LITURGY – Origin of the alimonies

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Qui aurait pu croire que le black metal aurait pu aller jusque-là ? Comment penser que ce genre né avec les brutes épaisses de Venom en 1982 serait arrivé 35 ans plus tard à un niveau de création et d’originalité à ce point hallucinant ? Beaucoup de groupes de black metal ont immédiatement cherché à évoluer vers des atmosphères plus originales ou plus complexes que le black metal de base qui, finalement, quand on regarde les premiers albums de Bathory ou de Mayhem, a toujours porté en lui les germes de la complexité et du tourment. On est ainsi passé du black metal au post-black metal, sans parler de ses embranchements progressifs ou même de sinistres greffons comme le national socialist black metal, cher au cœur de certains suprématistes scandinaves célébrant le retour au paganisme des ancêtres. Mais ici, je pense qu’on touche au plus élaboré et en même temps au plus déroutant du black metal avec ce groupe Liturgy, un combo avec lequel on ne sait par où commencer.

Commençons donc par son créateur, ce qui ne va pas non plus être de la tarte. Hunter Hunt-Hendrix est la tête pensante de cette formation mouvante qu’il fonde en 2005 à Brooklyn. Au départ, il est tout seul. Ou plutôt, il faut maintenant dire elle car depuis quelques années, Hunter Hunt-Hendrix est devenu(e) transgenre, ce qui souligne bien la complexité du personnage et de son univers créatif. Car Hunter Hunt-Hendrix a dans la tête une multitude d’idées et d’univers, comme cette vision de l’art total qu’elle appelle perichoresis. Derrière ce terme compliqué se cache la question de l’origine de toutes choses, que Hunter Hunt-Hendrix va théoriser en musique comme l’illustration de ce qu’elle appelle son système de Kabbale transcendantale. Vous suivez toujours ?

Dans cette quête de la totalité totale de l’infini suprême du cosmos interplanétaire et transdimensionnel, Hunter Hunt-Hendrix a élaboré avec son groupe (complété en 2009 par Bernard Gann, Tyler Dusenbury et Greg Fox) une discographie qui doit autant à la philosophie qu’à la musique. On commence avec ʺRenihilationʺ (2009), que les commentateurs du site Encyclopedia Metallum ont noté entre 0 et 100, faisant sans doute de cet album le disque le plus controversé de tout ce site. Vient ensuite ʺAestheticaʺ (2011), qui recueille la même amplitude de notes. C’est ce qu’on appelle un artiste clivant, capable d’amalgamer dans une même œuvre le chaos le plus pur et les mélodies les plus finement ciselées, toujours au service d’une trame black metal avant-gardiste. ʺThe art workʺ (2015) déchaîne toujours autant les passions, entre défenseurs acharnés et contempteurs irréductibles.

Vient alors le grand-œuvre de Liturgy, ʺH.A.Q.Q.ʺ (2019), qui fait suite au départ de Tyler Dusenbury et Greg Fox, respectivement remplacés par Tia Vincent-Clark (basse) et Leo Didkovsky (batterie). ʺH.A.Q.Q.ʺ (qui veut dire Haelegen Above Quality and Quantity, comprenne qui pourra) représente un changement de direction radical par rapport aux œuvres précédentes. C’est toujours inaudible pour certains, mais ça s’enrichit d’éléments de musique classique et d’électro, pour un résultat sidérant. Dans la substance, on vole aussi très haut puisque Hunter Hunt-Hendrix, qui vient de faire son coming-out, exprime ici sa vision marxiste et psychanalytique de Dieu. Tiens, je crois que je vais m’abonner à Spirou Magazine, moi…

Comme nous sommes toujours dans la totalité totalisante avec Liturgy, Hunter Hunt-Hendrix a composé en même temps que ʺH.A.Q.Q.ʺ les morceaux qui vont suivre dans la foulée sur ʺOrigin of the Alimoniesʺ. C’est là où on en arrive à la perichoresis et au système de Kabbale transcendantale, un truc à faire exploser le cerveau de n’importe quel astrophysicien. Cet album est sans doute le plus achevé du groupe, avec une association entre black metal, minimalisme, musique de club ou même musique classique venant du romantisme anglais du 19e siècle. Ici, Hunter Hunt-Hendrix et son équipe nous sortent un arsenal musical proprement sidérant, avec section d’instruments à cordes et des jongleries utilisant la microtonalité, l’improvisation libre, des structures à mesures différenciées et même les techniques du leitmotiv chères à Richard Wagner. Ajoutez de la flûte, du piano, de la harpe, des cuivres et bien sûr des interventions aux instruments électriques du black metal servis par un chant hurlé et gluant et on se retrouve avec une œuvre aberrante d’originalité, sublime de folie et terrassante de violence intérieure.

Mais en plus, il y a une histoire, car c’est un opéra, en fait. On est dans l’explosion cosmogonique traumatique entre Oioion et Siheymn, des dieux imaginaires qui ont enfanté la civilisation à partir de leurs larmes, produisant également les quatre Alimonies de l’univers intelligible. Il paraît que c’est aussi une allégorie sur les territoires se situant entre l’industrie de la musique, le monde de l’art et la philosophie contemporaine. Notre monde ne vient de nulle part et n’est qu’à moitié compréhensible s’il est placé dans des cadres établis. S’il y en a qui ont tout compris, je leur adresse mes félicitations.

Question bla-bla, ʺOrigin of the Alimoniesʺ est un peu risible, mais musicalement, il se pose comme un des disques les plus originaux de ces vingt dernières années.

Le groupe :

Hunter Hunt-Hendrix (chant, guitare, production)
Bernard Gann (guitare)
Tia Vincent-Clark (basse)
Leo Didkovsky (batterie)

Eve Essex (flutes, saxophone)
Nate Wooley (trompette)
Josh Modney (violon)
Carrie Frey (viole)
Caleigh Drane (violoncelle)
James Ilgenfritz (contrebasse)
Eric Wubbels (piano, orgue)
Marilu Donovan (harpe)

L’album :

ʺThe Separation of HAQQ from HAELʺ (04:31)
ʺOIOION’s Birthʺ (01:47)
ʺLonely OIOIONʺ (04:40)
ʺThe Fall of SIHEYMNʺ (04:47)
ʺSIHEYMN’s Lamentʺ (03:41)
ʺApparition of the Eternal Churchʺ (14:02)
ʺThe Armisticeʺ (03:47)

https://liturgy.bandcamp.com/album/origin-of-the-alimonies-2
https://www.facebook.com/pages/Liturgy-band/203011183074875?fref=mentions

Pays: US
Autoproduction
Sortie: 2020/11/20

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