À la maraude avec Interpol

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Savoureusement baptisé “Marauder”, le nouvel album des New Yorkais d’Interpol poursuit leur inexorable mission sombre et glaciale entamée à l’aube du millénaire. Ils se sont produits pour la troisième fois de leur carrière dans l’antre de Forest National.

Mais contrairement à leurs précédents passages avec des groupes jouissant déjà d’une certaine renommée (Blonde Redhead en 2007 et Health en 2015), ils ont confié l’introduction de la soirée à une illustre inconnue. Encore que, Nilüfer Yanya ne l’est plus tout à fait après avoir figuré dans la liste finale du BBC Sound of 2018 et avoir été invitée par Courtney Barnett en personne à jouer au récent festival Sonic City.

Un passage finalement annulé sans pour autant altérer son aura puisqu’elle a déjà été annoncée aux prochaines Nuits du Bota. La jeune Londonienne y investira le Grand Salon, endroit nettement plus propice à l’épanouissement de compositions tantôt soul tantôt pop mais toujours groovantes, quelque part entre Amy Winehouse et Sade. Enrichies d’un saxophone omniprésent, on y perçoit également des sonorités orientales (la miss est d’origine turque) et jazzy qui métamorphose drastiquement le “Hey” des Pixies. Son premier album ne devrait plus tarder.

L’an dernier, les trois gaillards d’Interpol ont jeté un coup d’œil dans le rétroviseur en célébrant dignement le quinzième anniversaire de “Turn On The Bright Lights”, leur impeccable premier album, en organisant une tournée dédiée qui passera notamment par le Pukkelpop. Dans la foulée, ils sont rentrés en studio avec le célèbre Dave Fridmann pour enregistrer leur peut-être un rien trop convenu sixième album, “Marauder”, publié en août dernier.

Quoi qu’il en soit, ils entameront les débats en crescendo sonore et visuel via un “Pioneer To The Falls” patiemment construit qui verra d’abord une, puis trois boules à facettes éblouir les spectateurs. Ceux-ci vibreront une première fois sur un “C’mere” quelque peu gâché par une batterie au volume sonore un rien trop envahissant avant un brouillon “If You Really Love Nothing”, premier nouveau titre de la soirée en guise de clôture du round d’observation.

Sur scène, mis à part des tubes LED verticaux surmontés d’un spot derrière les musiciens, la sobriété est de mise. Dans l’accoutrement en tout cas car chacun, fidèles claviériste et bassiste de tournée inclus, a revêtu son plus bel uniforme noir. Intenable, le guitariste Daniel Kessler ira même jusqu’à jouer l’intégralité du concert en col et cravate alors que derrière lui, le batteur Sam Fogarino adoptera un jeu survitaminé. De son côté, Paul Banks, moustachu et concentré sur son sujet, ne s’adressera que sporadiquement à l’assemblée, préférant laisser sa voix nasillarde reconnaissable entre mille faire le boulot.

Celle-ci sera d’ailleurs essentielle sur les titres les moins urgents de leur répertoire, “NYC” et “Rest My Chemistry” en tête. Mais la combinaison des forces en présence sublimera notamment un stroboscopique “Roland” et un saccadé “Say Hello To The Angels”. Un peu plus tard, c’est la puissance d’“All The Rage Back Home” qui fera tourner la tête et lever les bras.

Dans ce contexte, les nouveaux titres auront, sans surprise, du mal à se démarquer. À vrai dire, à l’exception de “The Rover” au riff hyper efficace et de l’impeccable “Flight Of Fancy”, ils auront même plutôt tendance à affaiblir une set-list pourtant savamment agencée. En effet, “Complications” porte parfaitement son titre, “Stay In Touch” ne décolle jamais et “NYSMAW” ne vaut que par son final enlevé.

Heureusement, en fin de set, un prenant “The New” et surtout un nerveux “Slow Hands” maintiendront parfaitement le cap vers des rappels ardents. Ceux-ci, paradoxalement entamés dans la pénombre avec “Lights” (les stroboscopes colleront bientôt davantage avec la philosophie du titre) plongeront une dernière fois dans les deux premiers albums du groupe. Ainsi, “Evil” et “Obstacle 1” constitueront la meilleure manière de boucler la boucle. Mission (une nouvelle fois) accomplie.

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