MOTÖRHEAD + Danko Jones, raid aérien massif sur Bruxelles

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Quoi de neuf? Motörhead! Eh oui, ils sont toujours là, occupant fidèlement le terrain et se payant le luxe d’une incroyable longévité, assortie d’une activité frénétique, tant sur le plan des albums que des concerts. Motörhead, c’est comme le Beaujolais nouveau, il revient tous les ans. Une année, c’est un nouvel album, l’autre année, c’est une tournée. Aujourd’hui, ce sont les deux en même temps. Le gang de Lemmy, actif depuis 33 ans sort en effet son 21ème album studio. “Motörizer” vient allonger la liste des albums blindés, dégoulinant d’accords ventrus et de rock ‘n’ roll coupé à la tequila et à la poudre à canon. Dans une discographie d’un groupe qui semble capable de se renouveler sans cesse dans un genre pourtant monolithique, “Motörizer” apparaît comme un bon petit disque, un chouia inférieur à “Inferno” (2004) ou “Kiss of death” (2006) et dans lequel on retrouve les riffs habituels et l’énergie routinière, Motörhead ne s’étant pas trop foulé au niveau de l’inspiration et ayant recyclé ses riffs tueurs dans le simple but de faire du bruit. Mais Motörhead étant Motörhead, on ne peut pas lui reprocher de faire du Motörhead, c’est quand même lui qui sait le mieux y faire dans la question.

Et donc, cet album donne évidemment l’occasion d’une nouvelle tournée. Et comme toujours, la tournée européenne a lieu en fin d’année et bien entendu, Bruxelles n’est pas oubliée. Lemmy a lâché son escadrille fin octobre sur l’Irlande, a ravagé la Grande-Bretagne durant les trois premières semaines de novembre et vient soumettre l’Allemagne et la Scandinavie en décembre, avec un petit crochet par les Pays-Bas, la Belgique et la France fin novembre. Et cette année, la première partie est bien attractive puisque c’est le furieux Danko Jones qui vient mettre sa guitare acharnée au service de Motörhead.

Alors, qu’en a-t-il été de Bruxelles? Pour rejoindre l’Ancienne Belgique, il m’a d’abord fallu me faufiler vers le centre. Je me fais peu d’illusions sur une place à la barrière, au fur et à mesure que l’heure tourne. Pourtant, un heureux hasard me fait trouver une place pas loin et arriver dix minutes avant l’ouverture des portes. Quand la chevillette est tirée et que la bobinette choit, des grappes de spectateurs s’engouffrent dans la brèche. Je m’insinue et me fais aspirer par la première vague. Bien m’en a pris. Derrière moi, les vigiles stoppent le courant humain pour laisser absorber un premier flot de spectateurs. Un petit sprint et me voilà quand même à la barrière, à l’extrême droite. La planque est bonne, car c’est un endroit en général peu fréquenté par les slammeurs.

Comme je le disais, Motörhead a gâté son public en embarquant avec lui Danko Jones en première partie. Motörhead avait parfois tendance à s’entourer de petits groupes de jeunots pas forcément dénués de talent (Young Heart Attack, Slint) ou parfois ringards (Skew Siskin) mais en tout cas peu impressionnants. Cette année, Lemmy abandonne les jeunes filles pour laisser la place à Danko Jones et sa bande de fous de la tête.

Cette brute canadienne fait dans le rock ‘n’ roll purulent à la AC/DC et est une véritable bête de scène. Il est de plus un habitué de l’AB, qu’il dévaste régulièrement une fois par an. On a ici affaire à un véritable animal de combat, un cisailleur de riffs de première catégorie. Son énervement communicatif ne tarde pas à se propager dans la foule de l’AB qui accueille chaleureusement son set. Il y a toujours de la bonne rigolade avec Danko mais ce soir, la panne de courant qui émascule le son dès la fin du premier morceau est une bonne occasion de se marrer. Alors que le show vient de prendre des allures de film muet, Danko Jones continue de mimer solos furieux et chant hurlé, comme si de rien n’était. Il commence à haranguer la foule par la seule puissance de sa voix, en attendant que le courant soit rétabli. Puis c’est parti pour un rodéo de rock ‘n’ roll fiévreux, animé par la gouaille de Danko Jones et sa section rythmique sponsorisée par Audika. Danko Jones se répand en rodomontades de matamore burné, truffant ses propos de fantasmes masculins et d’exhortations phalliques. Ce type vendrait un frigo à un esquimau pour la cause du rock ‘n’ roll. En cinquante minutes et une douzaine de titres, la messe est dite. Danko nous a sorti quelques nouveautés de son récent album “Never too loud” mais s’est beaucoup focalisé sur son avant-dernier disque “Sleep is the enemy”, avec quelques désormais classiques et bien sûr son final “Mountain”, où il part dans une tchatche de prédicateur fou et se voit en haut d’une montagne, entouré des grands disparus du rock, alors que le public devient peu à peu complètement hystérique.

