VARIOUS ARTISTS – Doomed or be doomed: A French tribute to Cathedral

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En matière de doom metal, Black Sabbath a tout inventé, mais c’est sans doute Cathedral qui a le mieux poursuivi l’œuvre des maîtres forgerons de Birmingham, et en tout cas a le mieux incarné l’esprit de ce style ultralourd et ultra-lent du heavy metal. C’est vrai qu’à côté du death, du black ou du thrash, où les cervicales sont extrêmement sollicitées, le doom metal permet de souffler un peu, de balancer mollement la tête en imaginant des forêts sombres où il se passe de drôles de sabbats autour du Grand Cornu. Cathedral, c’était ça mais aussi plus. Le groupe de Lee Dorrian et Gaz Jennings n’a pas eu son pareil pour donner au doom metal, naturellement triste, un côté vivace et à la limite festif. Après l’écoute d’un album de Cathedral, on n’a jamais envie de se tailler les veines, ce qui est moins garanti après l’écoute d’un disque de Candlemass ou de My Dying Bride. Durant les années 1990 et une bonne partie des années 2000, Cathedral a établi les lettres de noblesse du doom metal au travers de grands albums comme ʺForest of equilibriumʺ (1991), ʺThe ethereal mirrorʺ (1993), le classique ʺCarnival bizarreʺ (1995), ʺSupernatural birth machineʺ (1996), ʺCaravan beyond redemptionʺ (1998), ʺEndtymeʺ (2001), ʺThe VIIth comingʺ (2002) et même les plus récents ʺThe garden of unearthly delightsʺ (2005), ʺThe guessing gameʺ (2008) et ʺThe last spireʺ (2013). Depuis ce dernier album, on dit que Cathedral est dissous mais un espoir de reformation existe toujours, on ne sait jamais.

Un groupe de la trempe de Cathedral, qui a repris des chansons de Black Sabbath et même de Curved Air, méritait bien de faire l’objet d’un album de reprises de ses propres œuvres, ce n’est que justice. C’est chose faite ici avec cet intéressant album de reprises en provenance de groupes français, ce qui constitue vraiment une surprise. D’abord parce que c’est bon de voir des Français rendre finalement hommage à des Anglais, peu rancuniers au sujet de la Guerre de Cent Ans, de Waterloo, de Fachoda, Mers El-kébir et autres avanies historiques que les Anglais n’ont jamais manqué d’infliger aux Français. Ensuite parce que ça permet de découvrir toute une scène doom metal française qui se manifeste sur cet album mettant en lice une bonne douzaine d’entre eux. Qui aurait pu se douter que le pays de Mireille Mathieu et de Sacha Distel aurait pu cacher une scène aussi obscure que celle du doom metal?

Voici donc une occasion de faire connaissance avec des combos comme Pillars, Goat River, Lux Incerta, Misanthrope, Presumption, Ataraxie, Barabbas, Monolithe, Conviction, Northwinds, Father Merrin ou Dionysiaque qui vont chacun se livrer à une reprise d’un morceau de Cathedral. Le projet de cet album est né sur Internet, où le label Sleeping Church Records a lancé un appel à candidature via les réseaux sociaux pour trouver des volontaires repreneurs ou re-bâtisseurs de Cathedral. Il en résulte ce disque dont la sélection de morceaux est intéressante. D’abord, et c’est un peu curieux, il n’y a nulle trace d’un titre en provenance de ʺCarnival bizarreʺ, et donc pas de trace du fameux ʺWitchfinder generalʺ, le plus visible des morceaux de Cathedral. Mais c’est peut-être par souci de cultiver un certain esprit underground que les groupes de cette compilation ont résolument choisi d’éviter cette chanson à la limite ʺgrand publicʺ de Cathedral. Ensuite, l’œil aguerri qui analyse la liste des morceaux de cette compilation remarque que le premier morceau ʺMorning of a new dayʺ est le premier morceau du premier EP ʺIn memoriumʺ de Cathedral (1990) alors que le dernier titre ʺThis body, thy tombʺ est le dernier morceau du dernier album ʺThe last spireʺ paru en 2013. Une façon symbolique d’ouvrir et de fermer un cercle, en quelque sorte.

