ROSE TATTOO – Outlaws

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Question : vaut-il mieux réenregistrer un album classique qui a fait ses preuves ou tenter de sortir un nouvel album médiocre? C’est la question que se sont posé les vieux briscards de Rose Tattoo au moment d’effectuer un come-back discographique treize ans après leur dernier album. Et finalement, le choix de revisiter les chansons immortelles du premier album ʺRose Tattooʺ de 1978 a été la solution suivie par le groupe d’Angry Anderson et on conclura avec lui que c’était sans doute le bon choix.

Rose Tattoo, les concurrents les plus dangereux d’AC/DC dans cette Australie électrique de la fin des années 70, appartient à ces groupes de légende qui ont fait sauter les kangourous plus haut qu’ils ne devaient avec une poignée d’albums forgés à l’aune d’un rock ‘n’roll hargneux et sans compromis. Et après près de 45 ans de carrière, entrecoupés d’une séparation d’une dizaine d’années entre 1987 et 1998, que doit-on retenir de Rose Tattoo? Trois albums en béton armé, ʺRose Tattooʺ (1978), ʺAssault and batteryʺ (1980) et ʺScarred for lifeʺ (1982), suivi par deux autres albums dans les années 80, puis deux autres dans les années 2000, beaucoup moins percutants.

Et dans ce brelan d’albums à tout casser, le premier reste la carte maîtresse. Sorti en novembre 1978, produit par Vanda & Young (les producteurs des premiers AC/DC), ce disque devient rapidement un classique des albums de rock australien. Rugueux, vil dans tous ses aspects, ce premier album aligne une rafale de petits titres colériques et brutaux, à la rythmique primitive et saccadée et qui laisse la place belle à une guitare slide épileptique et au chant hurlé d’Angry Anderson. On peut se torturer le bulbe rachidien à l’écoute de ʺRock’n roll outlawʺ, ʺNice boysʺ, ʺOne of the boysʺ, ʺRemedyʺ, ʺTVʺ, ʺTrampʺ et ʺAstra wallyʺ, sans parler de ʺBad boy for loveʺ. Cette chaîne d’excitation électrique est juste interrompue par deux titres qui détonnent par rapport au reste : une ballade pas très réussie (ʺStuck on youʺ) et surtout le terrible blues homérique ʺThe butcher and Fast Eddieʺ, qui raconte l’histoire d’un règlement de comptes entre chefs de clans de voyous locaux dans une atmosphère glauque et urbaine. Ce titre-fleuve de plus de cinq minutes (une durée immense comparée aux autres) est le ʺAutant en emporte le ventʺ du hard rock boogie né au fond de la rue. Avec le temps, l’efficacité de ce premier effort n’a jamais perdu une once de puissance.

C’est sur son premier enfant que le vieil Angry Anderson et ses sbires se penchent à nouveau pour en faire une version renouvelée. Angry Anderson est le dernier survivant du line-up original de Rose Tattoo mais il a recruté des spadassins ayant usé leurs instruments dans quelques groupes australiens incontournables. Ce n’est ni plus ni moins que le premier bassiste d’AC/DC, Mark Evans, qui a repris la quatre-cordes. La guitare est tenue par un autre vieux sergent-chef du hard australien, Bob Spencer, qui avait recruté Mark Evans dans son groupe Finch en 1977. Deux petits jeunes complètent la formation : Dai Pritchard à la guitare slide et Jackie Barnes (fils du légendaire Jimmy Barnes) à la batterie.

Les gens de Rose Tattoo ne vont pas se contenter de recopier à l’identique le premier album du groupe, en respectant l’ordre des chansons et en reproduisant les mélodies au demi-ton près. D’abord, le groupe ajoute des titres nouveaux par-ci par-là (ʺSweet love (rock ‘n’ roll)ʺ, ʺRosettaʺ) et refait aussi une version de ʺSnow queenʺ, qui figurait en face B du premier 45 tours sorti en 1977. Ensuite, il repense en profondeur certains morceaux, comme le fabuleux ʺThe butcher and Fast Eddieʺ, vu autrement mais toujours aussi dramatique dans son esprit. Autre réussite, la reprise de ʺRock ‘n’ roll outlawʺ, plus bluesy mais aussi plus puissante. Même ʺStuck on youʺ retrouve une petite fraîcheur sous ses nouveaux atours. Et l’on prend toujours plaisir à se faire masser les tympans par les costauds ʺOne of the boysʺ, ʺTrampʺ, ʺRemedyʺ ou ʺTVʺ, avant l’assaut final des classiques ʺAstra Wallyʺ et ʺNice boysʺ. Ici, Angry Anderson, 72 ans aux prunes, fait tonner les cordes vocales et relance la grande bagarre du rock ‘n’roll. Bon, il faut admettre que face à l’impériale et indépassable version originale, la reprise de ʺNice boysʺ est un exercice respectable mais pas vraiment bouleversant, qui se défend quand même avec un petit pot-pourri des classiques du rock ‘n’roll Fifties à la fin.

Bref, ça rocke toujours dru dans la maison de repos et Papy Anderson ne s’est toujours pas décidé à chausser les pantoufles pour regarder les épisodes de ʺDerrickʺ à la télé. On le remercie pour tout ce qu’il a fait pour le rock ‘n’roll et si cet album ʺOutlawsʺ devait être le dernier de Rose Tattoo, il serait un très bon dernier épisode, à la place d’un nouvel album qui aurait pu être un naufrage. Keep on rockin’, Angry!

Le groupe :

Angry Anderson (chant)
Bob Spencer (guitare)
Mark Evans (basse)
Dai Pritchard (guitare slide)
Jackie Barnes (batterie)

L’album :

ʺOne of the Boysʺ
ʺSweet Love (Rock N Roll)ʺ
ʺTrampʺ
ʺSnow Queenʺ
ʺRock ‘N’ Roll Outlawʺ
ʺThe Butcher and Fast Eddyʺ
ʺRemedyʺ
ʺTVʺ
ʺStuck On Youʺ
ʺAstra Wallyʺ
ʺBad Boy for Loveʺ
ʺNice Boysʺ
ʺRosettaʺ (titre bonus)

https://www.facebook.com/RoseTattoo/

Pays: AU
Cleopatra Records
Sortie: 2020/03/06

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