CURVED AIR – Rarities series, volume 2 / The 2nd British Rock Meeting 1972

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Le Label Cherry Red édite ici son troisième volume d’œuvres inédites du groupe prog anglais Curved Air, un des meilleurs du genre dans les années 1970. La bonne surprise est que, là où les deux premiers volumes ʺTapestry of propositionsʺ et ʺRarities series, volume 2ʺ avaient un peu laissé l’auditeur sur sa faim, ce troisième volume reproduisant un concert lors d’un festival allemand en 1972 est une petite merveille.

Nous voici donc en mai 1972 et Curved Air vient de publier son troisième album ʺPhantasmagoriaʺ. L’album grimpe à la 20e place des charts anglais et trouve les musiciens Darryl Way (violon), Francis Monkman (claviers et guitare), Florian Pilkington-Miksa (batterie), Mike Wedgewood (basse et chant, nouveau venu à l’époque) et la superbe chanteuse Sonja Kristina au mieux de leur forme créative, même si cet album a un peu moins de succès que les précédents ʺAir conditioningʺ (1970) et ʺSecond albumʺ (1971).

Pendant ce temps-là, en Allemagne, quelques jeunes fans de rock cherchent à mettre sur pied la deuxième édition du festival British Rock Meeting, dont la première édition a eu lieu du côté de Spire en 1971. Ce premier festival avait un peu péché par son manque d’organisation et les gérants de l’affaire avaient promis de faire mieux la prochaine fois, enfin presque… L’amélioration est surtout visible par l’affiche qui est proposée aux festivaliers. Sur le papier, tout est superbe : trois jours de festival pendant le week-end de la Pentecôte (20 au 22 mai 1972) et une affiche à tomber par terre : Pink Floyd, les Faces, les Doors, Humble Pie, les Kinks, Osibisa, Family, Atomic Rooster, Rory Gallagher, Incredible String Band, Savoy Brown, Status Quo, Beggars Opera, Home, Strawbs, Brinsley Schwars, Sam Apple Pie, East Of Eden, Lindisfarne, Sencer Davies, Nazareth, Jerusalem, Uriah Heep, le Buddy Miles Express, Country Joe et Pacific Gas & Electric. Et bien sûr, Curved Air qui est également contacté, et qui passera en tout dernier à l’issue d’un festival épique.

Car les festivals rock, en cette fin d’années 60 et début des années 70, en sont encore à leur phase expérimentale en ce qui concerne l’organisation, la sonorisation, le service d’ordre, le parking, les premiers secours, la nourriture, les sanitaires et toutes choses qui sont désormais complètement normales mais qui à l’époque étaient souvent déficientes, voire inexistantes. Le deuxième British Rock Meeting a eu tout faux sur quasiment tous ces points. Le lieu, d’abord. Prévu pour se tenir à Mannheim, il atterrit finalement à Germersheim, entre Mannheim et Karlsruhe. Ce bled possède une presqu’ile sur le Rhin, où vont être parqués les 100 000 spectateurs, dont une bonne partie est constituée par des militaires américains faisant leur service dans la base US toute proche. Ces braves pioupious ricains ont réglé le problème du billet d’entrée en enfonçant les barrières et en installant leurs tentes à proximité de la double scène, bouchant la vue à pas mal de monde. Et on ne vous parlera pas des quelques misérables toilettes près des scènes rapidement prises d’assaut et vite inutilisables. Quant à la nourriture, quelques malheureux stands se retrouvent complètement vidés dès les premières heures du festival. Il n’y a que la drogue qui circule en abondance, ce qui va occasionner quelques visites à l’infirmerie et des bagarres diverses. Et quand on annonce la défection des Doors et des Faces, de nombreux chevelus ivres de colère (et d’autre chose…) décident de calmer leur rage en pilonnant la scène et les malheureux Uriah Heep sous une grêle de canettes de bières.

Curved Air arrive donc en milieu délicat mais les choses vont bien se passer pour le groupe, dont la prestation est enregistrée par un jeune DJ américain, militaire en Allemagne et qui va en fait capter toutes les prestations du festival (des pépites inédites en perspective). Cependant, Curved Air démarre son show avec une belle panne de guitare, associée à l’absence de Sonja Kristina qui n’est pas encore sur scène. Quand tout est résolu, Curved Air lance un show d’une heure basé sur les titres de son dernier album (ʺCheetahʺ, ʺPhantasmagoriaʺ, ʺMelinda (more or less)ʺ, ʺOver and aboveʺ). Les dialogues que l’on entend entre les musiciens entre les morceaux montrent que les gens de Curved Air improvisent dans une situation où le concert a démarré de façon un peu anarchique. Mais au fur et à mesure que l’on avance dans le show, on découvre la magnificence des titres, oscillant entre progressif énergique et ballades folk. Le gros du menu figure pour la fin avec une longue version de ʺOver and aboveʺ où le violon électrique de Darryl Way va s’en donner à cœur joie. Ce seront ensuite les claviers et la basse qui vont mener la danse sur l’incroyable ʺGermersheim jam/Vivaldi (reprise)ʺ, qui est en fait une improvisation de 32 minutes destinée à compenser les défaillances techniques de la guitare. C’est ainsi que Curved Air termine brillamment une heure de show sans cesse menacé par des imprévus techniques, et cela au petit matin du mardi 23 mai 1972 car évidemment, l’un des premiers défauts de jeunesse des festivals rock naissants était le retard considérable pris sur les horaires prévus. Ici, une nuit entière de retard, il fallait quand même le faire.

Mais il n’est jamais trop tard pour découvrir ou redécouvrir Curved Air, d’autant plus que ce concert inédit du groupe, 47 ans après, est tout simplement formidable du fait de la dextérité de ses musiciens et du son impeccable.

Pays: GB
Cherry Red CRVE RS 003
Sortie: 2019/01/04

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