Slayer, Mastodon, Trivium & Amon Amarth, la troisième Unholy alliance frappe à nouveau

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Les monstres reviennent toujours. Après l’Unholy Alliance I, l’Unholy Alliance II, voici maintenant l’Unholy Alliance III qui débarque en Europe pour maudire à nouveau les foules dans un bain de son. Cette Unholy Alliance, c’est tout simplement la ménagerie de Slayer en tournée. Les maîtres du thrash metal ont pris l’habitude depuis quelques années de ravager les scènes en compagnie d’une meute d’autres groupes tous plus carnassiers les uns que les autres. La première Alliance s’était faite avec Slipknot, la deuxième avait mis en lice Lamb Of God, In Flames, Mastodon, ou Children Of Bodom et la troisième repart à l’assaut avec Amon Amarth, Trivium, à nouveau Mastodon et bien sûr, la cheville ouvrière de l’ensemble, les maîtres à penser, les princes : Slayer.

C’est mon cinquième rendez-vous avec les découpeurs d’Huntington Beach. Originaires de Los Angeles, les types de Slayer auraient pu être de gentils surfeurs bronzés, blonds et analphabètes, toujours souriants et insouciants. Eh bien non. Ces types ruminent plus de 25 ans une rage ensorcelée qui, sur disque, a fait de Slayer les précurseurs de cette vague nouvelle du heavy metal qui a complètement révolutionné le genre à l’orée des années 80. Jusqu’alors, nous étions dans le hard rock ouvrier ou le heavy metal vaguement intellectuel. Avec Slayer, Metallica ou Anthrax en 1983, nous pénétrons abruptement dans la furie du son et la rage incompressible. C’est bien simple, si Black Sabbath a tiré son inspiration de l’horreur gothique des films de la Hammer des années 60, Slayer vient directement de l’épouvante de la fin des années 70, “Halloween”, “Vendredi 13”, “Amityville” ou les exploits de Freddy Krüger au cinéma. Une étape nouvelle a été franchie à cette époque-là et il n’a plus jamais été possible de faire marche arrière. Les hordes étaient lâchées…

Aujourd’hui, Slayer revient à nouveau soumettre les foules en Europe à l’occasion de la défense de son dernier album en date, le toujours percutant “Christ illusion”, sorti en 2006. Cet excellent album a remis quelque peu Slayer sur les rails, après une période assez discrète suivant la sortie de “God hates us all” en 2001, quatrième album d’une série de disques en demi-teinte après leur période d’or constituée par les albums “Reign in blood” (1986), “South of heaven” (1988) et “Seasons in the abyss” (1990). Petite anecdote en parlant de “God hates us all” : il n’y avait que Slayer pour sortir un album un certain 11 septembre 2001. Tout lien avec des faits qui se seraient produits ce jour-là ne serait que pure coïncidence…

Mais pour retrouver cette légende sur scène, il me faut procéder à un parcours du combattant imposé par les obligations professionnelles et familiales. Une fois la gamine ramenée de l’école et déposée en sécurité à la maison, la route vers Anvers, croulant sous les voitures, n’est pas une sinécure. J’arrive pile à 19 heures sur les lieux de la Lotto Arena, nouvelle salle qui jouxte le vénérable Palais des Sports d’Anvers. Au moment où j’entre dans la salle, le premier groupe est déjà en action depuis une dizaine de minutes. Après avoir trouvé un chemin à travers la foule, j’arrive au deuxième rang, à droite de la scène. A la fin du show, lorsque le batteur balance une de ses baguettes dans le public, mes voisins se précipitent tous vers l’arrière, m’ouvrant royalement la voie de la barrière. Désolé, c’est plus fort que moi, je ne peux pas résister. Ce n’est pas parce que j’arrive après tout le monde que je n’ai pas le droit d’être devant. Et encore une fois, ce troisième concert de Slayer pour la Unholy Alliance va me voir présent à la barrière. On ne peut pas faire autrement, le destin doit s’accomplir.

Alors, venons-en au fait. Amon Amarth est chargé de la première vague d’assaut. Ce groupe suédois existe depuis une quinzaine et a sorti une huitaine d’albums, mais on ne commence à parler de lui que maintenant, avec les albums “With Oden on your side” (2006) et le tout dernier “Twilight of the thunder god” (2008). On aura compris que ce genre de titre cache un metal viking prévisible, avec un chanteur à la grosse voix de bûcheron dévoreur de cyprès, guitaristes chevelus alignant des riffs brontosauriens et batteur rythmant le nombre de coups de rames dans le drakkar. Amon Amarth a également développé une technique particulière de headbanging tournoyant coordonné : les quatre musiciens sur le devant de scène sont alignés et font tournoyer ensemble leurs longues chevelures, faisant passer le tout pour un quadrimoteur en route pour la piste d’envol. La corne de buffle fixée à la ceinture du chanteur termine de donner ce petit cachet barbare qui rappelle plus “Astérix chez les Vikings” qu’un groupe de metal impressionnant. Ca reste écoutable mais il faut avoir les oreilles bâties pour.


