Le Riffs ‘n’ Bips trouve son rythme de croisière

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Comme chaque année à pareille époque, les riffs de guitare se heurtent aux BPM à Mons pour un chassé-croisé entre le rock et la musique électronique. Ceci explique pourquoi on retrouve ce 11 octobre sur la même affiche Cali et Front 242 aux côtés de Nada Surf et Dr. Lektroluv. Eclectisme quand tu nous tiens… Des problèmes d’accès nous ont toutefois fait louper le groupe qui ouvrait les festivités, The Von Durden Party Project. On va tenter de se rattraper sur une de leurs prochaines dates, comme au Rock Bless You à Fleurus le 8 novembre ou à l’AB Box le 6 février prochain.

C’est donc avec Starving que notre festival a réellement débuté. Le groupe local est enfin de retour et venait présenter des morceaux d’un deuxième album qui devrait sortir début 2009 et qui portera comme doux titre “Les Confidences d’Annabelle”. Mis à part “Enervé”, c’est exclusivement des titres de ce futur album qu’ils ont joués. Et à première écoute, on reste un peu sur notre faim. Où est passée la légèreté de “Allumeuse” ou de “La Plage”? Musicalement parlant, c’est clair qu’ils ont évolué vers un électro rock plus mature, et même un rien plus rock qu’électro. A voir sa manière de les vivre, Claudia Chiaramonte (qui a radicalement changé de coiffure) chante des textes qui doivent être profonds, mais malheureusement la balance ne nous a pas permis d’en profiter (la basse était un peu trop omniprésente). A la limite, les sourds et malentendants ont eu plus de chance que nous car une traduction en langue des signes était assurée en direct. On se réjouit d’écouter l’album attentivement afin de plus en profiter la prochaine fois.


Le groupe suivant à l’affiche se nomme White Rose Movement et est clairement influencé par les atmosphères glaciales du début des années 80. On pense à la froideur de Joy Division (la basse), aux premiers albums de The Cure (la guitare) et aux débuts de Human League (période “Being Boiled”). En tout cas, la voix de Finn Vine ressemble étrangement à celle de Phil Oakey et apporte une chaleur bienvenue qui tranche avec le reste. Par contre, la claviériste a un faciès figé qui ne laisse transparaître aucune émotion. Cela dit, on a devant nous un groupe très jeune mais très pro, qui balancera assez vite son hit “Love Is A Number”. Le reste sera dans la même veine, c’est-à-dire hyper efficace. Personnellement, je pense que la clé de leur succès réside dans le fait qu’ils vivent à fond leurs compositions. Et que le tout se fondait à merveille dans la philosophie du festival.

C’était ensuite à Nada Surf de monter sur scène dans un timing qui était parfaitement respecté. Ces New Yorkais, dont deux membres (le chanteur Matthew Caws et Daniel Lorca, le bassiste aux éternels dreadlocks qui avait un pied dans le plâtre ce soir et a donc dû se résoudre à jouer assis) ont passé beaucoup de temps en France et maîtrisent dès lors le français à la perfection. Ils ont sorti en début d’année “Lucky”, un cinquième album assez faible et étaient en Belgique pour la troisième fois de l’année, après deux prestations en demi-teinte (au Botanique en février et aux Ardentes durant l’été). A vrai dire, ce n’est pas tant le fait qu’ils soient mauvais, que du contraire même, mais ils n’évoluent plus. Ils ont atteint le sommet de leur carrière en 2002 avec l’album “Let Go” et depuis, on a l’impression qu’ils stagnent. L’adage dit Qui n’avance pas recule, et c’est exactement ce qui est en train d’arriver à ce groupe, dont la majeure partie du set est composée d’extraits dudit album (dont “Hi-Speed Soul” en intro). Cela dit, le public marche à fond et leur ont fait un triomphe. De mon côté, je trouve qu’ils manquent singulièrement de conviction. Retenons quand même “See These Bones” et “Whose Authority” du dernier album, mais par contre, “I Like What You Say” ne ressemble à rien. Le public aura encore l’occasion de vibrer sur “Popular” (malgré une version plus que banale) et de s’époumoner en criant Fuck It pendant “Blankest Year”. On dira qu’ils ont fait leur boulot, mais rien de plus.