La foule est prête pour recevoir la charge de Motörhead, qui déclenche l’artillerie à 21 heures piles. J’envie ceux qui voient le groupe pour la première fois car moi, avec mon neuvième concert de Motörhead, je connais tous les trucs. Ces dernières années, Motörhead nous avait habitués à une set list quasiment standard, comprenant toujours les mêmes morceaux aux mêmes endroits. Cette année, mon appréhension de voir se répéter toujours le même show est néanmoins évacuée par l’apport de nouveaux titres dans le répertoire. C’est tout d’abord “Iron fist” qui ouvre les combats. Cela change de “Doctor rock” mais on connaissait déjà “Iron fist” en ouverture des shows il y a dix ans. Viennent ensuite les obligatoires nouveaux morceaux du nouvel album. Il y en aura deux : “Rock out” et “One short life”. On ne va pas bouder son plaisir, on était quand même venus pour écouter un peu de cet album, alors jusqu’ici, tout va bien. On retrouve aussi les indéboulonnables classiques : “Stay clean”, “Metropolis”, “Over the top”, auquel on ajoute les indéboulonnables morceaux récents : “Be my baby”, “One night stand” ou “In the name of tragedy”. Sans surprises, donc.


Mais là où ça devient croustillant, c’est quand on entend quelques vieilleries sorties des tiroirs comme “Civil war” ou “Another perfect day”. Avec “I got mine”, c’est le deuxième titre de “Another perfect day”, album de 1983, qui figure dans le set de Motörhead. Ceci illustre la défense que mène Lemmy à l’égard de cet album que la critique de l’époque a trop vite jeté aux oubliettes. C’était un album de transition, avec un line-up assurant le lien entre le groupe classique comprenant le guitariste Eddie Clarke et le Motörhead nouveau qui surgirait en 1984 avec un certain Phil Campbell à la guitare. En 1983, c’était Brian Robertson qui assurait à la six-cordes. Ce guitariste qui était l’enfant terrible de Thin Lizzy se retrouve premier communiant chez Motörhead, tant ce groupe a poussé au loin les limites de l’excès. Rapidement écoeuré, Robbo n’a donc fait qu’un petit séjour chez Motörhead mais Lemmy a toujours apprécié l’album qui avait été écrit par cette formation fugitive. Je ne saurais donc trop vous conseiller de (ré)écouter cet album. “Civil war” est également une retrouvaille datant de l’époque “Overnight sensation” de 1996. Par contre, la fin du show tombe dans le scénario classique : “Just coz you’ve got the power”, “Going to Brazil” et “Killed by death” sont en effet la colonne vertébrale de fins de show de Motörhead. Ces titres restent néanmoins monstrueux, surtout quand Monsieur Danko Jones vient chanter en guest sur “Killed by death”. Ah, “Killed by death”! C’était l’époque où je rentrais en fac et où les fans de Motörhead étaient rassurés : Lemmy avait retrouvé une équipe solide après les départs de son guitariste Fast Eddie, son batteur “Philthy Animal” Taylor (1982) et la période en demi-teinte illustrée par le séjour de Brian Robertson dans le groupe (1983).

Mais la surprise totale, majestueuse, ravissante, c’est le retour de “Bomber” à la fin du show. Cela faisait des années que ce titre fantastique extrait de l’album du même nom (1979) avait été banni des prestations de Motörhead, pour des raisons inexplicables. Les plus anciens fans se souviennent que ce titre était joué à l’époque où Motörhead mettait en œuvre sur scène un énorme light-show en forme de bombardier, qui descendait sur scène afin de mieux faire sensation. Ce gimmick de scène a été oublié et Lemmy semblait l’associer définitivement au morceau “Bomber”, refusant de le jouer dans les concerts ultérieurs, sans ce fameux light-show. Enfin, aujourd’hui, “Bomber” est rétabli sans ses droits les plus inviolables, celui d’un classique intemporel de Motörhead. Vous en connaissez beaucoup, vous, des groupes qui écrivent une chanson sur les bombardiers? Et spécialement sur le fameux Heinkel 111 qui a fait les beaux jours de la Bataille d’Angleterre et des raids de terreur nocturnes qui ont suivi? Ça change de Céline Dion!


