Marc Moulin n’est plus, nous avons l’impression d’avoir perdu un ami

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Marc Moulin est décédé ce vendredi 26 septembre, à l’âge de 66 ans, des suites d’un cancer de la gorge. Ses funérailles ont eu lieu dans la plus stricte intimité, ce mardi matin, au cimetière d’Ixelles. Selon ses volontés, la nouvelle de son décès n’a été rendue publique qu’aujourd’hui. Licencié en sciences politiques et économiques, ce fils d’une mère écrivain/poète et d’un père sociologue commence sa carrière musicale dans les années 60 comme pianiste de jazz. Il a eu son propre trio, a joué dans le quintet Alex Scorier et accompagné pas mal d’artistes américains et belges dont son ami Philippe Catherine. Les deux compères vouaient une profonde admiration à Miles Davis, un des pères de la fusion. Comme ce dernier, Marc recherchait comment mixer jazz, rock, rhythm’n’blues et funk.

Cette recherche l’a amené à former le groupe Placebo au début des années 70. Rien à voir avec Brian Molko bien sûr. Placebo a sorti 3 albums, “Ball of eyes”, “1973” et “Placebo”, qui sont devenus des collector’s. Une musique de fusion à la pointe en ces early seventies. Marc y jouait du Wurlitzer et du Clavinet. Nic Fisette, Alex Scorier, Richard Rousselet, Philippe Catherine, Yvan de Souter, … se retrouvent sur ces LP’s. Pour l’album “1973”, Marc s’essaie au mini-Moog, une révolution. Keith Emerson (dans Emerson Lake & Palmer, écoutez “Tarkus”) était un autre adepte de cet instrument, expérimental à l’époque. Un quatrième album a été enregistré mais n’a jamais été commercialisé.

1976 signifie la fin de Placebo. En parallèle à Placebo, Marc avait un autre projet, Sam Suffy, avec Richard Rousselet et Bruno Castelluci, des pointures jazz. L’album du même nom est fait d’improvisations basées sur les théories de la musique concrète.

En 1977, il fait, pendant quelques temps, partie du groupe d’avant-garde Aksak Maboul. Pendant ces années jazz, Mr Moulin crée le label Kamikaze (il publie du jazz d’avant-garde) et commence une carrière de programmateur/présentateur radio : le célèbre et brillant Radio Cité (précédé par King Kong, tout aussi original).

Ensuite vient l’épisode Telex (avec Dan Lacksman et Michel Moers). De l’electro pop déjanté, avec un passage mémorable à l’Eurovision. Telex sortira 6 albums. Le monde entier a dansé sur “Moskow Diskow”. Le dernier album de Telex sort en 1986.

Monsieur Moulin est devenu, fin 80, un personnage public incontournable : producteur célèbre (Lio, Alain Chamfort, Jacques Duvall, Anna Domino, les fulgurants Bowling Balls et, même les Sparks), son humour pince-sans-rire est apprécié sur les ondes et le petit écran, ainsi il participe au Jeu des Dictionnaires ou à la Semaine Infernale. Télémoustique l’engage comme chroniqueur, ses billets grinçants font rire des milliers de lecteurs. Il écrira un essai, “La Surenchère”, et quatre pièces de théâtre. Il sortira encore deux albums (moins connus) sous son nom en 1986 et 1992.

Musicalement ce grand Monsieur, discret et raffiné, se retrouve sous les feux de la rampe en 2001, avec l’album “Top Secret”, sorti sur le légendaire label Blue Note s.v.p. ! Disque d’or, tout comme les deux successeurs, “Entertainment” (2004) et “I am You” (2007). Des disques mêlant jazz, lounge, soul, trip hop dans la lignée de Laurent Garnier ou St Germain, mais c’est Marc l’instigateur de cette vague.

Marc Moulin laisse une épouse et deux enfants. C’est la Belgique entière qui, aujourd’hui, est orpheline.

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