan technique mais plus on perd de la spontanéité de la veine créative originelle. Avec Pip, ce coup-ci, on a réussi à combiner les deux dans un équilibre impeccable, la technique d’une part et la pêche créatrice d’autre part. Après, on est allé mixer le tout dans mon studio, pendant deux mois et demi, trois mois environ. Et la magie était toujours là. Il m’arrive de réécouter nos anciens disques et je trouve que même sur nos classiques, il y a des choses qui ne collent pas (désapprobation de Philippe Duponteil et de moi-même). Si, si, il y a des trucs foireux, mais je dois admettre qu’un album comme “Don’t stop”, par exemple, est absolument parfait. Et c’est le travail de Pip! C’est pour ça que le choix de Pip Williams a été évident à mes yeux. Nos meilleures chansons, nos meilleurs hits, nos meilleurs albums en terme de production, c’était Pip. On a délibérément ignoré la réaction des fans et on s’est tourné vers lui, parce qu’on voulait à nouveau sortir de grandes chansons.

FB : Je peux vous dire que c’est le cas. Le single “Beginning of the end” est fabuleux. A cause de vous, je ne peux plus m’enlever ce morceau de la tête depuis des semaines.

FR : Moi non plus! A mon avis, l’un des secrets de cette chanson est le chant de John Edwards dans les chœurs. Il monte très haut et ça marche. Tu sais, on le surnomme “le troupeau chantant”, tant il est capable de pousser dans les aigus, pour le meilleur ou pour le pire. Mais là, il a été fantastique. J’aime beaucoup cet album mais, j’ai toujours tendance à me dire qu’avec l’épreuve du temps, rien n’est intangible. J’adore le nouvel album en ce moment, mais qu’en sera-t-il au moment de l’album suivant? Ne vais-je pas le trouver dépassé? Le temps ne va-t-il pas faire son office lorsque nous aurons trouvé d’autres idées que nous estimons plus excitantes ou plus pertinentes?

FB : Quelle est la signification du titre de ce single? Les fans ont toujours une petite appréhension quand ils entendent parler de références au commencement de la fin. Est-ce un message subliminal?

FR : Pas du tout, ça parle tout simplement d’une rupture amoureuse. On a écrit cette chanson en pensant à tous ceux qui s’éloignent, se retrouvent, s’éloignent à nouveau… Ca tournait dans notre tête ; le commencement de la fin ou la fin du commencement. Le truc classique, quoi! Autre question?

FB : Toujours à propos de “Beginning of the End”. Vous avez fait cette vidéo de promotion sur la grande roue qui borde la Tamise à Londres. Comment s’est passé le tournage?

FR : Facile et rapide. Je me rappelle que dans les années 70, les rares vidéos que nous faisions étaient tout à fait occasionnelles et elles servaient à promouvoir une chanson, un disque sorti sur le moment. On faisait ça sur le pouce, dans un coin de rue et on ne se prenait pas la tête plus que ça. Dans les années 80, avec l’émergence de MTV, les vidéos sont devenues pharaoniques en termes de production et de coût, avec des bagnoles, des gonzesses, tout le foin. Ici, on voulait faire une vidéo rapide et pas trop onéreuse. On filmé le tout en trois tours de roue et c’était fini! C’est notre image, après tout. On joue live, on vient, on fait le show et on s’en va. C’est rapide et intense.

FB : Le titre et la couverture de l’album, je connais déjà plus ou moins la réponse : pourquoi l’avez-vous appelé
In Search of the Fourth Chord
(“A la recherche du quatrième accord”)?

FR : Je pensais à l’origine à “Electric Arena”, qui a donné son nom à une chanson de l’album qui parle des endroits, clubs ou stades, où nous avons joué. Mais mes camarades ont eu cette idée de la recherche du quatrième accord, et ça m’a bien fait marrer. C’est le genre de titre qu’aucun groupe n’oserait choisir s’il ne s’appelait pas Status Quo. Nous sommes capables de nous tourner nous-mêmes en dérision (ce qui est l’apanage de ceux qui n’ont rien à prouver – NDLR). C’est comme si Pink Floyd appelait un de ses albums “The light show” ou si… non, je ne vais pas insulter d’autres artistes sans preuve. Tu vois, Status Quo est un groupe qui ne se prend pas la tête sur son œuvre, comme tous ces artistes qui se disent : “si je pense ça, comment va réagir l’univers par rapport à mon œuvre, Bla bla bla…”. Nous ne faisons pas partie de ces artistes intellos qui viennent réclamer l’amour du public show après show. Nous sommes ce que nous sommes et on ne vient pas piquer l’amour du public, on lui donne le notre. Notre logique, ce n’est pas celle d’un acteur qui vient réclamer l’adhésion du public pour la qualité du personnage qu’il interprète et qui veut aussi qu’on l’aime pour ce qu’il est. On ne peut pas tout avoir, parce qu’il y a une contradiction entre le personnage joué et la personnalité de l’acteur. L’un prend forcément le dessus sur l’autre. Mais je parle trop! (rires)

FB : Et au sujet de la couverture de l’album?

FR : C’est encore une idée de Simon Porter, notre manager. Il a une grande expérience dans les relations publiques et il est fantastique pour nous. Il nous a dit que cette fois, nous n’aurions pas à poser pour une photo de couverture d’album, ce qui est pour moi un soulagement. On a également organisé un concours avec comme récompense un pendentif en diamant représentant les deux guitares entrelacées qui sont le logo de cette tournée. C’était une opération de marketing, juste pour dire “Eh, on est là”. C’est un truc typique de note époque, il faut se montrer par tous les moyens. Dans les années 70, il n’y avait que quelques chaînes de télé dans toute l’Europe. Il suffisait de faire un show télévisé pour récolter un million de spectateurs. Aujourd’hui, pour en faire la moitié, il faut se disperser dans des opérations bien plus nombreuses. Il faut non seulement faire de la musique, mais situer le tout dans une perspective de business. On est obligé de faire du business, quand bien même on n’aspirerait qu’à faire de la musique.

