Alcatraz 2018 – Jour 2 : Orange (Goblin) is the new Black (Sabbath)

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Samedi 11 aout 2018. Alcatraz, Courtrai. 11h30. Second jour d’incarcération. Ce matin, le soleil est de la partie et la journée s’annonce plutôt bien puisque quelques uns de mes fidèles lieutenants ont décidé de venir me faire une petite visite au parloir. Je n’ai pas d’affinités particulières avec le Metal Moderne de Fozzy. Surtout le matin. En 2013, la prestation du gang bodybuildé mené par le catcheur Chris Jericho et le guitariste Rich Ward (ex-Stuck Mojo), sur les planches de ce même Alcatraz, ne m’avait pas vraiment laissé un souvenir impérissable. Je choisis donc de rester un peu plus longtemps sur la paillasse pour ne pas commencer la journée par une déception. Selon plusieurs sources, cependant, je me serais largement fourvoyé et Fozzy aurait même fait une forte impression sur les lève-tôt en escaladant la tribune VIP. Pas de regrets pour moi cependant. Je n’ai pas d’affinités particulières avec l’escalade. Surtout le matin.

Cette seconde journée d’incarcération démarre donc, pour moi, sous le chapiteau de la Swamp Stage avec le Thrash Metal hispanique de Crisix. Le sympathique quintette barcelonais, qui est venu présenter son quatrième opus “Against The Odds” (NDR : paru en mars dernier sur le label français Listenable Records) fait plutôt bonne figure en proposant à l’assistance un set énergique et sans concession.

Au pénitencier d’Alcatraz, les récidivistes sont légion. Après le retour de Fozzy, il y a une heure à peine, la Prison Stage doit maintenant assister à la réincarcération scénique d’Armored Saint. Je n’ai aucune idée du crime qu’a commis le légendaire groupe Heavy Metal californien pour se retrouver une nouvelle fois derrière les barreaux courtraisiens, mais, à juger sur sa prestation du jour, il n’a surement pas été condamné pour abus d’énergie. Et si John Bush est toujours très en voix, le set qu’il délivre aujourd’hui en compagnie de son bataillon de ‘Saints en Armure’ est franchement trop mollasson. “Can You Deliver ?”… plus vraiment, apparemment !

Nouveau refuge des ex-Megadeth Chris Broderick (guitares) et Shawn Drover (batterie) ainsi que de l’ancien bassiste de la formation Melodeath/Metalcore Shadowfall et de l’ex-vocaliste du gang Metal Moderne Scar The Marty, Act Of Defiance sonne parfois étrangement comme une version modernisée et ‘métalcorisée’ de… Megadeth. Intéressante dix minutes, ennuyeuse le reste du temps, sa prestation ne restera probablement pas dans les annales de l’Alcatraz.

13h30. Alors que je commence déjà à désespérer, il se passe enfin quelque chose de vraiment intéressant sur les planches de la Prison Stage. Mené par la charismatique guerrière Noora Louhimo, Battle Beast entre en scène. Franchement plus convaincant que tous les groupes qui l’ont précédé aujourd’hui, le sextuor offre aux détenus courtraisiens leur premier passage à tabac de la journée. Le set, carré et efficace à souhait, propose un mélange de Heavy Metal typé eighties (auquel viennent parfois se coller des sonorités plus modernes), de mélodies accrocheuses et de refrains hymniques qui me fait parfois penser au style des Pretty Maids. Côté cordes vocales, Noora la Finlandaise démontre qu’elle n’a pas grand-chose à envier aux câbles d’acier qui ont fait la réputation de Doro la Teutonne. La bête guerrière m’a conquis ! Blonde Power !

Après cette petite claque, je pars tendre l’autre joue du côté de la Swamp Stage où les Stoner/Doom Métallurgistes britanniques d’Orange Goblin délivrent ce qui sera sans doute le set le plus chargé en testostérone de la journée ! Atomisant le chapiteau à grand coups de riffs plombés et de rythmiques assassines (qui tiennent parfois autant de Motörhead que de Black Sabbath), le quintette londonien remet les pendules de l’Alcatraz à l’heure en rappelant au détenus que le Metal, c’est avant tout, une grosse affaire de burnes ! Sans aucun doute possible, l’un des squatteurs de mon Top 5 du weekend !

