CAPTAIN BEYOND – Captain Beyond (1972)

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Comme vous avez pu le remarquer, notre site a récemment lancé une nouvelle rubrique “Albums de légende” qui sera particulièrement consacrée à l’évocation des grands albums indispensables de l’histoire du rock, ou encore des albums qui ont marqué les chroniqueurs du site. Dans cette seconde catégorie, l’opportunité est grande de pouvoir faire découvrir à nos lecteurs des albums qui ne sont pas forcément entrés dans la postérité mais qui méritent tout de même qu’on se souvienne d’eux, en raison de qualités qui n’ont pas été remarquées à l’époque de leur sortie. De mon côté je saisis l’occasion de vous parler de mon album préféré de tous les temps, un disque que j’ai découvert en 1985 et que je pourrais facilement écouter tous les jours sans jamais me lasser : voici le premier album éponyme de Captain Beyond.

Les origines de Captain Beyond remontent à 1971, alors que le groupe américain Iron Butterfly s’apprête à splitter. Deux des musiciens du Papillon, Larry “Rhino” Reinhardt et Lee Dorman pensent alors à un projet de nouveau groupe. Ils ont eu l’occasion avec Iron Butterfly de tourner en compagnie du groupe de Johnny Winter et pensent recruter son batteur, Bobby Caldwell. Celui-ci est libre sur le marché à la suite du départ de Johnny Winter en cure de désintoxication pour plusieurs mois. Lee Dorman voit également que Rod Evans, ancien chanteur de Deep Purple, est sans emploi. Il lui propose la place de chanteur, tout de suite acceptée par Rod. Tout est ainsi prêt pour donner naissance à Captain Beyond. Le nom du groupe est inspiré d’une anecdote de tournée, alors qu’Iron Butterfly s’était retrouvé coincé dans un aéroport à la suite d’une grève de la Lufthansa, avec son groupe de première partie, Yes. La petite troupe doit prendre l’avion sur une compagnie charter baptisée General Air, ce qui donne lieu à des jeux de mots, parmi lesquels Captain Beyond. Cette facétie verbale n’était pas tombée à côté pour l’oreille de Lee Dorman, qui propose ce nom à ses camarades.

Le Captain Beyond, c’est non seulement un groupe mais c’est aussi un peu le personnage qui figure sur la pochette du premier album, un mystérieux super-héros psychédélique aux cheveux de feu et à la cape orange, aux bottes marquées des signes de la Terre et du Feu. Parlons-en de cet album, c’est une merveille. Enregistré en deux jours en Californie, il sort en 1972 sur le label Capricorn, une maison surtout spécialisée dans le rock sudiste (les Allman Brothers, Hydra…). C’est l’œuvre de ce qu’on peut appeler un super-groupe, puisqu’on y trouve des membres d’Iron Butterfly, de Deep Purple et de Johnny Winter. Mais à la différence des super-groupes classiques, fabriqués de toutes pièces par des maisons de disques dans le but de gagner de l’argent, Captain Beyond est livré à lui-même et a été fondé sur une base volontaire par des musiciens très doués. On remarque très rapidement le jeu de batterie exceptionnel de Bobby Caldwell, un sorcier du fût, et les riffs cyclopéens de Rhino (qui ne payait pas de mine dans Iron Butterfly mais qui révèle dans Captain Beyond des qualités géniales). Les chansons de “Captain Beyond” s’alignent en une longue suite digne d’un concept-album où se côtoient des titres lourds et cosmiques (“Dancing madly backwards”, “Mesmerization eclipse”, “Raging river of fear”, “Frozen over” : l’essentiel de la face 1, en fait) et des passages plus aériens qui ne perdent jamais une forte teneur en énergie et en intensité. La face 2 est d’un seul tenant et elle ne peut se comprendre que totalement unifiée et déroulée d’un bout à l’autre, oscillant entre douceur lunaire et formidables montées d’adrénaline électrique (la succession “I can’t feel nothing, part I”/”As the Moon speaks (to the waves of the sea)”/”Astral lady”/”As the Moon speaks (return)”/”I can’t feel nothin’ (part II)”). Tout se tient et vous propulse dans une cascade de sons et d’atmosphères astraux, où le Zodiaque vient carrément vous botter le derrière pour vous faire comprendre que Saturne n’a rien à faire dans Mercure et que le Soleil va se fâcher tout rouge. Les mitraillages de fûts signés Bobby Caldwell, les parties de guitares dictées par l’Au-Delà, la voix volcanique de Rod Evans (qui fût une perte sèche pour ces ignorants de Deep Purple qui avaient préféré le virer), le socle de basse inébranlable font de cet album un must absolu en matière de heavy-rock psychédélique Seventies. S’il n’y avait eu que celui-là, on aurait quand même été contents. Magistral, fabuleux, olympien, tout ce que vous voulez : c’est l’album total. Ce disque ne passe pas si inaperçu que ça puisque le magazine rock français Extra chroniquera “Captain Beyond” dans son numéro d’août 1972, en le considérant comme un “excellent disque pour un nouveau grand groupe”.

Malheureusement, cet album se vend très mal car la firme Capricorn préfère capitaliser sur ses poulains sudistes et néglige Captain Beyond, qui est totalement inclassable. Le groupe se voit alors obligé de tourner à outrance pour assurer ses revenus. Il fait ses débuts sur scène à Montreux (Suisse), au festival de Jazz, le 30 avril 1972. Le plus étonnant est qu’on le retrouve le lendemain à Paris, à l’Olympia, en première partie des Doors (qui tournent sans Jim Morrison, excusé pour cause de décès).

Captain Beyond sort encore les albums “Sufficiently breathless” (1973) et “Dawn explosion” (1977), avec quelques changements de musiciens et sans toutefois rejoindre l’immense niveau de qualité du premier album. Captain Beyond connaît des moments d’éclipse puis de reformation dans les années 1990 et 2000, sans nouvel album. Le groupe se sépare définitivement en 2003 et l’année 2012 voit malheureusement le décès de deux des anciens musiciens du groupe : Larry Reinhardt en janvier et Lee Dorman en décembre.

Première édition : 1972 (vinyle, Capricorn CP 0105)
Dernière réédition : 2014 (vinyle coloré 180g, gatefold, édition limitée, Purple Pyramid CLP 1716

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