MONSTER MAGNET, les sorciers du stoner sont de retour à l’AB

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Dans l’iceberg que constitue le stoner, la partie visible est occupée par quelques combos depuis plus d’une quinzaine d’années. Et en bonne place, on trouve Monster Magnet, l’un des plus anciens du genre. En première partie ce 25 juin, il y avait Amplifier. Avec Josh Homme (Kyuss, Queens Of The Stone Age), Scott Weinrich (The Obsessed, Saint Vitus, Planet Caravan) et Scott Hill (Fu Manchu), Dave Wyndorf est sans doute l’un des personnages les plus emblématiques du stoner. Voilà bien longtemps qu’il roule sa bosse dans le monde du bruit. Sa vocation donne dans le space-rock, influencé qu’il fut par la collection de disques de son grand frère, la vision d’un OVNI en compagnie de sa mère lorsqu’il était enfant et un concert d’Hawkwind à New York, non loin de son New Jersey natal. Il en faut peu pour placer le bonhomme sur des rails cosmiques, desquels il n’est jamais redescendu. Ses débuts musicaux datent des années 80, dans un petit groupe de hardcore new-yorkais appelé Schrapnel (les types sont déguisés en soldats et gueulent des chansons sur le Vietnam, simple). Puis vers le milieu des années 80, Wyndorf rejoint un groupe du nom de Dog Of Mystery, qui ne tarde pas à se rebaptiser Monster Magnet, un nom inspiré d’un jouet que Wyndorf avait possédé dans son enfance.

Le groupe aborde les années 90 à la recherche d’une maison de disques qui veuille bien accueillir leur gros rock spatial que les gens ont à l’époque tendance à prendre pour du grunge, mode Nirvana oblige. Mais Monster Magnet n’est pas grunge pour un sou. Il est en train de concocter dans ses marmites un genre que l’on découvrira quelques temps plus tard sous le nom de stoner. Lorsque le grunge dépérit et se fait oublier, les groupes stoner peuvent respirer à l’air libre, enfin à l’air fortement chargé en vapeurs de joint, il ne faut pas déconner. Monster Magnet fait partie de la toute première génération, avec Kyuss, Fu Manchu, Sleep ou les scandinaves de Spiritual Beggars. Après deux EP en 1990 et 1991, Monster Magnet accroche ses premiers galons à sa veste en denim avec “Spine of God” (1992) et “Superjudge” (1993), des albums qui ouvrent la voie à son classique “Dopes to infinity” (1995). Ce n’est que vers 1998 que Monster Magnet enregistre un succès commercial plus important qu’à l’accoutumée avec “Powertrip”, un album qui les fait connaître au grand public (là aussi, tout est relatif). L’euphorie ne dure pas bien longtemps et “God says no” (2001) est un échec, ce qui signifie la mise à la porte du groupe par son label A&M. C’est aussi à cette époque que Joe Calandra (basse) et Jon Kleiman (batterie) quittent le groupe, remplacés par Jim Baglino et Bob Pantella. Seul Ed Mundell (guitare, ex-Daisycutter, ex-Atomic Bitchwax), qui avait remplacé John McBrain en 1992, reste fidèle au poste et continue à manœuvrer sous les ordres du capitaine Wyndorf.

Cette nouvelle bande reprend son bâton de pèlerin et se fait héberger par le label SPV, pour lequel le groupe enregistre “Monolithic baby!” (2004), puis “4-way diablo” (2007). L’arrivée sur le marché de ce dernier album est retardée en raison d’une overdose médicamenteuse qui a failli coûter la vie à Dave Wyndorf, grand camé devant l’Eternel. Le contenu de l’album révèle néanmoins que le groupe n’a pas perdu de sa capacité à formuler du riff lourd et aérien. Nous allons d’ailleurs voir ce soir comment se porte l’Aimant Monstre. Le passage du groupe en Belgique est encore une bénédiction, Monster Magnet étant annoncé en Europe pour uniquement sept dates, toutes situées en Allemagne, Angleterre ou Scandinavie. C’est la volonté de Dave Wyndorf de mener petit train en matière de tournée, afin de ne pas exposer sa petite santé, déjà bien fatiguée par des décennies d’excès (le bonhomme a quand même 51 ans). Peut-être se rappelle-t-il aussi qu’il devait un concert à l’Ancienne Belgique après l’annulation de la tournée 2006, justement en raison de son overdose.

Je me présente devant les portes de l’Ancienne Belgique assez tôt, ce qui est d’ailleurs inutile puisqu’il y aura peu de monde sur le trottoir au moment de l’ouverture. J’arrive quand même à croiser Ed Mundell, que je salue et qui me donne un flyer publicitaire de son dernier album solo à paraître début 2009. C’est bien, le démarchage directement du producteur au consommateur. Après l’ouverture des portes, l’attente à la barrière se fait dans une salle quasi-vide. Monster Magnet ne semble pas rameuter les foules comme dans le bon vieux temps. Les problèmes de santé de Dave Wyndorf et l’annulation de la tournée de 2006 ont sans doute refroidi l’atmosphère. Mais les fans continuent de soutenir ce monument stoner et rien ne les arrêtera.


