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Ane Brun et Loney Dear, le Bota à l’heure scandinave

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Double soirée scandinave au Botanique en cette veille de week-end avec d’un côté Ane Brun et de l’autre Loney Dear. La première nommée a publié pas moins de deux albums pendant le confinement alors que le second vient de sortir de sa tanière après quatre ans d’absence.

On était d’ailleurs surpris de voir Emil Svanängen aka Loney Dear se produire en support, lui qui avait notamment assuré la tête d’affiche d’une Nuit à la Rotonde en 2008. Le récent “A Lantern And A Bell” est son deuxième album pour Real World, le célèbre label de Peter Gabriel et il profite de cette tournée commune pour en présenter quelques extraits. Seul bémol, il voyage sans le merchandising attendu par certains, au contraire de sa camarade de voyage.

Sapé comme un prince (smoking, chemise blanche, nœud papillon), le Suédois barbu officiera seul sur la scène de l’Orangerie, à l’exception de deux titres en milieu de set lorsqu’un musicien discret l’accompagnera à la pedal steel, sur le prenant “Trifles” notamment. Il restera majoritairement derrière ses claviers mais n’hésitera pas à attraper une guitare de temps à autre. Il est vrai que ses dernières livraisons mettent en exergue un aspect plus introspectif de sa personnalité, en complète contradiction avec son humour et son aisance à communiquer avec le public entre les morceaux.

Parmi les nouvelles compositions présentées en tout début de soirée (sa prestation a commencé vers 19h45), on épinglera notamment “Go Easy On Me Now” dont l’ambiance atmosphérique au piano renvoie à celle de Guillemots. Mais aussi “Habibi (A Clear Black Line)” qui appuiera une voix tout bonnement impressionnante. Un peu plus tôt, l’excellent “Hulls”, sur fonds de beats électro retenus, nous rappellera la raison pour laquelle on avait craqué sur son album éponyme voici quatre ans. Une prestation triomphale qui n’a rencontré qu’un seul bémol : sa durée beaucoup trop réduite à nos yeux.

Au départ, le concert d’Ane Brun au Botanique était programmé le 27 novembre 2020. Une date particulière puisqu’elle coïncidait avec la sortie de “How Beauty Holds The Hand Of Sorrow”, un album publié… moins d’un mois après le précédent, “After The Great Storm”. Une activité boostée que l’on doit au confinement engendré par une pandémie qui l’a particulièrement affectée. On aura l’occasion d’y revenir.

En attendant, c’est dans une configuration digne d’un music-hall que la Norvégienne a finalement accueilli ses fans à l’Orangerie. Disposés autour de panneaux verticaux illuminés au gré des humeurs de l’ingé-light, ses musiciens s’apprêtent à rendre justice à des compositions orchestralement très riches. La première d’entre elles, “After The Great Storm”, mettra d’ailleurs patiemment le concert sur orbite de majestueuse manière.

Vêtue d’un tailleur pantalon blanc rehaussé de languettes à paillettes, Ane Brunvoll, chevelure blonde au vent, semble heureuse de retrouver les planches. Théâtrale, elle occupe le large espace à sa disposition sur le devant de la scène, n’hésitant pas à se dandiner furtivement. Derrière elle, on peut parler de grosse artillerie. De gauche à droite, on dénombre un claviériste à bretelles particulièrement dans son trip, une bassiste, deux batteries, un claviériste (guitariste à ses heures) ainsi qu’une violoncelliste.

Après “Honey” et “Directions” interprétés d’une voix très soul, le sommet du début de la prestation sera atteint via “Crumbs”. À la croisée des chemins entre Angel Olsen et Anna Calvi, il est rehaussé de chœurs sixties dont les filles sur scène ont le secret. Une expérience qu’elles rééditeront avec succès plus tard dans le set.

C’est à ce moment que la chanteuse ouvrira son cœur en entamant une sorte d’autothérapie spontanée. Profondément marquée par l’isolement lié au confinement mais aussi sentimentalement écorchée par une relation toxique, elle a visiblement besoin de parler et d’évacuer. Autant dire que les sujets abordés dans ses compositions les plus récentes ne respirent pas la joie de vivre. Mais c’est aussi ce qui leur donne un charme émotionnel certain.

Ainsi, “Trust” et “Breaking The Surface”, écrits pendant cette période curieuse, lui ont notamment remémoré quelques souvenirs chargés. Le clip du premier résume d’ailleurs un cyber meeting auquel ont participé plus de 200 internautes du monde entier tandis que le second compare la pandémie à un lac calme sur lequel flottent des vérités. Entre les deux, sa version troublante du “By Your Side” de Sade en version piano voix nous donnera quelques frissons alors qu’un peu plus tôt, le très Björk “The Waiting” et l’hispanisant “To Let Myself Go” résumeront la partie affective (ou plutôt ce qu’il en reste).

La fin du set principal montera quelque peu dans les tours via notamment “The Puzzle” sur lequel elle s’armera d’une guitare électrique et “Take Hold Of Me” à la surprenante vibe électro pleine d’anticipation. L’entêtant “Don’t Run And Hide”, sur lequel elle rejoindra les coulisses, sera le parfait point final temporaire d’un show rôdé auquel il n’aura manqué qu’un violon. Mais patience…

Le temps d’attacher ses cheveux (laissant apparaître d’imposantes boucles d’oreilles à paillettes) et la voilà de retour sur scène avec son claviériste à bretelles pour une délicate version de “Closer”. Tout comme sur “These Days”, sa voix claire et limpide imposera le respect. Entre-temps, une cover du “Make You Feel My Love” de Bob Dylan verra enfin le violon tant espéré faire son apparition entre les mains du même claviériste. Bien que tzigane et discret, il aura l’effet escompté. Tout comme les percussions tribales de “Do You Remember”, ultime titre de la soirée sur lequel les musiciens auront tout le loisir de s’exprimer. Quant aux vagues avec le public sur le “Without You” de Nilsson une fois les lampes rallumées, on préfère les garder sous silence…

SET-LIST
AFTER THE GREAT STORM
HONEY
DIRECTIONS
CRUMBS
THE WAITING
TO LET MYSELF GO
FINGERPRINTS
TRUST
BY YOUR SIDE
BREAKING THE SURFACE
THE PUZZLE
TAKE HOLD OF ME
THIS VOICE
DON’T RUN AND HIDE

CLOSER
MAKE YOU FEEL MY LOVE
THESE DAYS
DO YOU REMEMBER

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