Cosmos 1969: Objectif Lune

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« Nous sommes en 1969, le compte à rebours a commencé. Bon voyage ! », lance Thierry Balasse, directeur artistique de la compagnie Inouïe, au public des Halles de Schaerbeek, ce 28 novembre dernier, avant que ne débute Cosmos 1969. Présenté comme un « regard sur la mission Apollo 11 » – le programme spatial américain qui permit à l’homme de marcher sur la Lune pour la première fois, le 20 juillet 1969 –, Cosmos 1969 tente le pari d’un double point de vue sur l’événement. D’une part, la fidèle reconstitution (avec l’assistance d’un quarteron d’experts) ; d’autre part, la libre interprétation (avec l’apport de créateurs investis dans les arts de la scène, de la lumière ou du son).

L’étirement du propos entre hier et aujourd’hui s’apprécie d’emblée sur le plan musical : des chansons d’époque (principalement de Pink Floyd) s’intègrent à une trajectoire de nature électro-acoustique (le domaine habituel de Thierry Balasse, arpenté notamment aux ­côtés de Pierre Henry). Ainsi en ­va-t-il de l’amorce du spectacle où, plongé dans le noir, on entend le vent devenir souffle puis le ­souffle devenir voix. Graduée avec métier, cette introduction permet aux interprètes d’entrer en scène. Sur la gauche du plateau, les musiciens (batterie, basse et guitare électriques, claviers, chanteuse) en combinaison bleu d’acier, et, sur la droite, Thierry Balasse (entouré de ses « machines », synthétiseur et consoles de mixage) qui, en chemise blanche et cravate sombre, fait office de commandant de bord. Le voyage (aller-retour) durera environ une heure et demie, et comportera cinq phases, qu’illustreront neuf plages musicales avec, en toile de fond, une animation abstraite conçue par l’éclairagiste Yves Godin.

Les « préparatifs avant le décollage » débutent avec Muffie, une composition « ventée » de Thierry Balasse avant de s’appuyer sur du Pink Floyd pur jus (« Set the Control for the Heart of the Sun » de Roger Waters), qui sonne comme la version moderne d’une incantation tribale. L’étape suivante, « décollage et mise en orbite terrestre », aspire avec force décibels à partager l’émerveillement en s’appuyant sur l’extatique « Space Oddity » de David Bowie. Le « vol translunaire » s’effectue ensuite avec la transe énergétique d’« Astronomy Domine » (Pink Floyd, façon Syd Barrett cette fois). Un vrai changement de dimension, spatiale et artistique, que consacre l’apparition de Chloé Moglia. L’artiste circassienne suggère alors la pesanteur par une chorégraphie en suspension (parfois d’une seule main à six mètres du sol) sur une rampe profilée comme une courbe infinie. Fascinant. On touche là au sommet artistique du spectacle.

Suit une parenthèse classique avec l’adaptation un peu kitsch d’un air de Purcell chanté par Cécile Maisonhaute. La nostalgie (celle, sans doute, éprouvée par Thierry Balasse se revoyant devant la télé achetée « pour l’événement » par son père) ne dure pas trop, et le rétro reprend les commandes. D’abord pour l’« alunissage », avec une célébration hymnique (« Echoes », de Pink Floyd) qui s’étend sur plus de dix minutes, du fameux « petit pas pour l’homme », puis pour la gestion du « retour sur terre » avec un King Crimson (« Epitaph ») à la conscience plus planétaire que l’épilogue très candide (« Because », des Beatles) de ce parcours souvent prenant, mais parfois gâté par les bons sentiments.

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