Dour Festival 2018 (Jour 3) : Your lucky day

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Troisième étape de notre Dour Festival sous les éoliennes avec une programmation parfaite ce vendredi 13 juillet. Entre dilemmes et concerts immanquables, la journée s’annonçait chargée… Elle débutera sous le Labo avec un projet surprenant. Choolers Division, ce sont deux rappeurs trisomiques qui, à l’image du Wild Classical Music Ensemble dans un autre style, veulent effacer leur différence via la scène. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’ils y parviennent merveilleusement bien. Leur flow tient la route, bien soutenu par quatre bidouilleurs beatmakers dont un agrippera même une guitare. À voir la fierté dans leurs sourires, la mission semble accomplie.

La Petite Maison dans la Prairie accueillait ensuite des habitués puisque les Bruxellois de BRNS en sont déjà à leur quatrième passage à Dour. En à peine douze mois, outre “Holidays” (un EP disponible uniquement en cassette) et “Sugar High” (leur deuxième album), ils ont brillamment concrétisé une collaboration avec Ropoporose et perdu leur percussionniste en chef César Laloux. Ceci dit, il était dans le public et montera même sur scène pour prendre le micro sur “The Missing”.

Pour le reste, le groupe se baladera dans sa courte mais riche discographie parmi laquelle on retiendra l’entêtant final de “Deathbed”, l’excellent “Pious Platitudes” et la voix de sa remplaçante sur “The Rumour”. Mais on a toutefois l’impression que l’enthousiasme et la fraîcheur des débuts s’est passablement émoussé. À moins que la chaleur…

Retour vers un environnement plus musclé à la Caverne avec Dälek, groupe de hip-hop industriel signé sur Ipecac, le label de Mike Patton (qui, pour la petite histoire, a foulé la même scène la veille avec son projet Dead Cross). Et, honnêtement, on comprend pourquoi. L’énergie et la puissance caractéristiques de leur boss jaillissent du flow vindicatif de l’imposant MC, à la manière de Run The Jewels par exemple. Si un DJ balance des beats à l’arrière de la scène, on se demande ce qu’un environnement constitué d’instruments traditionnels pourrait donner vu le potentiel évident des compositions.

D’autres enragés se produisaient ensuite en face. Non contents d’avoir dégommé la
Rotonde
en mai dernier, les Londoniens de Shame ne mettront pas plus d’un titre (le rebelle “Dust On Trial”) avant de réserver le même sort à la Petite Maison dans la Prairie. Leader on ne peut plus british qui se retrouvera bien vite torse nu au milieu des spectateurs, Charlie Steen hurle son mal-être du fond du cœur avec une conviction et une rage qui le rendent attachant.

Dans le public, les bières volent et les pogos sont légion. Difficile de faire autrement au son de “Concrete” ou “Tasteless”, extraits de “Songs Of Praise”, leur impeccable premier album. D’autant que sur scène, tout le monde mouille littéralement son t-shirt, à l’instar de l’intenable bassiste, genre de sauterelle sous influences. Quant au final “Gold Hole”, les mouvements de foule qu’il générera seront aussi malsains que son texte…

Après une telle claque, difficile d’apprécier à sa juste valeur la délicate pop sucrée de Forever Pavot aux influences sixties à la Gainsbourg à peine voilées (Émile Sornin a notamment travaillé sur “Rest”, la dernière plaque de Charlotte). On a donc pris le temps de gérer le dilemme suivant et de finalement préférer Preoccupations à Parcels puisque ces derniers viennent d’annoncer une date au Botanique le 21 novembre prochain. Place donc aux Canadiens que l’on a découverts au Club de l’AB en 2014 en première partie de
Ought
sous le nom de Viet Cong.

Ils ont publié au printemps “New Material”, un nouvel album quelque peu passé inaperçu. Il est vrai que les nouvelles compositions manquent singulièrement de mordant et la balance de ce début de soirée ne va pas transcender “Disarray” et “Decompose”, les meilleures d’entre elles. La voix caverneuse de Matt Flegel se noie en effet dans un déluge post punk brouillon et métallique au lieu de sombre et glacial. Même les tubes “Continental Shelf” et “Zodiac” n’auront pas l’impact habituel. Bref, ils nous doivent une revanche.

C’est avec un plaisir non dissimulé que l’on a appris le retour aux affaires courantes de The Experimental Tropic Blues Band. Après avoir bourlingué pendant quelque temps sous le pseudo The Belgians, tourné un documentaire complètement barré sous la direction de Jérôme Vandewattyne (Spit’n’split) et vaqué à des projets parallèles dont Ginger Bamboo, celui de Jeremy Alonzi alias Dirty Coq n’est pas le moins réussi, les trois Liégeois reviennent sur la scène d’un de leurs précédents crimes. Plus unis et en forme que jamais, ils vont balancer des pièces rock ‘n’ roll venant d’un blues plein de sueur qu’ils décortiquent, matraquent et renvoient violemment à un public consentant.

