Alcatraz Metal Festival 2011 : Are You Metal ?

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L’Alcatraz Métal Festival est l’un de nos rendez-vous favoris de l’été. À mille lieues des machines de guerres que sont le Graspop ou le Wacken, l’Alcatraz est, avant tout, un événement aux dimensions humaines : une seule journée, au sec, à une distance raisonnable de la civilisation. Bref, ultraconfortable lorsqu’à l’instar de votre serviteur, on n’est plus vraiment un perdreau de l’année. Inutile de préciser que l’affiche, faisant plus souvent qu’à son tour la part belle aux antiques formations qui ont bercé notre tendre jeunesse, est un plus indéniable. Mais à titre personnel, je vous avouerai que ce qui me plaît le plus dans cette expédition annuelle au Brielpoort de Deinze, c’est de pouvoir réquisitionner les services photographiques de l’ami Bernie. Quel plaisir (NDR : un peu pervers, je l’admets volontiers) que de voir ce rescapé d’un mouvement punk soi-disant pas mort, hautement allergique au métal classique, s’ennuyer royalement pendant une journée entière, alors que moi, je prends un pied d’enfer !

Il n’y a ni embouteillages, ni travaux de voirie sur la route du ‘Nord’ en ce samedi 27 août 2011. Nos épouses ne nous accompagnent pas et nous ne devons donc pas patienter des heures tandis qu’elles se repoudrent le nez. Le faiseur d’images et moi-même n’avons donc aucune excuse (avouable) pour avoir manqué les prestations de Guilty As Charged et After all. Une faute de plus s’ajoutant à l’addition qu’il nous faudra probablement payer au moment du jugement dernier.

Il est douze heures trente lorsque nous pénétrons dans l’enceinte du Brielpoort. Anacrusis vient de débuter son set. Le keupon se rue vers le frontstage afin de faire parler son flash tandis que je découvre avec curiosité ce groupe culte (NDR : sa formation date de 1986) sur lequel j’avais inexplicablement fait l’impasse jusque-là. Une erreur manifestement impardonnable puisque dans son genre, ce quatuor originaire de Saint-Louis dans le Missouri est plus qu’excellent. La combinaison alambiquée de thrash métal et de progressif fait beaucoup penser à Cynic ou à Pestilence. Kenn Nardi, le vocaliste/guitariste, enchaîne avec aisance les voix hurlées et le chant clair tandis que ses compagnons associent les riffs les plus puissants aux rythmiques les plus complexes. Voilà qui donne envie de se pencher un peu plus sérieusement sur la discographie du groupe.


Cette année, les organisateurs du festival ont préféré installer la seconde scène sous un chapiteau plutôt que dans sa salle exiguë située à l’étage du Brielpoort. Bernie, qui a miraculeusement survécu à la catastrophe du Pukkelpop, n’est pas vraiment rassuré à l’idée de se poster sous une structure métallique branlante alors qu’au loin le temps semble vouloir se gâter. Quelques ‘pintjes’ absorbées à des fins purement thérapeutiques et l’appel envoûtant de la musique punkisante d’Emperors Of Decay ont vite fait de lui ôter ses inhibitions. Les Louvanistes, qui ont gagné leur participation à l’Alcatraz par le biais d’un concours, démarrent leur set par une intro instrumentale Iron Maidenesque et surprennent ensuite l’assistance en balançant un set aussi agressif que sympathique. Le style du groupe, mélange savoureux de punk et de métal, rappelle par moment le défunt Warrior Soul.

Helstar a déjà foulé les planches de l’Alcatraz en 2009. Une rumeur balancée sur la toile il y a quelques semaines affirmait que, pour varier les plaisirs, le mythique combo texan axerait sa prestation du jour sur les trois premiers opus de sa carrière. Fan inconditionnel du “Burning Star” de 1984, et du “Remnants Of War” de 1986, c’est avec une impatience difficilement contenue que je me dirige vers la scène principale, prêt à me prosterner devant James Rivera et ses sbires. Bien que le concert soit d’excellente qualité, force est de constater qu’une fois encore la toile a menti. Seuls “Conquest” et “Run With The Pack” sont extraits des deux plaques mythiques. Ma déception personnelle du jour.

Avant de rejoindre la tentstage pour prendre ce qui sera probablement notre claque de la journée, je m’attarde un peu sur la tenue de mon compagnon de route. Cette année, l’ignoble keupon semble avoir décidé de s’intégrer à la foule métallique. Plutôt que de s’accoutrer de ses habituelles guenilles estampillées du logo des Ramoneurs, des Pistolets du Sexe ou des Kennedys Morts, Mr ‘No Future’ a dépossédé le relais Emmaüs du coin d’un T-Shirt vintage aux couleurs nauséabondes de la Slaytanic Wehrmacht. Un effort vestimentaire qu’il fallait absolument souligner.