Si Top 5 du weekend il y a, Phil Campbell And The Bastard Sons y figure indéniablement en seconde place (NDR : juste après Helloween, mais ceci est une histoire pour un autre jour). Remonter la pente après le départ précipité de Lemmy n’a pas dû être une mince affaire pour Phil Campbell. Heureusement que celui qui fût quand même le guitariste/compositeur de Motörhead durant trois décennies (excusez du peu) a pu compter sur le soutien de sa famille pour y parvenir, et plus précisément sur celui de ses trois fils (bâtards ?) Todd (guitare), Dane (batterie) et Tyla (basse), avec qui il se produit aujourd’hui sur les planches de la grande scène courtraisienne. 57 ans, et toujours les dents acérées voilà comment nous apparaît le héros légendaire. Lunettes noires et casquette vissée sur le haut du crâne, le papa/guitariste orchestre la prestation de ses rejetons avec un brin de charisme et beaucoup d’humilité. Conscient, sans doute, d’être le centre d’intérêt principal du groupe, il n’hésite pas, parfois, à se mettre en retrait pour offrir un peu de lumière à sa progéniture. La setlist, on s’en doute, est 100% Rock’n’roll et nous avons l’immense plaisir d’être confrontés à un extrait de l’EP éponyme de 2006 (“Big Mouth”), à quelques brûlots variés issus de l’excellent opus “The Age Of Absurdity” sorti chez Nuclear Blast au début de l’année (NDR : l’accrocheur “Freaksow”, le furieux “Ringleader”, le bluesy “Dark Days”, le groovy “High Rule” et l’excellente cover du “Sivler Machine” de Hawkwind) et, bien sûr, à des classiques issus du répertoire le plus burné de Motörhead comme “Going To Brazil”, “Born To Raise Hell” et “Ace Of Spades”, etc. La famille Campbell réussit même l’exploit de faire d’une pierre deux coups en interprétant “R.A.M.O.N.E.S.”, le furieux hommage du regretté Lemmy aux non moins regrettés Ramones paru, à l’origine sur l’album “1916” de Motörhead (1991). Familial, direct et sans concessions. L’un des tout grands moments de cet Alcatraz 2018 !
Après ces quelques moments de bonheur pur, la prestation blafarde et tristounette des Post-Métallurgistes islandais de Sólstafir me semble bien terne. Après avoir subi dix minutes de leurs pleurnicheries vikings atmosphériques, j’ai envie de me tirer une fricadelle dans la tête. C’est la mort de mon régime. Tant pis, la tristesse, moi, ça me donne faim. Confortement installé sous le chapiteau du cirque en compagnie de mes amis C. et J.C. (NDR : avec lesquels je me targue d’avoir un lourd passé métallique (35 bonnes années de fraternité métallique avec C. et un petit peu moins avec J.C.) nous revivons le passé, tout en mettant à jour nos données respectives concernant les évènements de l’année écoulée (la dernière fois que nous nous étions vus, c’était lors de l’Alcatraz 2017). La conservation est tellement passionnante que nous décidons de faire l’impasse sur la prestation de Mr. Big. Celles et ceux d’entre vous qui, en lisant cet article, s’attendaient à ce que je déverse mon fiel sur le bellâtre soixantenaire et son orchestre de virtuoses sirupeux en sont donc pour leurs frais. Qu’ils se rassurent, l’affiche moyenne de cet Alcatraz 2018 leur offrira encore quelques autres occasions de voir se manifester ma mauvaise foi légendaire.

C. et J.C. sont tous deux des Thrashers de la première heure, et il leur est impossible de laisser passer la prestation suivante. Nous décollons nos volumineux postérieurs des bancs de bois qui les soutiennent depuis près de deux heures pour aller prendre un bain de foule du côté de la Swamp StageMunicipal Waste s’affaire déjà à déboiter des molaires. Franchement décapant et un brin amusant, le Crossover/Thrash des Virginiens nous replonge dans la seconde moitié des eighties et nous rappelle à tous les trois ces bons moments passés à écouter D.R.I., S.O.D. et Mucky Pup. Aussi bon pour le moral que douloureux pour les vertèbres, le set de Municipal Waste est incontestablement LE grand moment Thrash du weekend.
Comme chacun le sait, le bonheur est souvent de courte durée. L’ami C. (qui, comme moi, a dépassé le demi-siècle depuis quelques années et dont l’estomac est fragilisé par les nombreuses pratiques obscures auxquelles il s’adonne depuis qu’il a compris que le houblon pouvait être utilisé à d’autres fins que la fabrication du pain complet) semble avoir de plus en plus de mal à se tenir debout. Inquiets pour notre vieux compagnon de route, J.C. et moi-même, décidons de ne plus le quitter d’une semelle.

Epica est un groupe que j’ai beaucoup apprécié jadis et que j’apprécie encore à petite dose, et ce, même si tout ce qui tourne autour du ‘Female Fronted Metal’ a un peu tendance à me gonfler. Pour vous faire plaisir, à vous qui appréciez la méchanceté gratuite, et malgré le respect que je porte à l’organe vocal et à la chevelure de Simone Simons, j’avais déjà préparé quelques commentaires acerbes sur les Castafiores écarlates et je me faisais une joie de les inclure dans ce compte rendu. Mais après avoir constaté que le début de la prestation symphonico-lyrique de la jolie Batave en jupette et de ses bruyants acolytes n’était ni meilleure ni pire que toutes celles auxquelles j’ai déjà eu l’occasion d’assister par le passé, je me suis dit qu’il était temps pour moi d’agir en ami véritable et de proposer à mon ami C. d’aller prendre un peu de repos, au calme dans le confort relatif de ma Toyota Yaris. Conscient que les avides fans d’Epica risquaient d’être déçu du peu d’intérêt porté à leur groupe préféré, j’ai décidé d’inclure à ma prose un lien vers l’un des excellents articles que notre ami Hugues Timmermans (NDR : l’expert maison du ‘female fronted’) a consacré au groupe. Celui de son compte rendu du
Epica Metal Fest 2
, superbement écrit fin 2016 par example, est beaucoup plus intéressant que le ramassis d’âneries misogynes que je m’apprêtais écrire.