Sous la Petite Maison dans la Prairie, on s’apprêtait à être subjugués par Slowdive dont le set sous le cagnard de Hyde Park en support de The Cure la semaine dernière avait frôlé la perfection. Les maîtres du shoegaze mélancolique du début des nineties se sont reformés en 2014 et ont sorti l’an dernier un album éponyme qui est sans doute le meilleur de leur carrière. Rarement en effet les voix de Rachel Goswell (qui s’affiche dans une robe rouge vif ce soir) et de Neil Halstead n’ont été aussi fascinantes et complémentaires.

Entamé avec un planant “Slomo”, leur set illustrera à la perfection le coucher de soleil au pied des éoliennes (magnifique, soit dit en passant…). Qu’il s’agisse du planant “Catch The Breeze”, des projections psyché de “Crazy For You” ou de la parfaite pop song “Sugar For The Pill”, le groupe évoluera au sommet de son art, si ce n’est peut-être lors du final, le trop allongé et stroboscopique instrumental “Golden Hair”, exécuté devant la photo d’un jeune Syd Barrett.

Autres chefs de file dans leur catégorie, les Écossais de Mogwai sont au post rock ce que la roue de feu est au Dour Festival. Et bourreaux du travail par-dessus le marché puisque moins d’un an après la sortie d’“Every Country’s Sun”, ils ont enregistré la BO de Kin, film de science-fiction réalisé par Jonathan et Josh Baker qui sortira sur les écrans à la fin de l’été. S’ils n’en dévoileront aucun titre ce soir, ils vont ratisser large et remonter jusqu’aux origines avec un “Mogwai Fear Satan” d’entrée de jeu, trois guitares en avant.

Tout à fait à droite de la scène, Stuart Braithwaite, t-shirt blanc et coiffé d’une casquette, gère les opérations et balance des riffs destructeurs dont il a le secret. Il prendra même le micro sur “Party In The Dark”, un des rares titres chantés du répertoire du groupe alors que les sonorités électroniques de “Remurdered” surprennent toujours autant. Si une demoiselle s’invitera quelques fois pour un coup de percussion supplémentaire, force est de constater qu’ils ont choisi de ne pas pousser le volume dans le rouge ce soir en privilégiant des titres planants (“I’m Jim Morrison, I’m Dead”, “2 Rights Make 1 Wrong”) voire moins dangereux pour les tympans (“Deesh”, “Rano Pano”). Ou comment se la jouer plus soft que d’habitude…

En revanche, Atari Teenage Riot, eux, sont bien restés fidèles à leurs convictions extrêmes. De retour à Dour après quatre ans d’absence, Alec “the motherfucker destroyer” Empire (c’est lui qui le dit) ne va pas se gêner pour balancer la sauce et faire voler en éclat le décibelomètre de la Caverne dans des flashes stroboscopiques à faire pâlir d’envie à la fois l’ingé-son et le light manager d’A Place To Bury Strangers

Ce qui nous amène à la tête d’affiche de la journée sur la Last Arena, Soulwax. Les frères Dewaele étaient déjà présents mercredi en tant que curateurs du Labo pour la soirée Deewee, ils sont ce soir les acteurs principaux sur la scène principale du Dour Festival, transformée en laboratoire des sons intemporel (les roadies se baladent en tablier blanc). Ces machines pourraient en effet très bien se retrouver tant dans une fusée Apollo que dans une navette du quatrième millénaire.

Depuis l’an dernier, ils se font accompagner par trois batteurs parmi lesquels l’imposant Igor Cavalera, l’ex-Sepultura, dans sa petite maison sur la gauche. S’ils battent la mesure à l’unisson pour un effet décuplé, certaines parties les voient agir indépendamment les uns des autres, résultat bluffant à la clé.

Resté muets pendant treize ans, les Gantois ont publié l’an dernier “From Deewee”, album enregistré en une prise dans leur studio (d’où le titre). À peine un an plus tard, les voici de retour avec une nouvelle plaque bouclée en une quinzaine de jours et basée autour du mot “Essential”. À l’instar de la grande époque de Jean-Michel Jarre, chaque plage se voit attribuer un numéro collé au nom générique de l’album. Sauf que l’on se retrouve ici dans un univers nettement plus orienté vers le dancefloor que le Lyonnais, le passé récent des frangins ayant laissé des traces.

Contrairement aux Chemical Brothers, il se passe plein de choses sur scène et cette dance jouée en direct a de sérieux atouts à faire valoir. Les nouveaux titres passent parfaitement l’examen du live aux côtés des “Do You Want To Get Into Trouble?, “Missing Wires” ou autre “Here Come The Men In Suits”. Bon, évidemment, le back catalogue de Soulwax est passé à la moulinette et certains titres sont tout bonnement méconnaissables mais il faut admettre que rester de marbre relève du défi. Par ailleurs, le traitement réservé au final incluant “E Talking”, “Miserable Girl” et “NY Excuse” achèvera de convaincre les plus réticents. Un set… essentiel, comme dirait l’autre.


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Photos © 2018 Olivier Bourgi

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