ULVEBLOD – Omnia mors aequat

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Ah, que n’a-t-on pas vécu d’expériences sonores intrépides, parcourant sans cesse une route descendant toujours plus radicalement dans les profondeurs de l’abyme musical extrême ! Je me souviens, j’étais encore un petit jeune quand Venom a débarqué, en 82. On se disait que ce genre de truc ne pourrait jamais être dépassé en matière d’extrême métallique. Puis il y a eu Bathory qui a été encore plus loin, et qui a été dépassé par Mayhem, lui-même dépassé par Immortal. On pensait être arrivé au bout du bout mais c’est sur le front de l’ambient et du drone qu’on a recommencé à pousser vers l’indépassable, surtout avec Sunn O))). Et puis tout s’est mélangé et on n’a plus rien compris. Il y a eu récemment des dingueries incommensurables comme Amen Ra, Wiegedood, Agoraphobic Nosebleed ou Gnaw Their Tongues. Encore ici, on pensait avoir atteint les Colonnes d’Hercule, derrière lesquelles il n’y aurait que vide et néant, l’impossibilité d’aller plus loin. Et pourtant…

Le nouveau Christophe Colomb de l’impossible, celui qui a quitté les lieux balisés du métal extrême pour se lancer à la conquête d’une Terra Incognita de l’outrance musicale s’appelle Ulveblod. Ici, les amis, je me demande bien qui aura l’idée, le courage, l’inconscience ou le génie d’aller encore plus loin. Ulveblod, c’est indicible, ineffable, traumatique, ahurissant. Ces gens font passer Immortal ou Cradle Of Filth pour l’orchestre de Ray Ventura.

Ulveblod trouve ses origines dans Nihill, duo de black metal particulièrement tourmenté ayant hanté les rues de Tilburg entre 2007 et 2019. Les responsables de l’affaire sont des gens nommés M. (alias Michiel Eikenaar) et Vitriol (ou Vincent Koreman, pour les services de sécurité sociale). Nihill afflige l’occident chrétien de quelques albums apocalyptiques : ʺKrachʺ (2007), ʺGrondʺ (2009), ʺVerdonkeermanʺ (2012), ʺThe abyss stares backʺ (split album avec les Belges d’Alkerdeel, 2014) et ʺVerderfʺ (2014). Le duo maudit espérait sans doute devenir le plus grand groupe du monde mais des événements funestes en décident autrement. Le cancer emporte le chanteur M. sur les terres de ses ancêtres en 2019 et Vitriol se retrouve seul.

C’est donc seul que Vitriol continue le combat avec Ulveblod, un projet qu’il mène de A à Z et dont les chansons sont enregistrées avec quelques musiciens invités, non-titularisés dans le groupe pour autant. Est-ce la colère et le chagrin dus à la perte de l’ami cher, ou simplement une disposition d’esprit particulièrement encline à la dévastation, toujours est-il que cet album ʺOmnia mors aequatʺ (la mort nous rend tous égaux) est une descente dans le gouffre de l’extrême absolu. Durant la descente, on descelle tous les pitons de la paroi et on brûle la corde une fois arrivé en bas : plus question de remonter. Il faudra lutter face à face contre d’indescriptibles monstruosités sonores (ʺSeven heads, ten hornsʺ, ʺPurified by fyreʺ, ʺIn the shadow of Sephirah Keterʺ, ʺChaosophyʺ). Ici, c’est un éboulement permanent et sans cesse renouvelé de hurlements suraigus, de vrombissements agressifs de guitares crasseuses, de rythmiques dissonantes et chaotiques. C’est l’enfer sur terre, comme semble le suggérer le titre ʺIn the shadow of Sephirah Keterʺ, c’est-à-dire l’envers de la Sephirah du Keter, la plus haute puissance créatrice dans les lois de l’univers énumérées par la Kabbale juive. Le démon se cache derrière les plus belles choses et démontre encore une fois que l’enfer est pavé des meilleures intentions.

Mais le vrai démon, le monstre absolu qui règne au fond du gouffre d’ʺOmnia mors aequatʺ, c’est l’invraisemblable dernier morceau ʺThe dying wound of Godʺ et ses 21 minutes de vacarme éternel, marqué par une batterie hypnotique émergeant d’un gargouillis purulent de cris atroces et de tourbillons brûlants d’effets électroniques dévorant les guitares. On ressort de là en tremblant à l’idée que l’enfer pourrait bien être l’écoute pour l’éternité d’un morceau aussi dérangeant.

Donc, faites bien vos prières le soir, soyez gentils avec les vieilles dames, ne volez pas dans la caisse et n’organisez aucun crime contre l’humanité, ne pensez même pas à arracher les ailes des mouches si vous ne voulez pas vous retrouver en enfer pour le restant de l’éternité. Parce que si l’enfer, c’est d’écouter Ulveblod tout le temps… En même temps, tant qu’on est dans la vie terrestre, je ne saurais trop vous conseiller d’expérimenter ce disque, comme ça, juste pour avoir une idée de ce que peut être un point de non-retour.

Le groupe :

Vitriol (tout)

L’album :

ʺSeven Heads And Ten Hornsʺ (05:28)
ʺPuryfied By Fyreʺ (05:12)
ʺIn The Shadow Of Sephirah Keterʺ (04:51)
ʺChaosophyʺ (05:00)
ʺThe Dying Wound Of Godʺ (21:21)

https://fantoom.bandcamp.com/album/ulveblod-omnia-mors-aequat

Pays: NL
Consouling Sounds
Sortie: 2020/04/17

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