19h30. Parking presse. Si mon ami C. continue à souffrir le martyre, je passe, quant à moi, l’un des meilleurs moments de cette édition de l’Alcatraz. Discuter avec lui de choses et d’autres, comme nous avions l’habitude de le faire aux temps glorieux où nous avions l’estomac solide et le front garni d’un système pileux me remplit de bonheur nostalgique. Aux douleurs qui le rendent livide, nous décidons de ne pas ajouter l’allergie que nous éprouvons en commun pour le Groove/Nu/Death Metal préfabriqué de Devil Driver et nous attendons bien sagement que passe l’orage sonore.

21h. C. a perdu tout espoir de voir son estomac reprendre le dessus. À cours de matières solides, il ne vomit plus désormais qu’une douleur intense. Après un court conciliabule durant lequel il tente encore courageusement de nous faire croire qu’il est capable de tenir une heure ou deux encore, nous parvenons à le convaincre de renter se soigner. J.C. qui partageait son moyen de locomotion, n’hésite pas à sacrifier ses dernières heures de plaisir festivalier pour le raccompagner chez lui. Je les regarde partir avec tristesse.

Dimmu Borgir entame la seconde moitié de son grandiloquent spectacle lorsque je réintègre l’Alcatraz. D’ordinaire, je suis plutôt client du Black Métal symphonique des Norvégiens, mais pour l’instant, le cœur n’y est pas vraiment. De nouveau seul et sans personne à qui confier mes impression, j’erre jusqu’au salon VIP où je me console en sirotant quelques cafés devant l’écran géant. Conscient qu’il est ridicule de faire en festival ce que je fais chez moi à longueur de soirée, je retourne profiter de l’atmosphère carcérale en plein centre de la foule. Face au ‘grand guignol’ Black métallique, je me dis qu’il ne doit pas être très facile d’être Dimmu Borgir aujourd’hui. Trop violent pour les uns, trop commercial pour les autres, trop pute pour l’underground, trop dark pour le mainstream… Il est bien loin le temps où Shagrath et ses joyeux compagnons étaient considérés comme des pierres angulaires du genre. N’empêche “Mourning Palace” en fin de set, ça le fait encore vachement !

22h30. Les détenus de l’Alcatraz n’en ont pas encore tout à fait fini avec le Metal Noir de Norvège puisque Satyricon vient d’investir les planches de la Swamp Stage. Contrairement à Dimmu Borgir, Satyr, Frost et leurs intérimaires ont complètement abandonné l’imagerie Black Metal. Pas de tuniques cloutées ni de maquillages guerriers, mais un look sobre, limite BCBG, constitué d’une chemise noire et d’un pantalon assorti. Cheveux courts et bien coiffés, même, pour l’ami Satyr à qui l’on donnerait le bon dieu sans confession s’il ne s’entêtait pas à hurler comme un damné.
Si le look est un peu passe partout, la musique elle, est toujours destinée aux amateurs de sensations fortes. Noir et intense, tels sont les seuls qualificatifs qui viennent à l’esprit lorsque l’on écoute le groupe interpréter des extraits de ses derniers albums en date (quatre du “Deep Calleth Upon Deep” de 2017, un du “Satyricon” de 2013, trois du “Now Diabolical” de 2006) et revisiter un seul de ses grands classiques : le fantastique “Mother North” tiré du “Nemesis Divina” de 1996. L’une de ces prestations qui prend au tripes et laisse planer des odeurs putrides de souvenirs impérissables.

En invitant Limp Bizkit à assurer la tête d’affiche de cette seconde journée de festival, l’organisation de l’Alcatraz avait probablement pensé réitérer son lucratif exploit de l’année dernière, lorsque la visite courtraisienne de Korn lui avait assuré un Sold Out magistral. Malheureusement pour nos sympathiques geôliers, Fred Durst et son costume à fleurs ridicule n’ont pas attiré autant de monde que le kilt de Jonathan Davis et l’on est bien loin de la surpopulation carcérale. Si je suis un peu triste pour la direction du pénitencier qui, en raison de la qualité de son travail, mérite de recevoir une juste rétribution, j’avoue n’avoir absolument rien à battre du show semi-péripatéticien des rappeurs de Jacksonville. Car il faut bien se rendre à l’évidence, même assorti d’une grosse guitare, du Rap reste du Rap. La seconde journée d’Alcatraz s’arrête donc ici pour moi. Vivement demain !

Photos © 2018 Gino Van Lancker, Ann Kermans & Tim Tronckoe

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