Gilla Band : new name, same path

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Le lendemain du concert de Cloud Nothings, retour à l’Orangerie du Botanique pour une nouvelle soirée noisy plus que prometteuse. On était en effet enthousiastes à l’idée de ressentir sur scène les atmosphères malsaines des ex-Girl Band mais aussi de découvrir the next big thing du genre, Model/Actriz.

Et à ce niveau, on n’allait pas être déçus du voyage car les natifs de Brooklyn emmenés par l’excentrique Cole Haden se fendront d’un set plein et réussiront à nous en mettre plein la vue malgré une pénombre ambiante permanente. Débuté dans un calme rappelant la zénitude de Black Country, New Road old school (la voix, proche de celle de leur ex-leader Isaac Wood, y contribue grandement), leur set partira ensuite dans des délires destructeurs rendus flippant par la tessiture d’outre-tombe d’un leader théâtral bien en verve.

Celui-ci, vêtu d’une robe à paillettes par-dessus un bermuda de plage en toile, adoptera ainsi nombre de poses suggestives sur scène et passera pas mal de temps dans le public, intimidant les spectateurs au passage en les fixant notamment dans les yeux. Si son accoutrement renvoie à Carl Francis, la voix de Ditz, le parallèle peut également s’appliquer avec le groupe de Brighton d’un point de vue musical. Atmosphères tendues, environnement industriel et structures atypiques favorisant de soudaines explosions sonores sont ainsi légion. Les compositions de Model/Actriz se veulent toutefois plus évidentes à cerner, même si la noirceur reste de mise. “Dogsbody”, leur premier album, est sorti début d’année et mérite le coup d’oreille.

Après deux albums publiés sous Girl Band, Dara Kiely et ses acolytes ont choisi de se rebaptiser Gilla Band. Une démarche au nom de l’inclusivité qui n’a en rien altéré la vision du quatuor irlandais, plus que jamais à la frontière de l’extrême et de l’audible. “Most Normal”, publié chez Rough Trade à l’automne dernier, arbore d’ailleurs des contours encore plus exigeants que ses prédécesseurs et l’écouter d’une traite s’apparente à une épreuve pour certains. Rien de bien nouveau sous le soleil de Dublin, c’est clairement sur scène qu’ils se dévoilent et ce soir ne dérogera pas à la règle.

D’autant qu’ils n’observeront aucun round d’observation, prenant l’Orangerie à la gorge sans autre forme de procès via “Witchdoctor” et “Fucking Butter”, deux titres d’une rare intensité judicieusement enchaînés. Deux titres pendants lesquels le leader en veston sobre hurlera son mal-être au milieu d’un déluge de décibels. Dans un premier temps dos au public, il finira par se retourner et arborer une coiffure peroxydée dont Richard Branson aurait été fier dans les nineties.

À l’exception de “De Bom Bom”, single isolé de 2014, le début du set fera la part belle à “Holding Hands For Jamie”, le premier album sorti l’année suivante. Aux côtés de l’hypnotique “Pears For Lunch”, un “The Last Riddler” aussi bref que violent amplifiera la tension ambiante. L’intenable guitariste Alan Duggan deviendra comme dingue, se positionnant régulièrement devant son ampli pour un maximum de reverb pendant que le bassiste Daniel Fox traitera son instrument comme une guitare, sessions de bottleneck comprises. Quant au batteur Adam Faulkner, il n’a pas d’autre choix que de suivre les délires de ses compères.

“Almost Soon”, le premier nouveau titre joué ce soir, arrivera donc après une petite demi-heure et sa version live, nettement plus brute, surpassera aisément celle enregistrée. Dans la foulée, “The Weirds” portera parfaitement son titre, ne fut-ce que par son intro oppressante et sa rythmique tribale. Un peu plus tard, un “Bin Liner Fashion” complètement dingue introduira les influences technoïdes sous-jacentes de “Backwash et la ligne rétrofuturiste de “Post Ryan”, très sixties dans l’âme. Preuve qu’ils ont conçu “Most Normal” en studio, laissant libre cours à leurs idées tout en soignant la production.

Le hic, c’est que sur scène leur champ d’action finit par rencontrer ses limites et présenter peu de nuances. Si la dernière fois dans cette même salle (avec Fontaines D.C. et The Claque en 2019), on était restés sur notre faim, le set traînera quelque peu en longueur ce soir. Les pourtant consistants “Prefab Castle” et “Shouldeblades” en feront les frais, ne brillant que par à-coups. A contrario, on restera pantois devant la subtile expérimentation déstructurée de “Lawman” et surtout l’urgence flippante de “Laggard”. Mention également à “Eight Fivers”, la pièce maîtresse de leur dernier album et sans aucun doute un de leurs futurs classiques, qui clôturera le set sur une note noisy et tarabiscotée dont ils ont le secret. Même en ayant changé de nom, ils restent la référence ultime du genre.

SET-LIST
WITCHDOCTOR
FUCKING BUTTER
PEARS FOR LUNCH
DE BOM BOM
THE LAST RIDDLER
ALMOST SOON
THE WEIRDS
LAWMAN
GOING NORWAY
LAGGARD
THE CHA CHA CHA
BIN LINER FASHION
BACKWASH
POST RYAN
PREFAB CASTLE
SHOULDERBLADES
EIGHT FIVERS

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