Cette liste de morceaux va surtout faire la part belle à l’album ʺForest of equilibriumʺ, le premier grand classique de Cathedral paru en 1991. Cinq morceaux de cet album sont effectivement représentés, le second plus gros contingent de deux chansons allant à ʺThe ethereal mirrorʺ, puis une chanson chacun pour ʺSupernatural birth machineʺ, ʺCaravan beyond redemptionʺ, ʺThe VIIth comingʺ et ʺThe last spireʺ. On remarque également que ces titres sont placés dans un ordre chronologique rigoureux. Certains groupes font une lecture fidèle de l’original (par exemple des Toulousains de Goat River pour ʺEbony tearsʺ, les Parisiens de Lux Incerta pour ʺSerpent eveʺ). D’autres combos n’hésitent pas à s’approprier plus intimement le morceau qu’ils reprennent, comme Misanthrope qui a traduit les paroles originales de ʺSoul sacrificeʺ en français. Ataraxie adapte l’introduction de ʺReaching happiness, touching painʺ au saxophone et non pas à la flûte comme sur l’original. Mais le prix de l’originalité revient sans conteste à Barabbas, qui transfigure totalement le morceau ʺRideʺ, rebaptisé pour l’occasion ʺLa cathédrale de la sainte rédemptionʺ. Le texte est en français et les paroles de Barabbas n’ont plus rien à voir avec le texte anglais. On citera encore les intéressantes versions de ʺEnter the wormsʺ par un Monolithe ayant opté pour un chant plus death, un rythme beaucoup plus lent que l’orignal pour le ʺStained glass horizonʺ de Conviction, Northwinds donne un rendu plus sobre (et un peu timoré, il faut le dire) du puissant « Voodo fire », Father Merrin colle fidèlement au sillage du brutal « Congregation of sorcerers ». Il revient à Dionysiaque de terminer le disque avec « This body, thy tomb », dont il respecte la lenteur, l’agressivité latente et le côté crépusculaire. Une fin très digne pour une succession de reprises très convaincantes.

Un mot enfin sur la pochette. Je ne sais pas si les créateurs de cette compilation ont voulu aussi copier le style inimitable et fantastique des pochettes de Cathedral dessinées par Dave Pratchett, mais le résultat a tendance à tomber un peu à côté. Mais qu’importe le contenu puisque le contenu est tout à fait réjouissant. La liste des morceaux ci-dessous indique aussi la ville d’origine des groupes qui les jouent, pour que tout soit bien clair dans les esprits.

Les groupes et les chansons :

Pillars (Nice) – Morning of a new day (du EP ʺIn memoriumʺ, 1990)
Goat River (Toulouse) – Ebony tears (de l’album ʺForest of equilibriumʺ, 1991)
Lux Incerta (Paris) – Serpent eve (de l’album ʺForest of equilibriumʺ, 1991)
Misanthrope (La Ferté-sous-Jouarre) – Soul sacrifice (de l’album ʺForest of equilibriumʺ, 1991)
Presumption (Le Mans) – Equilibrium (de l’album ʺForest of equilibriumʺ, 1991)
Ataraxie (Rouen) – Reaching happiness, touching pain (de l’album ʺForest of equilibriumʺ, 1991)
Barabbas (Combs-la-Ville) – La cathédrale de la sainte rédemption (Ride) (de l’album ʺThe ethereal mirrorʺ, 1993)
Monolithe (Paris) – Enter the worm(hole)s (de l’album ʺThe ethereal mirrorʺ, 1993)
Conviction (Gisors) – Stained glass horizon (de l’album ʺSupernatural birth machineʺ, 1996)
Northwinds (Paris) – Voodoo fire (de l’album ʺCaravan beyond redemptionʺ, 1998)
Father Merrin (Ligny-en-Barrois) – Congregation of sorcerers (de l’album ʺThe VIIth comingʺ, 2002)
Dionysiaque (Strasbourg) – This body, thy tomb (de l’album ʺThe last spireʺ, 2013)

https://sleepingchurchrds.com/index.php
https://www.facebook.com/sleepingchurchrecords/

Pays: FR
Sleeping Church Records
Sortie: 2019/08/13

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