JACK DUPON – Bascule à vif

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La France, pays aux 400 fromages, est aussi un pays grouillant de groupes rock dont la variété et la diversité apportent au paysage musical les traits d’une mosaïque touffue et complexe. Au moment où la France se met au rock contemporain influencé par les jeunes formations anglaises ou américaines, il ne faut pas oublier une certaine tradition de rock progressif qui s’était développé dans le pays avec Gong ou Magma. Le but était de déstabiliser les valeurs rock considérées comme acquises et non négociables pour faire basculer la musique dans de nouvelles sphères inconnues et encore vierges.

Jack Dupon est actuellement (avec Dionysos) l’un des derniers représentants de ce rock progressif français un peu fou, surréaliste et en perpétuelle rupture. Comme Jack Dupon n’est pas encore connu dans le monde entier, quelques présentations s’imposent. Le groupe démarre en Auvergne en 2011 autour des lycéens Thomas Larsen, Gregory Pozzoli et Arnaud M’Doihoma, qui improvisent entre eux la musique qui leur passe par la tête. C’est une rencontre en 2004 avec Philippe Prebet qui scelle le destin de Jack Dupon, créé à cette occasion. Philippe Prebet a trente ans de plus que ses autres petits camarades. C’est une figure de l’underground français, avec des débuts en 1970 comme guitariste dans le groupe Ultima Verba, puis Dagon en 1972 et enfin Anatole en 1973. Après quelques années passées hors du milieu musical, Philippe Prebet monte le groupe Bleu De Chauffe en 1992, avec trois albums au compteur.

La première production de Jack Dupon s’appelle “L’africain disparu” et sort en 2006, année qui voit aussi la réalisation du clip “La secte des mouches”. Ce clip délirant annonce la musique de Jack Dupon : folle, décalée et irréprochable du point de vue technique. Le groupe ne tarde pas à faire valoir ses qualités en remportant divers concours en 2007 : le Bilborock de Bilbao (où il termine quatrième, avec en prime le prix du meilleur bassiste pour Arnaud M’Doihoma), puis le tremplin de Brugheas où il est premier.

Après avoir fait sensation au festival Rock Preserv en 2008 et gagné l’estime des radios avec son titre “Pig monster”, Jack Dupon signe sur le label français Musea pour la sortie de son deuxième album “L’échelle du désir” en 2008. Celui-ci est très bien reçu au Québec et le clip “Pig monster” de 2009 continue de montrer la folie visuelle du groupe, qui joue un rock progressif nerveux et haché, dans un genre que l’on appelle le rock in opposition (ou RIO pour les intimes). Le troisième clip “La cousine du grand mongol” persiste dans le côté zinzin, entre un visuel digne des groupes punk français des eighties (les Satellites) et des paroles rappelant le génie de Bobby Lapointe.

Le groupe étend ses activités sur scène en 2009 en présentant son album en France et en Europe, puis aux États-Unis où il débarque en 2010. Les Américains peuvent ainsi apprécier le show percutant de Jack Dupon et, même s’ils ne comprennent pas les paroles surréalistes et absurdes, ils sont néanmoins bluffés par ce groupe de Frenchies qui sème un joyeux bordel sur scène. C’est aux States que Jack Dupon a l’occasion d’enregistrer son troisième album “Démon hardi”, dont la promotion en 2011 emmène le groupe à travers toute l’Europe, où il s’impose comme le groupe progressif français non commercial le plus fou de la planète.

C’est en live que Jack Dupon affiche son meilleur potentiel. Le nouvel album “Bascule à vif” le montre bien avec cette collection de titres bien fous qui couvrent en deux CD une rétrospective des albums de Jack Dupon. “Le labyrinthe du cochon”, “Jeudi (de) poisson”, “La marmite du pygmée”, “Le château de l’éléphant”, “Cravate sauvage”, “Oppression, dépression, les valeurs du cool” – ici dans des versions étirées flirtant immanquablement avec les dix minutes – proviennent de l’album “Démon hardi” et constituent la grande majorité de ce concert enregistré à Clermont-Ferrand, le fief de Jack Dupon. C’est surtout l’impressionnante fresque “La secte des mouches, le sacre de la reine, mille millions de mouches molles” et sa demi-heure de folie musicale qui sert de plat de résistance à cet album délirant, incroyable, qui s’étend sur près de deux heures et qui ferait passer Dionysos ou Philippe Katerine pour des compositeurs de menuet. Et de surcroît, la magnifique pochette colorée et psychédélique du CD termine de charmer l’auditeur.

Oubliez les BB Brunes ou les Plastiscines et lâchez-vous dans la musique farfelue et hallucinée de cette bande de zozos qu’est Jack Dupon, dont on ne doit pas oublier qu’ils sont aussi des musiciens extrêmement affûtés. Les prochains concerts du groupe au printemps et en été vont venir frapper l’Espagne, le sud de la France, l’Allemagne et la Pologne. Espérons que Jack Dupon se souvienne qu’il y a en Belgique des gens qui parlent français et qui seront heureux de venir l’écouter sur scène.

Pays: FR
Musea FGBG 4893
Sortie: 2012

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