Ezra Furman, un ange venu du ciel

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Bien qu’encore relativement inconnu par ici, Ezra Furman a déjà pas mal bourlingué pour ses 31 ans. Un nouvel album sous le bras, il s’est produit ce mercredi 14 février dans une Rotonde du Botanique plus qu’empaquetée. Une Saint-Valentin pas tout à fait comme les autres… En effet, le bonhomme ne passe pas inaperçu. Ouvertement libéré, il porte élégamment la jupe et le maquillage même si à sa place, on aurait laissé tomber le collier de perles. Qu’à cela ne tienne, « Transangelic Exodus », sa septième plaque (et la deuxième chez Bella Union), a séduit la presse musicale qui ne tarit pas d’éloges à son égard et le projette déjà dans les hautes sphères des référendums de fin d’année. Un statut qu’a déjà connu son prédécesseur, « Perpetual Motion People », élu Album of the Month chez Rough Trade en juillet 2015 et premier top 30 anglais de sa carrière.

Entre-temps, il a sabordé son groupe (The Boy-Friends) pour en fonder un autre (The Visions) mais il s’agit en fait exactement des mêmes musiciens. Parmi ceux-ci, on retrouve le producteur et multi-instrumentiste Tim Sandusky qui impressionnera au saxophone ce soir, le bassiste Jorgen Jorgensen, le claviériste et guitariste Ben Joseph ainsi que le batteur Sam Durkes. Mis à part le leader tout de noir vêtu(e), ce petit monde se produit dans un blanc presqu’immaculé qui s’activera en mode cabaret via le saccadé « Come Here Get Away From Me », plantant d’emblée le décor.

« Are we friends or enemies? », lancera le natif de Chicago avant d’attraper une guitare pour « I Lost My Innocence » aux paroles plus qu’explicites (« I lost my innocence to a boy named Vincent and a new existence found me »). Pas étonnant que l’ami Ezra caractérise sa dernière livraison de « Queer outlaw saga ». Un peu plus tard, « Maraschino Red Dress $8.99 At Goodwill » enfoncera le clou avec une interprétation délicieusement maniérée pleine d’autodérision en prime.

A l’arrière de la scène, plusieurs panneaux verticaux illustrés de pictogrammes (que l’on retrouve également dans le leaflet de l’album) entourent un écran supposé diffuser des animations qu’un souci technique nous privera. Un regret à la vision de l’horloge folle dont les heures remplacées par les douze lettres du mot « Transangelic » feront patienter les spectateurs avant le concert. Ceci dit, tant la théâtralité du chanteur que la dextérité de son groupe ou les instruments cocasses utilisés (une basse verticale simplifiée ou une double planche de bois notamment) assureront le spectacle.

Si la voix nasillarde légèrement forcée fait merveille sur l’hymne indie « My Zero » et l’excellent « Driving Down To L.A. »), on ne peut s’empêcher de penser à un jeune David Bowie (« Psalm 151 », le délicieusement sinistre « God Lifts Up The Lowly ») ou à Lou Reed, caméléons avant-gardistes à son image. Mais l’Elton John du début des seventies n’est pas loin non plus (« Suck The Blood From My Wound », le puissant « Tip Of A Match »), tout comme Roxy Music et Electric Light Orchestra (« Love You So Bad »). Des influences hautes en couleur mais pas exclusives, à l’instar de « No Place » au flow aussi urgent que le saxo ou de l’imprévisible « Peel My Orange Every Morning ».

Malgré une set-list kilométrique (dix-neuf titres rien que pour le set principal), la soirée était encore loin d’être terminée lorsque le bonhomme entamera les rappels après une retouche de lipstick. Hésitant entre deux guitares, il choisira finalement l’électrique pour un « Day Of The Dog » en solitaire à tomber. Mais que dire du titre suivant, l’inédit « I Wanna Be Your Girlfriend » au texte à peine ambigu (« I want to be your girlfriend and blow your mind each time you come home ») à la spontanéité désarmante.

C’est à ce moment qu’il mettra définitivement le public en poche (récoltant un triomphe au passage) et se lâchera tout à fait pour un « Restless Heart » de dingue avec son groupe au grand complet. Si le saxophoniste se démarquera encore lors de « Tell ‘Em All To Go To Hell » en version big band et du puissant final « I Wanna Destroy Myself », son intervention lors de « Hounds Of Love », la cover de Kate Bush, sera au moins aussi essentielle que la partie vocale. La communauté transangélique est entre de bonnes mains.

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