La foule est encore clairsemée quand arrive Amplifier sur scène. Ce groupe anglais est coutumier de l’Ancienne Belgique où il passe régulièrement. Formé à Manchester en 2001, Amplifier s’apprête à sortir son troisième album, de facture progressive, entre stoner et rock alternatif lourd. Les quelques morceaux qu’ils nous jouent ce soir révèlent un nouveau disque intéressant. Le premier titre est très lourd et saccadé de breaks, assez zeppelinien. Le deuxième est très puissant, mélange subtil entre du Cream cybernétique et un Killing Joke rasséréné. Le quatrième morceau est plutôt doom progressif, quasi-hypnotique. Les musiciens semblent bien s’amuser sur scène, échangeant des blagues de potaches. Le chanteur est en costume et parle par signes. Il a derrière lui une batterie de petits amplis d’époque. Le bassiste est très actif, recroquevillé sur son instrument et bondissant sur place à l’occasion. Quand au petit batteur chauve, il affiche un sourire de gnome énigmatique en écrasant ses fûts. Amplifier livre un dernier morceau plus jazz rock avant que les musiciens ne finissent leur show en se jetant tous sur la batterie, histoire d’en disperser les éléments sur le sol, à la Who.

Monster Magnet lance la génératrice à 21h05. Dès le premier regard, je vois que Dave Wyndorf a quand même pris un petit coup de vieux. Lui qui, il y a quatre ans sur cette même scène, s’agitait comme un Quasimodo gavé à la caféine, se déplace désormais tranquillement, vêtu d’un énorme sweater trop grand pour lui et qui semble dissimuler un certain embonpoint. Il est clair que son overdose a laissé des traces et qu’il n’est pas passé loin d’aller faire un coucou au petit Jésus.

Il ressemble à un de ces vieux roadies penauds qui poussent des amplis toute la journée. Sur scène, il gratouille une Fender Stratocaster qui semble étouffée par les deux autres guitares. Mais du côté de la voix, tout est intact. Dave a toujours cette voix saline et rocailleuse, agressive et perverse. Autour de lui, son groupe s’active pour monter un mur de son infranchissable. Les guitares harponnent des accords en fer forgé et lancent des pépites d’acier à tous vents. Ed Mundell, visage impassible de girafe tranquille, aligne solo sur solo et balance un médiator par morceau dans la foule. Je tente à chaque fois d’en attraper un mais il est impossible de les voir passer. Il les lance trop loin et les médiators atterrissent toujours autour du troisième ou du quatrième rang. Hé, Ed, c’est bien gentil tout ça mais le quatrième rang, ce sont les types qui sont arrivés en retard, ce ne sont pas les vrais fans. Les vrais fans sont au premier rang, c’est à eux qu’il faut envoyer les cadeaux.

La motricité limitée de Dave Wyndorf rend le show de Monster Magnet plus statique qu’à l’habitude. Mais tout est compensé par la puissance du son et les riffs cosmiques qui s’échappent des chansons du Monster. Côté répertoire, le groupe se réfugie derrière ses vieux morceaux. A part deux titres de “Monolithic baby”, aucune des autres chansons n’a moins de dix ans. Et surtout, il n’y a pas l’ombre d’un titre du dernier album. Voilà qui n’est pas banal : une tournée qui suit la sortie d’un album et qui ne promotionne aucune des nouvelles chansons. C’est un concept. Pourtant, ce “4-way diablo” n’est pas mauvais, il est même tout à fait sympathique. La mémoire vive de Dave Wyndorf aurait-elle été grillée par l’overdose? En tout cas, on ne va pas se plaindre d’entendre les vieux classiques de “Dopes to infinity”, “Powertrip” ou “Superjudge”. Monster Magnet démarre en trombe un show qui va durer une petite heure pour ce qui est du set principal. Certains titres rappellent des mélodies piquées chez d’obscurs petits maîtres des années 70. Par exemple, “Dopes to infinity” débute exactement sur le riff de “Woman tamer” de Sir Lord Baltimore, un groupe américain précurseur du hard rock et du stoner au tout début des années 70. “Twin earth” ressemble étrangement à la structure de “Mesmerization eclipse” de Captain Beyond, un autre génie oublié des Seventies. Quant à “Negasonic teenage warhead”, il a certains ingrédients qui me font penser au “Tales of brave Ulysses” de Cream. Après quatre titres béliers, Monster Magnet nous emmène dans l’espace avec deux morceaux plus aériens, “Third alternative” et “Zodiac lung”. Suivent alors les deux seuls morceaux récents, “Radiation day” et “The right stuff”, qui débouchent sur l’invraisemblable “Negasonic teenage warhead”, qui nous vient de “Dopes to infinity”, à mes yeux le meilleur album du groupe. Mais “Powertrip” recèle aussi des titres bien forts, comme l’inévitable “Space lord” qui clôt la première phase de ce concert qui s’annonce plutôt court.


Mais Dave Wyndorf et ses hommes sont bien vite de retour pour un rappel constitué de vieux titres inusables, impossibles à redescendre de l’orbite géo-stationnaire : le stratosphérique “Superjudge”, l’anticyclonique “Cage around the sun” (qui se suivent sur l’album “Superjudge”), un “Tractor” sorti de Cap Canaveral et l’astral “Spine of God”. L’odyssée de l’espace se termine à 22h38, après une heure et demie de course solaire. J’ai juste le temps de copier la set list qui est tombée entre les mains d’un de mes voisins et je me dirige vers la sortie. Et là, miracle : gisant au sol dans la vase houblonnière, un médiator d’Ed Mundell qui a échappé à la vigilance des spectateurs! Il était écrit que je ne repartirai pas sans un médiator de Monster Magnet. La Terre peut continuer à tourner.

Tout pour le Monstre,

Set list : Dopes to infinity / Crop circle / Powertrip / Twin Earth / Third alternative / Zodiac lung / Radiation day / The right stuff / Negasonic teenage warhead / Space lord // Rappel : Superjudge / Cage around the sun / Tractor / Spine of god

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Photos © 2008 Bernard Hulet

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