Pour Bernie et moi, la bonne surprise de l’année arrive en droite ligne des Pays-Bas. Il s’agit d’Izegrim et surtout de Marloes, sa surprenante vocaliste. Imaginez une jolie princesse de contes de fées dotée d’une très très longue chevelure blonde, … qui martèle une quatre-cordes avec la finesse d’un Tom Araya (Slayer) tout en éructant sa haine avec la douceur d’un Shagrath (Dimmu Borgir). Dépaysement garanti. Pas vraiment original, le black/thrash/death de la formation batave obtient tout de même un franc succès grâce à la prestation dynamique de ses musiciens et, bien sûr, au charme dévastateur de sa ‘front-woman’.

Encore sous le charme de la Tulipe Noire et de ses Moulins A Riffs, nous avons un peu de mal à nous intéresser au thrash métal trop classique des californiens de Forbidden. La prestation est ultra-carrée (NDR : avec Gene Hoglan derrière les fûts, il est difficile de faire autrement) mais un peu trop répétitive, voire même insipide. Il s’avère cependant que le reste du public ne se rallie pas à notre avis. Nous en profitons donc pour visiter le site, goûtant ci et là des spécialités locales : une boisson rafraîchissante houblonnée, un mets au goût subtil composé d’un quignon de pain farci d’une saucisse grillée, d’oignons et d’une sauce tomatée.

Au hasard de nos pérégrinations, nous rencontrons notre célèbre ami Tony Carlino accompagné de sa très charmante épouse. Le couple sympathique est très occupé à discutailler des modalités d’un hypothétique reportage photo familial avec l’un des collègues les plus encombrants de notre ami Bernie. Je ne peux m’empêcher de plaindre le couple, car je sais d’expérience qu’il n’est pas facile de se coltiner un photographe ivre ! Profitant de notre présence pour s’extirper du bourbier dans lequel il commençait à s’enliser, l’organisateur du PPM Fest nous confie que les préparatifs de la grande fête montoise du métal vont bon train et que Blind Guardian figure désormais sur la liste des groupes qui, comme Accept et Septic Flesh, se produiront en avril 2012 au Lotto Mons Expo. Une excellente nouvelle pour tous les amateurs de power métal épique.


C’est sous un chapiteau relativement vide que Communic essaie de faire passer son message. Le trash métal progressif, relativement difficile d’accès, du trio semble avoir rebuté la majorité du public qui préfère s’agglutiner devant la grande scène pour ne pas manquer l’entrée du mythique U.D.O.. Tout comme sur album, la musique du combo singe un peu trop celle de Nevermore pour être vraiment intéressante. Nous choisissons donc de suivre le mouvement de la foule et d’aller nous préparer à la prestation du héros teuton de notre jeunesse.

Udo Dirkschneider est l’icône du métal à l’allemande. À près de soixante balais (NDR : il est né en 1952), l’ancien chanteur d’Accept n’a de leçon à recevoir de personne lorsqu’il s’agit de mener un public métal à l’extase. Le petit hurleur à la coupe en brosse, qui sait que la plupart des gens sont venus en espérant l’entendre s’attaquer au répertoire de son ancienne formation, n’hésite pas à interpréter quatre classiques de celle-ci (“Princess Of The Dawn”, “Metal Heart”, “I’m A Rebel”, “Balls To The Wall”). Cerise sur le gâteau, le son qui, tout au long de la journée, sera d’une qualité relativement médiocre s’améliore un peu au cours de sa prestation. Les autres titres interprétés en cette fin d’après-midi revisitent de manière aléatoire la carrière solo du vocaliste : du classique “Animal House” de 1987 aux extraits de “Rev-Raptor”, le dernier opus en date. Assurément l’une des meilleures prestations de la journée.


Vient ensuite l’épineuse question suscitée par Where Angels Suffer : assistons-nous à la prestation d’un ‘super groupe’ ou au retour pathétique de stars déchues ? Where Angels Suffer (W.A.S. pour les intimes) est un projet monté de toutes pièces par Chris Holmes et Randy Piper, les deux anciens guitaristes de W.A.S.P.. Piper a déjà abandonné le navire et a été remplacé par Ira Black, l’ancien six-cordiste de Lizzy Borden, Heathen et Metal Church. À la batterie, on retrouve un autre ex-W.A.S.P., Stet Howland, et à la basse un autre ex-Metal Church, Steve Unger. Le chant est assuré par un inconnu : Rich Lewis. Ce ‘super-line-up’ aurait pu tenir la route si Chris Holmes ne donnait pas l’impression d’être une loque humaine. Le géant tatoué est carrément ridicule. Un slip mal ajusté dépasse de son pantalon en cuir trop serré ; un gilet en cuir entrouvert laisse entrevoir une surcharge pondérale importante ; un visage mal rasé et des yeux dans le vague en disent long sur l’état de fraîcheur de cette star américaine des eighties. Les autres musiciens ont beau assurer comme des bêtes, il est difficile de ne pas prendre Holmes en pitié. La majorité des titres interprétés sont, bien évidemment, des standards de W.A.S.P. : “Hellion”, “L.O.V.E. Machine”, “Animal, Fuck Like A Beast”, “I Wanna Be Somebody”. Rich Lewis est le clone vocal de Blackie Lawless, ce qui apporte malgré tout un peu de crédit à ce triste projet. À oublier ?