Tout cela fait du concert de ce soir un excellent moment. Il faut aussi admettre que les musiciens sont en forme, contents d’être là. Même s’ils se livrent toujours à leurs habituelles blagues (le concours de hurlements de foule, le pas de danse hésitant sur “Metropolis”), on sent que les hommes de Motörhead tiennent le bon bout. Celui qui va me souffler ce soir, c’est Mikkey Dee. C’est peut-être à cause des caméras qui sont placées au-dessus de lui et qui retransmettent sur des écrans son jeu de batterie, mais quand il entame son solo après “In the name of tragedy”, je reste interloqué devant sa technique fulgurante et ses méthodes d’artilleur lourd. Phil Campbell n’est pas en reste et dévale les manches de ses Gibson avec l’assurance du tireur d’élite. Et Lemmy, c’est Lemmy. Ses cordes vocales, ou plutôt ses câbles vocaux, passées au papier de verre et soigneusement entretenues par des hectolitres de Jack Daniel’s, grésillent dans le micro alors que résonne son énorme basse Rickenbacker 4001 de couleur brune. Le public est aussi en forme, renvoyant ses slammeurs sur les berges de la fosse à la cadence d’un canon de campagne.

Le rappel évolue quant à lui dans le domaine du connu : petit blues intimiste avec “Whorehouse blues” ; puis assaut final avec “Ace of spades” et l’indispensable “Overkill”. Mikkey Dee envoie une vingtaine de baguettes en l’air et Phil Campbell balance par dizaines les médiators dans le public. Je parviens à attraper le tout dernier, destiné aux gens des tribunes, mais manqué et atterri sur le baffle juste devant moi.

Voilà, c’était du lourd, du solide, un show que j’ai particulièrement apprécié en dépit des habitudes indécrottables et prévisibles de Motörhead, qui sait toujours y faire pour apporter un petit plus malgré des milliers de concerts où il n’a plus rien à prouver. Voilà sans doute un élément à apporter à la définition de ce qu’est un grand groupe de rock ‘n’ roll.

Set list : Iron fist / Stay clean / Be my baby / Rock out / Metropolis / Over the top / One night stand / I got mine / One short life / Civil war / Another perfect day / In the name of tragedy / Just coz you’ve got the power / Going to Brazil / Killed by death / Bomber // Rappel : Whorehouse blues / Ace of spades / Overkill

Set list Danko Jones : Code of the road / Samuel sin / Play the blues / Sticky situation / Baby hates me / First date / Sugar chocolate / Sugar high / Invisible / Never too loud / Lovercall / Cadillac / Mountain

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Photos © 2008 Bernard Hulet

3 pensées sur “MOTÖRHEAD + Danko Jones, raid aérien massif sur Bruxelles

  • novembre 28, 2008 à 01:01
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    finalement, il n’a manque que “god save the queen” pour que le show soit parfait…
    Et l’autorisation de shooter le 4e titre pour voir Lemmy et Phil jouer ensemble…
    Terrible concert, vivement le prochain passage a l’ AB.

  • décembre 2, 2008 à 12:19
    Permalink

    hello !!

    très long article qui fait du bien 😉
    cependant, deux choses…
    primo, Skew Siskin Ringard, sorry mais pour quelqu’un qui parle d’AC/DC et de Motorhead, chier sur Skew Siskin semble un peu contradictoire (leurs deux influences sont AC/DC et motorhead ;)… ne pas juger sur un concert en salle que j’aime moins aussi mais si ils reviennent au Spirit, vas y et dis moi si tu trouves ça encore ringard… le groupe prend toute sa dimension en club 😉
    Bomber, ça depend où tu les as vus et quand 😉
    perso, j’ai vu Bomber en live en 2006 à Oxford 😉
    48 ème fois que je voyais motorhead cette fois ci… et je partage ton article.
    Dernier point, Campbell joue actuellement principalement sur ESP 😉 tu as aussi un modèle jackson Randy Rhoads sur Ace of Spades mais les gibson, c oublié ;);) il est trop habitué aux micros EMG actifs qu’on retrouve sur les ESP 😉
    voilà, j’ai fini 😉
    à l’année prochaine pour la suite 😉

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