FB : Vous êtes maintenant aux commandes de votre propre label Fourth Chord Records. Quel effet cela fait-il d’être votre propre maître?

FR : Certes nous sommes aux commandes mais on dépend considérablement des forces du marché. Par exemple, la version française du nouvel album n’a pas de titre bonus. Je n’en savais rien jusqu’à cette tournée française. Je suis désolé, mais si un album contient douze titres et un titre bonus, il contient tout simplement treize titres. Pourquoi faire des versions différentes d’un pays à l’autre? C’est du marketing pur. Mais si tu ne joues pas le jeu, tu perds des parts. Je ne pense pas que c’est la bonne solution mais on n’a pas de maîtrise là-dessus. On ne se sort jamais de la logique du business. Ce n’est pas parce qu’on a réussi à sortir un premier 45 tours et à faire un hit que les problèmes sont terminés. Quand on a percé, on avait toujours les mêmes problèmes avec nos parents, nos petites amies. Depuis, on a sorti une trentaine de n° 1 et tout le monde nous demande toujours quel sera le suivant. Nous ne sommes pas des politiciens, qu’on appelle toujours “Monsieur le Président” même quand ils ont fini leur mandat. Les musiciens doivent continuer à se battre jour après jour pour être reconnus.

FB : Une question sur l’écriture des chansons. Qui a écrit les chansons cette fois? Avez-vous travaillé ensemble?

FR : Tout le monde s’y est mis. J’ai écrit plusieurs chansons avec John Edwards, avec Andy Bown également, beaucoup avec Bob Young. Notre batteur Matt Letley est venu avec cinq ou six propositions, ce qui n’est pas négligeable. On s’est retrouvé avec de nombreuses chansons laissées de côté. Ce n’est pas évident de faire un choix mais je pense qu’on a fait une bonne sélection. L’album est bien reçu partout, à part peut-être par certains fans anglais qui se sont montrés déçus avant même d’avoir écouté le disque, et qui se sont finalement fait une idée positive de notre travail. Pour en revenir au chant, il y aurait beaucoup à dire sur une chanson comme “Tongue tied”, par exemple. J’ai écrit “Tongue tied” à l’arrière du bus. J’ai enregistré une petite démo à la maison et je l’ai fait écouter aux autres membres du groupe. Puis, pour une raison ou une autre, j’ai voulu refaire la partie vocale mais Andy m’a dit qu’il fallait garder les choses comme ça, parce que c’était comme ça que j’avais voulu les exprimer. Et en studio, tu le sens aussi. Quand arrive la bonne prise, ton instinct te le dit. L’écriture, c’est très difficile. Combien de fois ai-je imaginé un riff ou une mélodie dont j’ai redécouvert que je l’avais déjà inventé des années auparavant sur une chanson précédente? Ça arrive tout le temps. Mais quand je tiens une idée nouvelle, mon esprit clignote, il y a un feu vert qui s’allume et me dit “Oui, ça, c’est bon!”. Là où je suis le plus inspiré, c’est après les shows, quand on reprend la route et que je veille dans le bus. Il y a des choses, souvent des idées de ballade, qui me viennent à l’esprit.

FB : Toujours sur le chant, John Edwards chante une chanson sur l’album. Pensez-vous élargir le chant à l’avenir et retourner vers la formule à trois chanteurs que vous aviez à l’époque d’Alan Lancaster?

FR : Non, c’est une occasion qui s’est présentée, c’est tout. John Edwards aime chanter mais il lui a fallu progresser considérablement dans cet art avant de pouvoir apporter une contribution significative au groupe de ce point de vue. Quand il a rejoint Status Quo, sa voix était bien moins bonne que maintenant.

FB : Vous êtes en tournée en France en octobre. Comment appréhendez-vous les choses ?

FR : J’adore la France, sauf cet endroit (l’Aéronef de Lille). Il y a quelque chose qui me déplaît dans cet endroit. Les loges sont minables, c’est sombre, morne. Les gens pensent que ce genre d’endroit est rock ‘n’ roll. Non! C’est un coin de m… Ce n’est pas parce que les murs sont peints en noir, qu’il y a plein d’autocollants sur les murs des chiottes et de la pisse par terre que c’est rock ‘n’ roll. Le Rock ‘n’ Roll, c’est la musique. Non, j’aime vraiment les Zénith, ils sont super en France. Dans les années 70, nous tournions en France dans des conditions de confort parfois extrêmement difficiles. Mais le public a toujours été fantastique. Les spectateurs ne viennent pas pour se défoncer mais ils écoutent le groupe qui joue sur scène. Les gens en France ne sont pas idiots, ils ne vont pas payer un billet et se bourrer la gueule dans la salle sans profiter du spectacle et ne plus se rappeler pourquoi ils sont venus. Non, le fan français écoute et regarde, c’est bien, c’est fantastique.

FB : Vous avez sorti un DVD l’année dernière et je voulais vous demander si vous pensiez sortir un DVD plus axé sur du vieux matériel, des concerts d’anthologie filmés, des archives, en quelque sorte, comme vient de le faire AC/DC avec son “Plug me in” ou Kiss avec “Kissology”?

FR : Nous n’y avions pas pensé mais ce serait une excellente idée. J’en parlerai au management, car nous avons sans doute des tucs de grande valeur un peu partout dans nos tiroirs. Je pense qu’on vient me chercher pour le concert, sorry!

FB : Merci en tout cas, Francis. Bon concert et à bientôt!

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