La foule est encore peu compacte quand surgit Mastodon à 19h30. Le changement de matériel se fait au petit trot et le gang d’Atlanta démarre son show sur les chapeaux de roue. Après les gros thrashers ventripotents et conventionnels d’Amon Amarth, Mastodon entame les choses sérieuses. Ce qui frappe d’entrée, c’est l’absence du guitariste Bill Kelliher, retenu en Grande-Bretagne par suite d’une intoxication alimentaire. Mastodon doit donc jouer en trio, avec une grosse responsabilité reposant sur les épaules de Brent Hinds, le guitariste soliste qui doit compenser le son massif du groupe avec une seule guitare. Mais le type s’en sort avec brio au long de ce show de 45 minutes qui confirme à nouveau tout le bien que je pense de ce groupe. Mastodon a déjà trois albums à son palmarès, dont les deux derniers (“Leviathan” en 2004, et “Blood mountain” en 2006) représentent tout simplement l’avenir du metal. Un nouvel album est en préparation pour 2009 et on espère qu’il sera aussi puissant que les précédents. Pour le moment, Mastodon aligne sur scène ses titres forts : “Blood and thunder”, “The wolf is loose”, “Crystal skull”, “Circle of Cysquatch”, “I am Ahab”, “Seabeast”, “Megalodon” ou “Colony of birchmen”. Par bonheur, la batterie de Brann Dailor est bien réglée. J’en profite d’autant mieux que je suis en face d’un énorme ampli qui a tendance à étouffer les aigus si les basses sont trop poussées. Avec Mastodon, ça ira. Le bassiste chanteur Troy Sanders ressemble toujours à ce savant mélange de capitaine Achab et d’Ivan le Terrible, molestant sa basse comme un tartare en pleine expédition punitive. Quant à Brent Hinds, il me fait penser à un faune maudit sorti d’une forêt infestée de tyrannosaures. Le batteur déverrouille des pans entiers d’espace-temps pour les abattre sur nos pauvres têtes. Avec Mastodon, il n’est pas question de chansons douillettes parlant du petit écureuil monté à la ville ou de la condition paysanne dans l’Iowa. Les textes imagés sont très politiques et les types de Mastodon savent toujours y faire pour inonder le public sous des océans de notes au carbure de tungstène. Le public reste néanmoins statique, sans doute peu habitué à la bonne musique.


C’est alors que les choses se gâtent quelque peu. Je ne connaissais Trivium que de nom mais les présentations ne vont pas me laisser un souvenir impérissable. Un son atroce, des guitares aux formes ridicules, des looks de Kirk Hammett d’opérette ou de boucher charcutier castillan, voilà Trivium et son metalcore mélodique parfaitement dispensable et pompeux. Ces floridiens sévissent depuis 2000 et ont laissé quatre albums au patrimoine commun de l’humanité. Les types arrivent fièrement sur scène et débitent des fadaises musicales à coups de grosses guitares et de metal usé jusqu’à la corde. C’est le genre “attention, j’ai un petit cul mais une grosse voix”. Sourire béats, sprints de long en large de la scène, de quoi régaler les midinettes et les adolescents acnéiques momentanément en rébellion contre la société. Quand la batterie surmixée veut bien partager l’espace sonore, on entend de temps en temps un petit solo de guitare pompé sur Metallica. C’est souvent le problème avec les tournées Unholy Alliance, il y a à boire et à manger. Mais Trivium bat tous les records, faisant passer In Flames pour des demi-dieux. On trouve chez eux un mélange d’influences allant chercher de l’inspiration chez Metallica, Iron Maiden ou Children Of Bodom. Bref, Trivium chasse sur les terres des grosses bêtes pour en retirer de plus grosses miettes de gloire. Dans la foule, les mêmes types qui vont entendre Slayer dans quelques instants s’éclatent étonnamment bien au contact de ce groupe insipide. Il y a décidément des choses qui m’échappent. On vient soit pour Trivium, soit pour Slayer mais on ne peut pas manger en même temps aux deux râteliers.

