LED ZEPPELIN – Led Zeppelin (1969)

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Il y a cinquante ans, le 12 janvier 1969, le public américain pouvait découvrir dans les bacs de disques un curieux album représentant un zeppelin en flammes. Cette photo de la catastrophe du dirigeable Hindenburg brûlant instantanément lors de son arrivée à New York le 6 mai 1937 allait retrouver une nouvelle célébrité en illustrant le premier album de Led Zeppelin. Ce disque est important à plus d’un titre. D’une part, il constitue en quelque sorte l’acte de baptême du hard rock anglais et d’autre part, il lance la carrière d’un des groupes les plus importants de l’histoire du rock et certainement LE groupe phare de l’histoire du hard rock.

Remontons quelques mois en arrière, en septembre 1968. A cette époque, Jimmy Page solde les comptes de son précédent groupe les Yardbirds, qu’il a rejoint en 1966 et qui vient de se séparer après une dernière tournée américaine en mai-juin 1968. Mais les Yardbirds ont encore quelques engagements contractuels à respecter pour assurer une tournée en Scandinavie, prévue en septembre. Page réagit vite et met sur pied un groupe qui va s’appeler les New Yardbirds, avec le recrutement de quelques musiciens rapidement choisis. Pour la basse, Jimmy Page peut compter sur son collègue John Paul Jones, rencontré à l’époque où les deux hommes hantaient les studios comme musiciens de sessions. Mais pour le chant et la batterie, Jimmy Page ne trouve personne. C’est finalement dans le pays noir des Midlands, du côté de Birmingham, que Page trouve les perles rares avec deux jeunes lads qui traînent dans de petits groupes locaux : Robert Plant (chant) et John “Bonzo” Bonham (batterie). Les premières répétitions révèlent une miraculeuse osmose musicale entre les quatre membres des New Yardbirds. Le groupe impressionne lors de sa tournée scandinave et, une fois les concerts achevés, décide de continuer sous le nom de Led Zeppelin. Pour battre le fer tant qu’il est chaud, les membres de Led Zeppelin enregistrent rapidement en septembre-octobre 1968 une poignée de reprises de blues, ainsi que quelques compositions originales (dont certaines plus ou moins piquées à d’autres artistes). Dans la foulée, histoire de s’échauffer, le groupe s’embarque pour une première tournée américaine en décembre 1968, où son style percutant va rapidement séduire les foules.

Le mois suivant, en janvier 1969, le premier album, intitulé tout simplement “Led Zeppelin”, sort aux Etats-Unis. L’impact de cet album sur le public américain, puis anglais (le disque sort au Royaume-Uni deux mois plus tard), va être énorme. Cependant, la critique ne va pas suivre mais n’empêchera nullement l’album d’exploser dans les charts et de devenir un mythe quelques années plus tard. On trouve dans cet album des morceaux écrits en vitesse ou repris du répertoire des Yardbirds et des classiques du blues. C’est ainsi que Led Zeppelin emprunte aux Yardbirds “I’m confused”, rendant ainsi à la chanson de Jake Holmes son titre original. De son époque Yardbirds, Jimmy Page conserve aussi son “Black mountain side”, instrumental orientalisant qui faisait les beaux soirs des derniers concerts. Côté vieux blues, le Zep pioche allègrement dans Willie Dixon avec les titres “I can’t quit you babe” et “You shook me”, dont les crédits sont phagocytés sans aucun scrupule par les membres du Dirigeable. Les nouvelles chansons écrites par Led Zeppelin annoncent toutefois des capacités créatives très prometteuses. “Your time is gonna come” et “Babe I’m gonna leave you” sont respectivement un titre nonchalant et lourd et une ballade puissante et désespérée où la voix de Robert Plant impressionne d’entrée et est superbement soutenue par une rythmique solide au-dessus de laquelle vole la guitare athlétique de Jimmy Page. Là où le groupe se distingue, c’est avec “Communication breakdown” et “Good times bad times”, morceaux emblématiques du hard-rock naissant. “Communication breakdown” est particulièrement hargneux et vivace et va semer la panique dans les foules. Morceau phare des premiers concerts, il restera un des titres les plus connus du Zep, repris abondamment par des groupes de rock des Seventies jusqu’à nos jours. Led Zeppelin recrée aussi “How many more times”, titre traditionnel revu et corrigé à la sauce Zeppelin, tout en puissance et en blues lourd, terminé par une apocalyptique improvisation sur le thème de “The hunter” et du Boléro de Ravel. Jimmy Page déploie ses talents de sorcier de la six-cordes dans un exercice de style envoûtant. En Angleterre, où l’usage impose de soutenir tout ce qui est nouveau et anglais, cet album est assez bien reçu, sans que l’accueil soit pour autant extatique. Aux Etats-Unis, des magazines déjà très influents comme Rolling Stone ne sont pas du même avis. John Mendelsohn, dans le numéro daté du 15 mars 1969, reconnaît que Jimmy Page est un guitariste de blues extrêmement efficace mais lui dénie toute capacité et imagination dans ses fonctions de producteur et de compositeur. Quant à Robert Plant, il est décrit comme “un chanteur de soul mignon qui peut à la limite faire bonne figure” mais qui est à plaindre quant à ses “hurlements forcés et peu convaincants”. Ces élucubrations n’empêchent pas l’album de filer à la dixième place aux Etats-Unis, de rester 95 semaines dans les charts américains et d’atteindre la sixième place dans les charts anglais avec un séjour de 79 semaines. Un 45 tours, “Good times bad times/Communication breakdown” est extrait de l’album est se classe n° 80 aux USA.

Cet album est le premier pavé de la route glorieuse qui va mener Led Zeppelin jusqu’aux sommets de la légende du rock. Suivi par d’autres albums encore plus impressionnants, le “Led Zeppelin I” va néanmoins se creuser sa propre place au soleil. En 2003, le magazine Rolling Stone le place 29e de ses 500 plus grands albums de tous les temps. En 2004, l’album est introduit au Grammy Hall Of Fame. En 2006, ce sont les magazines Uncut et Classic Rock mettent aussi le premier Led Zeppelin dans leurs cent meilleurs albums (premier album pour le premier et groupes anglais pour le deuxième). On le voit, la vie de cet album est loin d’être terminée et il y a fort à parier qu’il continuera à servir longtemps de clé ouvrant les portes du rock classique pour les générations à venir.

Première édition : 1969 (vinyle, Atlantic SD 8216)
Dernière réédition : 2014 (CD, album replica, gatefold, remastérisé, bonus CD, édition Deluxe, Atlantic WPCR-15686~7

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