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MOOP – Ostara

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Moop voit le jour à Poitiers en 2013. C’est d’abord un quatuor rassemblé autour de William Brandy (saxophone baryton), Maxime Roger (saxophone baryton), Julien Coupet (guitare) et Erwin Toul (batterie). Ces garçons consacrent leur temps et leur énergie à la construction d’une musique expérimentale qui dresse des ponts de lianes entre les falaises du jazz et celles du rock. Le groupe sort un premier album éponyme en 2017, d’abord à compte d’auteur puis en collaboration avec le label allemand Tonzonen, suite à la réputation gagnée par ce premier disque dans différents endroits de l’univers numérique, où des auditeurs se sont avérés conquis par le style de Moop.

Ce premier album affichait encore un certain respect des conventions jazz rock avec des compositions certes aventureuses mais tenues dans des cadres définis où les saxophones interagissaient avec la guitare et la batterie au terme de durées de morceaux relativement courtes (5 à 6 minutes de moyenne). Un certain humour pince-sans-rire affleurait également sur les intitulés des morceaux (ʺMéfions-nous d’Epicureʺ, ʺTourments d’un socialiste sous un gouvernement romʺ). Ces titres ne trouvaient aucun développement littéraire puisque l’album était entièrement instrumental.

Le deuxième album ʺOstaraʺ est toujours aussi instrumental mais il se différencie de son prédécesseur sur plusieurs points. D’abord, le groupe est réduit à un trio, Maxime Roger ayant abandonné la formation. On ne sait pas s’il est parti en retraite spirituelle au Tibet, est devenu garçon de ferme dans le Wyoming, a ouvert un tripot clandestin à Vaison-la-Romaine ou a été mangé par ses camarades suite à un pari perdu mais le fait est qu’il n’est plus dans le coup. Ça arrive.

Ensuite l’album est plus court, avec seulement quatre morceaux mais dont certains se sont considérablement étendus en durée (11 minutes pour deux d’entre eux, 7 pour le troisième, 4 pour le quatrième). Et surtout, il est beaucoup plus déstructuré que le premier. Et même si ʺMoopʺ avait son petit grain de folie, il restait ʺorchestréʺ du fait de la présence de deux saxophones agissant comme une section de cuivres. Ici, il n’y a plus qu’un seul saxophone qui doit développer beaucoup d’énergie pour se fracasser et rebondir sur les plans rythmiques audacieux d’Erwin Toul.

Dès les premiers instants du disque, on entre dans des espaces sonores déstructurés, presque cosmiques, avec une batterie très économe de ses coups, afin de laisser la place à des émanations de guitare et de saxophone partis dans des voyages non mélodiques, sans doute improvisés mais dont la teneur rappelle quand même quelques ancêtres classiques, comme King Crimson ou Soft Machine, et aussi quelques exemples plus récent comme Gosdpeed You! Black Emperor. L’empreinte Soft Machine se ressent surtout sur le deuxième morceau ʺ#euleʺ, avec ces progressions de saxophone qui répliquent à une batterie chahutée et imprévisible. Sur la plage titulaire ʺOstaraʺ (dont le nom vient d’une fête païenne printanière en Europe centrale), Moop utilise la réverbération à outrance, ce qui a un peu tendance à secouer l’auditeur et troubler son voyage sonore. Cette avancée en saccade finit par déboucher sur une explosion progressive intense qui nous aura occupés onze minutes en tout. On est alors mûrs pour une phase plus détendue terminant l’album, avec les quatre minutes de ʺPapatte douceʺ, encore un titre rigolo qui tire davantage vers les horizons du zeuhl, avec ses bruitages qui viennent piquer le cours des choses de temps à autre. On finit dans des crissements de guitare portés par une rythmique têtue et puissante.

Entre sonorités des années 70 et audace contemporaine, Moop s’affirme comme un groupe sûr de son affaire, à l’aise dans l’avant-garde et expert en technique pointue. Il sera certainement très intéressant de suivre les épisodes suivants de ce combo imaginatif.

Le groupe :

William Brandy (saxophone baryton)
Julien Coupet (guitare)
Erwin Toul (batterie)

L’album :

ʺManlayl – half completed / half startedʺ (11:27)
ʺ#euleʺ (7:40)
ʺOstaraʺ (11:31)
ʺPapatte douceʺ (3:17)

https://moopercrew.bandcamp.com/album/ostara
https://www.facebook.com/moopercrew/

Pays: FR
Tonzonen Records
Sortie: 2021/02/26

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