Death Angel est l’un des combos les plus attendus de la journée. Il est presque effrayant de constater que, presque trente ans après la formation de leur groupe, Rob Cavestany et Mark Osegueda n’ont pas pris une seule ride. Les thrashers de la Bay Area affichent encore et toujours une pèche incroyable. Les musiciens, nouveaux et anciens, se démènent comme des malades et proposent une prestation plus que convaincante. Malheureusement, le son n’est pas vraiment de la partie. Le timbre vocal particulier d’Osegueda, qui était jadis l’un des atouts principaux de la formation, se perd aujourd’hui dans les nuisances sonores. Sa voix se fait criarde, presque méconnaissable. Les fans de la première heure sont gâtés. Le groupe, qui interprète principalement des titres de son dernier album “Relentless Retribution”, n’hésite pas à puiser à quatre reprises dans son antique premier opus “The Ultra Violence” (1987). Petite déception cependant : Death Angel n’interprète qu’un seul titre de son excellent “Act III” de 1990 et fait carrément l’impasse sur la bombe “Frolic Through The Park” de 1988. Très bon concert tout de même.


C’est à Vicious Rumours que revient ce soir le privilège de clôturer les prestations de la ‘Tentstage’. Ce vétéran de la scène métal californienne, formé en 1980 par Geoff Thorpe, affiche lui aussi un excellent bilan de santé. Brian Allen, le nouveau vocaliste (2009) dispose d’un très joli brin de voix, ce qui fait un peu oublier sa coupe de cheveux ridicule. La qualité sonore, qui semble décliner de groupe en groupe, ne permet cependant pas vraiment d’apprécier le set énergique de la formation. Pour le plus grand plaisir de ses nombreux fans, Vicious Rumours revisite sa discographie classique en interprétant, entre autres, trois plages du “Digital Dictators” de 1988, trois du “Murderball” de 2001 et une du “Soldiers Of The Night” de 1986. À revoir, si possible, dans de meilleures conditions.

Il est 22h30 et le calvaire de Bernie touche à sa fin. Cela fait dix longues heures que le keupon endure une douche incessante d’accords joués sur six cordes ; un œil vitreux et une démarche chevrotante attestent que la bête a beaucoup souffert (NDR : ne serait-il pas temps de me dénoncer à la S.P.A., Société Protectrice des Anarchistes ?). Encore un peu de courage Bernie, tu pourras bientôt retrouver le confort de ta tanière. Mais avant cela, il te faudra encore subir le happy métal d’Helloween. ‘Subir’, le mot est faible puisque le quintette d’Hambourg, ignorant probablement la présence d’un punk dans la salle, s’entête à ressortir tous ces clichés qui, à la fin des seventies, ont énervé nos amis à crête : le solo de guitare, le solo de batterie, la joute vocale entre le chanteur et le public, le headbanging et surtout : la joie de vivre.


Ce qui énerve un peu avec Helloween, c’est que, pour une raison quelconque (contractuelle ?), les teutons n’ont plus le droit d’interpréter les titres de leur premier EP éponyme ni ceux de l’album “Walls Of Jericho” qui a suivi. Inutile donc d’espérer un petit “Ride The Sky” et encore moins un “Starlight” des familles. Par contre, pour ce qui est des “Keepers Of The Seven Keys Part I & II”, pas de souci ; les fans sont aux anges, six titres en sont extraits. Le concert débute sur une question qui semble d’actualité puisqu’elle est inscrite sur la plupart des T-shirts qui nous entourent : “Are You Metal ?”. C’est évidemment le titre d’une plage extraite de “7 Sinners”, le dernier album studio. Ce dernier sera d’ailleurs représenté à 3 reprises. Comme c’était le cas pour U.D.O., le son est devenu relativement correct. Andi Deris (chant) installe une ambiance sympathique et chaleureuse que Michael Weikath (guitare) s’évertue à gâcher par son habituelle attitude dédaigneuse envers le public. Si l’on ne prend pas en compte les soli de batterie et de guitare que, probablement par solidarité avec Bernie, je trouve moi aussi un tantinet gonflant, le concert défile à une vitesse supersonique et nous sommes surpris de voir arriver le dernier accord du fédérateur “I Want Out” qui clôture ce soir la prestation des citrouilles teutoniques.

De l’avis général, ce dernier Alcatraz Metal Festival n’a pas atteint les sommets des géniales éditions précédentes. Une programmation un peu plus faible et un son plus que moyen sont probablement coupables de cet état de choses. Ceci ne nous empêchera probablement pas d’y retourner l’année prochaine !

Les autres photos de

Anacrusis
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Emperors Of Decay
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Helstar


Izegrim
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Forbidden
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Communic
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U.D.O.


Where Angels Suffer
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Death Angel


Vicious Rumours
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Helloween

Photos © 2011 Bernard Hulet

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