Madensuyu, Ti:me to say goodbye

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La nouvelle a fait l’effet d’une bombe fin août. Les concerts de Madensuyu prévus de longue date à Courtrai et à Bruxelles le mois suivant seraient les derniers du duo Gantois. Il était donc primordial de se trouver à l’Ancienne Belgique ce samedi 29 septembre pour un chant du cygne pas comme les autres baptisé Suyu Makinesi Fest. Le concept consistait en effet à célébrer la carrière du groupe de la manière la plus large possible. Ainsi, dès la fin de l’après-midi, au Salon, était projeté Rabot, le poignant documentaire de Christina Vandekerckhove mettant en scène la population défavorisée des tours du Rabot à Gand, aujourd’hui en phase de démolition, et dont l’habillement sonore avait été confié à Madensuyu.

Il y a fort à parier que les membres de Babylon Trio n’y ont pas été indifférents, eux qui ont fui l’enfer de Bagdad voici deux ans pour débarquer en Belgique en tant que réfugiés de guerre. Ce soir, les voici sur la scène de l’AB en chemise noire et bretelles, large sourire aux lèvres pour une prestation qui nous immiscera dans leur univers singulier.

Leurs origines traditionnelles cohabitent ainsi avec des influences plus contemporaines dans une formule relativement dépouillée (clavier, percussions et voix caractéristique). Si cela fonctionne assez bien la plupart du temps, leurs délires boîte à rythmes pour auto-scooters vire par moments vers du EDM oriental dont on ne saisit pas trop bien la teneur. Ceci dit, le public a bien dansé…

La suite allait prendre une direction encore plus curieuse avec l’élégante soprano Muriel Bruno qui s’apprêtait, avec l’aide de l’impressionnante mezzo-soprano Julie Bailly et du pianiste Johan Dupont, à interpréter des extraits musicaux ancestraux sélectionnés par les membres de Madensuyu. Ces derniers sont en effet grands amateurs de la période baroque et particulièrement de « Stabat Mater », l’œuvre de Giovanni Battista Pergolesi qui a donné son titre à leur album de 2013.

Le premier et le dernier acte de cette pièce ont ainsi entouré des airs de Vivaldi, Monteverdi et autre Farinelli qui ne comptent clairement pas parmi les compositeurs les plus repris à l’Ancienne Belgique. Mais il faut avouer que l’acoustique parfaite de la salle et le talent des chanteuses sur scène a offert un moment hors du temps particulièrement fort à un public subjugué qui leur réservera d’ailleurs une ovation amplement méritée.

Bien qu’« A Field Between », le premier album de Madensuyu ne soit arrivé qu’en 2006, le guitariste Stijn Ylode De Gezelle et le batteur Pieterjan Vervondel jouent ensemble depuis le début des années 90. Une aventure qui n’aurait sans doute pas eu la même destinée si Arno ne les avait pas découverts par hasard avant de leur demander d’assurer la première partie d’un de ses concerts à Forest National. Ils lui ont d’ailleurs rendu la pareille en guise de clin d’œil en conviant Tjens Matic en ouverture de leur première fête d’adieu à De Kreun la semaine dernière.

Comme à leur bonne habitude, ils ont réalisé eux-mêmes la balance et avaient visiblement hâte d’en découdre une dernière fois car c’est avec un peu d’avance sur l’horaire qu’ils ont pris place dans leur espace confiné au centre de la scène, assis devant un mur d’amplis. Des amplis au volume réglé dans le rouge qui ont dynamité un « Dolorosa » d’entrée de jeu avant d’accentuer l’aspect tribal d’un « Papa Bear » judicieusement réarrangé.

Le ton était donné même si les extraits de « Current », leur dernière livraison arrivée en début d’année, feront quelque peu retomber les décibels, mais aucunement l’intensité. À ce propos, il est essentiel de signaler la dextérité de Stijn, aussi à l’aise avec sa guitare que derrière ses claviers. On pense irrémédiablement à Ghinzu (« A Current », « The Ravel »), pour qui ils avaient notamment joué en avant-programme à l’Eden de Charleroi en mars 2009.

Ce soir-là, on en avait ramassé plein la figure via notamment « Tread On Tread Light » et « Little F », des uppercuts d’une puissance rare qui n’ont rien perdu de leur pouvoir destructeur au fil des ans. Aux côtés de « Breathe Sail On » à deux voix et de l’instrumental rageur « The Flood, The Flow The Roar », ils formeront ce soir le cœur d’un show flirtant par moments avec un math rock électro presqu’hallucinogène que « Mute Song » et « Crucem » ne feront qu’amplifier.

Malgré son faux départ, l’excellent « Ill Timed » constituera un des meilleurs moments de la fin d’une prestation qui se clôturera par un « Days And A Day » parfait, et pas seulement parce qu’il synthétisera à lui seul l’univers paradoxal du groupe, partagé entre délicatesse et mur du son via un crescendo explosif au terme duquel Stijn s’égosillera pendant que les sticks de Pieterjan voleront dans le public.

Lors des rappels, un stroboscopique « Fafafafuckin’ » venant des tripes précédera un furieux « No Why No Wow », la première plage du premier album. Une manière comme une autre de boucler la boucle… Mais c’était sans compter sur un ultime sursaut nommé « Ti:me » pendant lequel ils donneront tout ce qui leur reste d’énergie (et de voix), générant des mouvements de foule spontanés au sein du public.

22h34, l’histoire de Madensuyu se termine par une chaleureuse accolade sous un tonnerre d’applaudissements, un bouquet de fleurs offert par l’AB et beaucoup d’émotion. Quelque chose nous dit qu’ils vont nous manquer…

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