A 21h35, toutes ces petites questions philosophiques disparaissent sous une avalanche de décibels coupés au plutonium. Sur l’introduction de “Metal storm”, premier morceau du premier album de Slayer en 1983, l’énorme rideau blanc qui cachait les préparatifs de la scène se met à vibrer, en même temps que monte de la foule une clameur irrépressible. L’agitation gagne les rangs des métalleux qui s’apprêtent à subir un assaut en règle signé Slayer. Et le choc primal ne manque pas de nous fracasser dès “Flesh storm”, premier morceau du dernier album de Slayer qui répand d’entrée de jeu le chaos dans le public. Dans un jeu de spots époustouflant, les quatre cavaliers de l’apocalypse apparaissent dans un flot de lumière. Derrière eux, un mur de pas moins de 36 demi-Marshall annonce tout de suite la couleur : la Blitzkrieg est de sortie.

Là où je me trouve, je suis devant Kerry King, crâne rasé et barbe tressée. Le bassiste Tom Araya est au centre et fait défiler les classiques : “War ensemble”, “Chemical warfare”. Là où ce concert va prendre un nouvelle dimension, c’est avec la set-list revisitée et intégrant des exhumations bénéfiques. Juste après “Chemical warfare”, Slayer enchaîne sur “Ghosts of war”, un titre de 1988 venant de “South of heaven”. Les choses vont vraiment devenir excitantes avec non seulement les morceaux du nouvel album (“Jihad”, “Cult”) mais aussi quelques perles remisées sorties des armoires du temps (“Seasons in the abyss”, “Dittohead”, “Live undead”) et enfin une nouvelle chanson sortie des fonderies infernales de Slayer. Celle-ci s’appelle “Psychopath red” et détruit tout, allant chercher dans ce que Slayer a de plus hardcore, avec des sonorités qui rappelle celles des débuts. Un régal. J’avais aussi oublié cette tuerie qu’est “Dittohead”, sortie sur le sous-estimé “Divine intervention” de 1994.


Mais c’est surtout la fin du show qui va être dantesque. Après “South of heaven”, Slayer nous sort son classique “Angel Of death”. Jusque-là, tout va bien, on n’est sans doute pas loin du rappel. Mais quand j’entends les premières notes de “Piece by piece”, le doute n’est plus possible : Slayer va se lancer dans l’interprétation intégrale de “Reign in blood”. Le monde occidental peut retenir son souffle : événement exceptionnel en vue. Et c’est en effet parti pour tout “Reign in blood” et sa litanie de titres effroyables : “Necrophobic”, “Altar of sacrifice”, “Jesus saves”, “Criminally insane”, “Reborn”, “Postmortem” et bien sûr le gigantesque “Raining blood”. C’est un grand honneur fait à Anvers ce soir car les autres dates de la tournée n’ont pas toujours été comme ça. Seuls les Anglais en ont profité jusqu’à présent, au début de la tournée fin octobre. “Reign in blood”, même les Inrockuptibles sont obligés de reconnaître son influence sur le metal. Avec “Master of puppets” de Metallica et “To megatherion” de Celtic Frost, “Reign in blood” est le tout grand album de thrash paru en 1986, année cruciale où le speed metal hérité de la New Wave of British Heavy Metal entame sa division cellulaire et accouche du thrash, du death metal, du black metal, du grindcore et autre doom metal. Tout le metal contemporain est inscrit dans “Reign in blood”, qui est à Slayer ce que “Waterloo” est à Abba.

L’ensemble du show touche à la pure folie. C’est sans doute le meilleur concert de Slayer que j’ai vu jusqu’à présent. Le groupe reste décidément le seul maître du riff inquiétant et mégalithique. Sous leurs coups de boutoir, on a l’impression que la terre va s’ouvrir et que toutes les créatures de l’enfer vont surgir, la mandragore au fusil. Inutile de dire qu’après l’intégrale de “Reign in blood”, tout rappel est superflu. Tom Araya et sa bande nous saluent, jettent quelques médiators et quittent la scène. Le massacre a duré une heure et vingt-cinq minutes. Je sors de ruines fumantes de la Lotto Arena avec un T-shirt et je retourne dans le monde des vivants.

Set list : Metal storm (intro tape) / Flesh storm / War ensemble / Chemical warfare / Ghosts of war / Jihad / Psychopathy red / Seasons in the abyss / Dittohead / Live undead / Cult / Disciple / South of heaven / Angel of death / Piece by piece / Necrophobic / Altar of sacrifice / Jesus saves / Criminally insane / Reborn / Epidemic / Postmortem / Raining blood

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Photos © 2008 Bernard Hulet

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