Par contre, Arid, eux, on veut bien les voir toutes les semaines, tant on n’est pas prêt de se lasser de la voix d’ange de Jasper Steverlinck et de ses compositions aussi efficaces que bourrées d’émotion. Qu’ajouter de plus lorsque l’on sait que c’était la quatrième fois que je les chroniquais cette année et que les qualificatifs me manquent pour décrire leur musique. Evidemment, il n’y a pas eu beaucoup de surprises (“You Are”, “If You Go”, “Life”, “Words”,…) mais cette fois-ci, comme à Dour, on a eu droit au magnifique “Me And My Melody”. Et rien que pour ça, ils méritent une bonne note supplémentaire.


On ne le savait pas encore, mais le public était clairement venu pour faire un triomphe à Cali, dont les prestations scéniques sont intenses à souhait. Déjà rien que sur l’intro de “1000 Cœurs Debout”, l’excitation était palpable et une certaine folie s’emparait des spectateurs. La traductrice en langue des signes était de retour et Cali l’a souvent incorporée à son show en allant danser près d’elle. Bien que, contrairement à Starving, il n’y avait aucun problème pour comprendre les paroles car le son était réglé à la perfection (et puis de toute façon tout le monde les connaissait, les paroles). Il s’est baladé dans ses trois albums, en faisant la part belle aux titres qui font mouche (“Elle M’a Dit”, “C’est Quand Le Bonheur”, “Je M’en Vais”, “Qui Se Soucie De Moi”…) mais ceux du dernier album n’ont pas été oubliés non plus (le très politisé “Résistance”, “Giuseppe Et Maria”). Comme d’habitude, il a assuré, il s’est mouillé pour son public. Ce mec est une véritable bête de scène et il est impossible de ne pas l’apprécier en concert. Sans surprise, il a terminé dans le public et s’est offert une partie de plaisir en effectuant le trajet de la table de mixage jusqu’à la scène en crowdsurfing. La conclusion est unanime, c’était bien lui la tête d’affiche du cinquième Riffs ‘n’ Bips.

Surtout que la grande majorité des spectateurs sont partis dès la fin de sa prestation, ne laissant que les fans et les curieux courageux (il était quand même près d’1h du matin) se délecter des sons électro avant l’heure de Front 242 en version vintage. La transition avec le chanteur français était peut-être trop violente… Toujours est-il qu’il ne faut pas oublier que ce sont ces petits belges qui, au début des années 80, ont contribué à poser les bases de la musique électronique en créant le mouvement Electronic Body Music. Ils ont influencé quantité d’artistes depuis et en 2008, ils sont plus essentiels que jamais. Pour preuve, la sortie récente d’un album live, “Moments”. Ils font toujours autant peur (le jeu de lumière discret y est pour beaucoup, certainement autant que la hargne de leurs compositions et la froideur de leur attitude). Ce sont essentiellement des titres issus de leur période de gloire qu’ils ont interprétés ce soir (“Body To Body”, “Welcome To Paradise”, “In Rhythmus Bleiben”, “Funkhadafi” et le fabuleux “Headhunter” qui a réveillé la révolution enfuie au plus profond des fans). En parlant de révolution, Richard 23 (actif en politique) a failli en démarrer une en incitant les montois à voter vert. Dans la ville même du président rouge… Mais quand on est un membre de Front 242, on n’a peur de rien!


Cela dit, à quasi deux heures du matin, il était temps de permettre à nos oreilles de souffler quelque peu et de laisser Dr. Lektroluv, le martien des platines, enflammer le Lotto Mons Expo jusqu’au bout de la nuit avec ses beats assassins. Assurément un succès de foule pour un festival qui a trouvé sa voie. Rendez-vous en octobre 2009 pour une sixième édition.

Les autres photos de

Arid
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Nada Surf


White Rose Movement
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Starving

Photos © 2008 Olivier Bourgi

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